‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 76 sur 602 · DE LA FIÉVRE SYNOOYE · texte numérisé non relu

DE LA FIÉVRE SYNOOYE

Cy dessus rious auons rapporté la difference qu'il y auoit entre la synoque simple et la synoque putride , et auons dit que celle:cy estoit vne fiéure continue, exæcitée de la pourriture du sang qui est contenu dans les ÿrands Vaisseaux situés entre les aisnèés et les aisselles. Or cé Sänig qui sé poufrit est modéré, temperé, èt composé d'vne egale permistion êt meslange dés quatre humeurs : ce que ie dis à fin qu'on la reconnoisse des autrés fiéures continues, lesquelles ont cela de propre, que si le sañÿ n'est modéré et egaleinent meslé des autres humeurs; ont des sensibles redoublemens et exacérbations, ou tous les iours, où de deux l’yn,oùdetroislvn, selon qu'il ÿ à en la masse du sang vnehuméur qui excede ét surabonde ; äihsi que nous dirons cy aprés. Mais lors que le sang est proportionné d’yne égale partie dés autres humeuré, pour lors ceste fiéure n’a aucuns redoüblemens sen-

Sibles , si ce n’est lors que les vapeurs putrides qui s’esleuent de ce sang s’euaporent plus ou moins: ce qui fait et produit trois degrés de fiéure, qui sont comme autant de differences d'icelle, sçauoir, l'homotone ou acmastique, l’epacmastique, el la paracmastique, desquels nous aucns parlé cydessus au chapitre de la synoque simple. Quelques autheurs onf,voulu nier qu'il y ait aucune fiéure synoque putride, d'autant (disent-ils) que le sang ne se peut enflammer et pourrir quil ne se tourne incontinent et degepere ou en bile, ou en atrabile, ce qui fait indubitablement changer l’espece de la fiéure. Mais pour toute response, ie les renuoye à Galien au huitiéme de la Methode, chap. 3, au second des Differences des fiéures, chapitre 2 et 11, et au troisiéme des Crises Chap. 4, ausquels lieux ils pourront voir que Galien admet ceste fiéure pour deux ou trois raisons qui n'ont point de repartie.

Les causes de ceste fiéure ont esté expliquées cy-dessus au chapitre 13, là où nous auons dit que c’estoil ou la constipation , ou l’obstruetion , les quelles estoient cause que la pourriture se metloit dans Le sang, principalement en iceluy qui est moins pur et net. On pourroit icy s’enquerir s’il est possible de subsister auec la pourriture du sang, quinous sert de nourriture, etcomment il se peut fairequ’estant vne fois pourri, il puisse se corriger et reuenir er grace et en faueur auec la nature. À cecy ie respons que iamais tout le sang ne se pourtit, si ce n’est par vne extreme ou insigne pourriture, de laquelle il n'y a point d’appel, pour estre icelle tout à fait ennemie de nostre vie ; mais toutesfois et quand que la pourriture se met dans les veines, elle pourrit à

LE VINGTIÈME LIVRE

la verité tout le sang, maïs non pa toutes les parties du sang. Car iceluy estant composé de trois autres humeurs, et en outre d’vne certaine serosité : en premier lieu, la partie plus prompte et plus preste à se pourrir reçoit la pourriture, et puis ensuite les autres parties les vnes aprés les autres, selon qu’elles ont plus ou moins de disposition : et ainsi la pourriture s’introduit au sang et y demeure, iusques à ce que toutes les parties du sang plus disposées à pourrirayent esté consomméeset dissipées, et la fiéure entierement estcinte: cependant la partie du sang la meilleure, et qui pour n’auoir pas eu disposition à la pourriture ne s’est point infectée auec les autres, demeure et perseuere en son entier pour la conseruation et entretien de la vie {, C’est pourquoy nousrespondrons aux difficultés proposées, que toutes les parties du sang ne se-pourrissant pas, il en reste quelqu’vne saine et entiere qui sert de nourriture à nostre corps.

Pour les signes de cette fiéure, ce sont les mesmes quise trouuent en la synoque simple, mais en vn degré plus eminent et excellent. La chaleur est plus acre, le pouls plus grand, vehement, viste et frequent qu’en la simple synoque , outre qu'il est inegal et de. reglé, à cause, comme nous auons dit au chapitre 13, que sa contraction est plus legere que sa dilatation. Les vrines en ceste fiéure sont rouges, espaisses , troubles, sans sediment, et puantes. Bref tous les accidens et symptomes sont plus violens qu’en la simple synoque. Aussi est elle bien plus perilleuse, sur tout lors que dés le commencement il suruient vncours

de ventre, car il abbat tellement les

1 Voyez Kernel, au liv. 4 de la Patho., ch: 6. —"ANP.

h DES FIÉVRES.

forces, que la nature ne se peut rendre la maistresse du mal. IL est vray que si ce cours de ventre venoit à cause d’vn grand amas d’humeurs, il pourroit accourcir la fiéure, pourueu qu'il ne fust de longue durée: mais s’il vient de la malignité des humeurs, pour l'ordinaire il apporte la mortt.

