‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 86 sur 602 · DE LA FIÉVRE ARDENTE, ESPECE DE FIÉVRE TIERCE CONTINVE · texte numérisé non relu

DE LA FIÉVRE ARDENTE, ESPECE DE FIÉVRE TIERCE CONTINVE

Aprés les fiéures de bile intermittentes viennent les continues, entre lesquelles est l'ardente bilieuse, que les Grecs appellent Causon?, excitée de bile, mais bien plus ardente que celle qui fait la tierce continue commue, de laquelle nous parlerons au chapitre suiuant. Parquoy si la masse sanguinaire bilieuse, € est à dire qui a en soy plus de bile que d'autre bumeur, conçoit en soy si grande inflammation qu’elle tienne tousioursle

1 Ce chapitre porte le même titre que le chapitre 11 de l'édition de 1575, auquel il répond d’ailleurs exactementet presque mot pour mot, sauf quelques changements que nous signalerons en leur lieu.

2 Le chapitre 11 de 1575 commence autrement :

« Ceste fiéure est vne sorte de continuë ardente bilieuse, que les Grecs appelicnt Causus, etc.

cœur assiegé, elle fait la vraye Causonide 1, C’est à dire fiéure ardente, qui differe en cecy seulement de la fiéure tierce continue commune, qu’elle n’a point de trois en trois iours d’exacerbalion manifeste, ains marche tousiours d’vne perpetuelle constance et egalé ardeur. Au reste elle est aussi quétqüesfois excitée de phlegme salé, et fait vne espece de causus moins propré, qu’on appelle caususbastard, ou non legitime, qui n’est pas si vehement que le premier.

Ceste fiéure suruient aux ieunes en esté, et à ceux qui sont de temperament chaud et sec, et qui font mestier de trauaïller excessiuement.

Les signes du causus pathognomoniques, c’est à dire propres et perpetuels, sont fiéure vehemente (à cause qu'il est excité de l’humeur bilieuse, qui d'ordinaire s’enflammele plus aisément et furieusement) et lassitude vlcereuse, comme si on estoit piqué d’aiguillons partout le corps : ce qui vient à causé de l’acrimonie de l'huméur bilicuse ét ténue, qui pique les parties Sensibles de nostre corps. Les sighes accompagnans ceste maladie que l'on appelle assidens et non perpetuels, sont la langue seiche, et pour ce fort aspre, noire à raison de l’adustion , douleur de ventre mordicante et tormineuse, prouenante d’yne fluxion de bile ténue, sanieuse et ichoreuse, deiection souuent pasle et liquide pour Pabondance de la matiere crue , acre et ténue, là poussée par Ja vehemence de la maladie. Lors que le siege du causus est le foye ou le ventricule, alors la soif est grande et excessiue, à cause de l’ardeur et siccité de tout le corps, si principalement la bile qui fait le causus est

‘Rdition de 1575 : fait le vray causus,

LE VINGTIÉME LIVRE,

amassée en lieu et partie d’où se peut proprement exciter la soif, comme en la bouche et orifice superieur du ventricule , au ventricule mesme, ou aux poulmons, quelquesfois au pilore ou orifice inferieur de lestomach, et dans l’intestin appellé ieiunum. Les veilles sont grandes, par le defaut d'humidité benigne et vaporeuse qui cause Je sommeil : delires à cause du mouuement de la bile vers le chef, Si principalement le siege d’icelle est au poulmon: et lors sans doute la langue est aspre et noire, ils ne respirent qu’à peine, et halenent vn esprit chaud et bruslant, baletans tousiours à bouche ouuerte.

La bouche est incessamment amére, pour la continuité de la tunique interieure du ventricule qui est commune à la langue.

Cette maladie est fort aiguë, et qui tue en peu de temps , d’où vient qu’à bon droit elle est appellée à Montpellier Trousse-galand : parlant dés le commencement il faut quéle Chirurgien, pour son honneur, et pour s’exempter de calomnie, expose aux assistans le danger où est le malade :

car siles accidens susnommés se monstrent grands dés le commencement de ceste mäladie, s’il suruient vne petite sueur au front ou aux clauicules, si le malade amasse les floccons de sa couuerture vers luy, s’il iouë fort des doigts, si les extremités luy deuiennent froides, si la maladie a ses exacerbations et. redoublemens à iours pairs, si les vrines sont ténues, noires, crues et en petite quantité, si le ventre est retenu, ou bien si és deiections il y a indice de colliquation, si la soif mést si grande qu’elle doit estre, eu esgard à l’ardeur de la fiéure, si goutte à goutte il luy flüe yn peu de sang par le nez, on peut

DES FIÉVRES.

asseurément predire la mort, sans autrement entreprendre à guerir tel malade.

Toutesfois s'il y a esperance de santé, il faut que la curation consiste en deux choses, sçauoir est en la diete , et és medicamens.