Au reste ceste fiéure quelquesfois se termine au quatriéme iour, bien que rarement: le plus souuent c’est au septiéme, et ce , ou par cours de

1 L'édition de 1575 ne contient aucune description de la Jieure synoche putride, chose d'autant plus singulière, qu’elle a un chapitre exprès consacré à la cure de cette fièvre, comme nous le verrons au chapitre suivant. Tout au plus rencontre-t-on au chapitre 9 quelques mots qui y ont rapport, et qui se retrouyeut d’ailleürs dans ce livre nouveau au chapitre 17. Mais dans l'édition de 1579, au chapitre déjà cité du livre des Tumeurs, Paré ayait essayé de donner une idée de la synoche putride qu’il rattachait alors au phlegmon ; voici ce texte :

« Que si le phlegmon est en vne partie interne, ou fort grand, ou voisin de quelque partie noble, de sorte qu’il puisse enuoyer de soy continuellement au cœur quelque portion et vapeur 1e sa substance pourrie, et non par la seule qualité de chaleur contre nature, par continuation des parties de l’vne l’autre , il fera l’espece de fieure que nous disons Synoche putride, si le sang, qui par contagion se pourrit dans les grands vaisseaux , est composé d’egale meslange et permistion des quatre humeurs.

» Ceste fieure se connoist à ce qu’elle n’a aucune remission ou exacerbation, encores moins d’intermission, Elle tient le febricitant oultre les vingt-quatre heures, ne finissant point lors à la mode des intermittentes par vomissemens , sueurs, ou moileurs, ou peu à peu insensiblement, mais perseuerant dure iusques à ce qu’elle se termine et quite du tout le malade. Elle ne surprend sinon ceux qui sont de bonne nature, en tempe-

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ventre, ou par flux d’vrines , ou par sueurs , OU par vomissemens, Ou par flux de sang : mais cela n’arriue point que dés le quatriéme iour on m’ait apperceu des signes de coction dans les selles et dans les vrines. Que si aprés auoir veu les signes de coction au quatriémeiour, il suruenoit quelque crise au sixiéme , il faut la tenir pour suspecte et pour imparfaite, qui ameine apres elle, ou la recidiue , ou la mort !.

rament et complexion , abondans en beaucoup de sang, et iceluy iustement meslé des quatre humeurs. Ceste fieure est de peu de duree : d’autant que le sang par sa pourriture degenerant en bile ou melancholie, fait incontinent vne autre espece de fieure, sçauoir tierce ou quarte continues. »

Cette description diffère beaucoup de celle du livre actuel ; mais on en retrouvera les principaux traits au chapitre 17, lequel, ainsi qu’il a été dit, correspond au chapitre 9 de l'édition de 1575.

1 Ce paragraphe semble correspondre à un passage du chapitre 10 du livre primitif; toutefois la doctrine n’en est pas exactement la même. Voici le texte de 1575 :

« Sur tout il faudra espier le quatrieme iour : Car si lors apparaissent quelques signes de concection, la crise se fera le seytieme jour, et ce par flux de ventre, ou v0missement, ou vrines, Ou sueurs, Ct principalement par hæmorrhagie : et lors ne faudra rien remuer d’auantage, ains laisser faire Nature son deuoir, selon son chemin qu’elle aura pris. Que si au contraire il n’apparoist aucun signe de concoction ny de crise, il ne faut rien entreprendre dauantage, de tant que tel malade est deploré :

quelle maniere de gens Galien defend d’attoucher. »

La première de ces deux phrases avait été reproduite dans le chapitre 11 du livre des Tumeurs; mais la deuxième y est supprimée; et on voit enfin comme s'explique le texle définitif.

Nous voyons quelquesfois que ceste fiéure se termine par vne quantité de macules et de taches rouges qui apparoissent par tout le corps, et sont cause que l’on l'appelle pour lors pemphygodes, purpurée, ou fiéure de pourpre, qui est ordinairement fort perilleuse, et qui ne se termine gueres que dans la seconde ou troisiéme sepmaine. Aux enfans ceste fiéure est souuent accompagnée de rougeoiles et verolles.

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