Pour la diete faut considerer trois choses, c’est à sçauoir, la quantité des alimens et la vertu du malade, le temps de la maladie, et la qualité de la fiéure. Il faut connoistre la vertu du malade pour la garder et conseruer , car c’est elle qui chasse la maladie : partant il ne conuient donner si grande quantité dalimens qu’elle ne les puisse cuire, ny pareillement en donner si peu qu’elle defaille, et qu’elle ne soit assez forte, Et quant au temps de la maladie, si elleest ensa vigueur ou prés d’icelle, il faut donner peu d’alimens ou rien du tout, pource que c’est diuertir Nature de son intention : car elle ne peut cuire les alimens, et ensemble contrarier à La maladie, Outre plus faut considerer la qualité de la maladie: car la fiéure, veu que c’est vne maladie chaudeetseiche, requiert alimens froids et humides, non enclins à putrefaction,commelaictue.pourpié, ozeilie, orge mondé, et autres semblables. Le boire doit estre d’eau, d'orge mondé, auec syrop violat ou de limons, eau boüillie, d’hippocras d’eau, ou eau pannée, donnant à boire au malade tout son saoul et à son plaisir : et quand à la chair et viandes solides, ie ne suis pas d’aduis qu'on en donne, ou bien que ce soit en tres-petite quantité, et que la chair soit cuite auec herbes refrigerantes cy: dessus mentionnées , et prise auec ius d’oranges, limons, citrons, grenades, ou verjus degrain. Que si pour le soustenir on est contraint de luy

donner de la gelée, qu’elle soit faite sans expression et distillation, et outre sans canelle et vin, euitant les salines et espiceries, et autres choses contraires. IL faut faire en sorte que le malade respire l'air Le plus frais qu’il sera possible, si ce n'est en hyuer, brassant et versant de l’eau de puits d'vn verre en autre : car de là il sera rafraichi, et en outre endormi par le doux murmure de l’eau : que le paué de la chambre soit semé de roses, de fueilles de vignes, de laictue, de nenuphar, pourpié, et autrestrempées en eau rose, vinaigre, ou eau de puits tres-froide : arrangeant d’auantage par la chambre des branchesde saules verds qu’il faudra changer souuent : qu’il aye tousiours en sa main des fueilles de laictues ou de vigne , ou des pieces de courge ou concombre, mesme à la plante des pieds : qu'on luy plonge les pieds et les mains dans de l’eau froide en laquelle il y ait vn peu de vin pour faire penetrer l’eau : qu’on le remue de lit et de draps, d'heure en heure, pourueu toutesfois que la crise ne soit proche : car lors on luy nuiroït grandement en le rafraichissant et remuant.

La saignée doit estre faite souuent et en bonne quantité, non seulement des bras, mais aussi des pieds quand le malade est en delire, ou qu'il est proche d’y tomber : comme aussi és femmes quin'ontpas leurs reglemens ordinaires, ou qui ne les ont pas suffisamment ;: et aux hommes pareillement qui ont hemorrhoïdes arrestées, pôurueu que la vertu, laage,et autres circonstances desquelles nous auons parlé en la phlebotomie le permettent t,

1 L'édition de 1575 dit seulement :

« La saignée doit estre faite en bonne

Les epithemes sur la region du foye seront faits auec huile rosat, de coings, de nenuphar , et autres refrigerans, et ce en la vigueur ou declinaison de la maladie. On n’obmettra pas les fronteaux, faits d’oxyrhodinum, huile de nenuphar, aubins d'œufsetoxycrat,et leurs semblables:

et que le maladetienne souuent en la bouche eau froide, ou eau d'orge, ou des fueilles d'ozeille trempées en eau froide, ou bien des cerises seiches aigrettes aussi trempées en eau. Il conuient aussi euacuer la matiere auec clysteres emolliens et rafraichissans, tels que sont ceux que l’on prepare auec le serum lactis, auec decoction de vioies , maulues et autres semblables. En tels clysteres dissoudras plustost du sucre que du miel, et de l'huile violat plustost que du commun , pour tousiours euiter la chaleur.

Pour les purgatifs, on donnera casse nouuellement mondée , tamarins, diaprunis simple, decoction de roses et violes, syrops de capülli veneris, de violes , de nenuphar, de cichorée, d’endiues, et leurs semblables (ayant esgard aux obstruclions du foye) :les autres purgations faites de rheubarbe infusée en decoction de tamarins, endiue, laictue, scariole, et autres quirafraichissent sans adstriction sont fort vtiles : combien qu’il faille prescrire le moins de medicamens purgalifs qu’on pourra, à cause qu’ils sont tous chauds et acres,

quantité, si la vertu, ’aage, et autres circonstances que dirons cy apres en la phlebotomie le permettent. »

Ce renvoi à la phlebotomie s'explique facilement, parce que le livre des Fiéures était placé alors avant tous les autres. La phlébotomie est traitée, comme on sait, au-livre des Operalions.

LE VINGTIÉME LIVRE,

et par consequent contraires à la fiéure ardente.Parquoy en lieu d’iceux, il seroit fort bon de purger le malade auec laict d’anesse cuit, ou pour le mieux auec le serum de laict : car l’vn et l’autre a proprieté de purger les serosités bilieuses, et est fort humide, sans aucune acrimonie , et sans flatuosité par le benefice de la cuisson 1.

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