DE LA FIÉVRE TIERCE CONTINVE
Voicy la derniere des fiéures qui se font de la bile, de laquelle nous auons peu de choses à dire, à cause de ce qui à esté dit de la nature et curation du causus : on peut comprendre ce qui est de l'essence et de la curation deceste fiéure tierce continue, yayant peu de difference entre l’vne et l’autre, en sorte que Galien mesme à peine les distingue-il au liure second des Crises, chapitre 6. Ceste fiéure donc n’est autre chose, qu'one fiéure continue qui a des redoublemens manifestes et des sensibles remissions de deux iours l’un, produite d'une bile pure qui se pourril dans les vaisseaux eslongnés du cœur.
Lors donc que la bile contenue dans
1 L'édition de 1575 ajoutait ici cette phrase, par laquelle se terminaitle chapitre:
« Au reste de ce qui est icy dit de la curation du causus, tu peux comprendre les choses requises à la curation de la fieure tierce continué, de tant qu’ils ne different rien l’vne de l’autre que de vehemente ardeur et inflammation. »
Dans le livre actuel, l’auteur a jugé à propos de parler plus au long dela fiéure tierce continue, et c’est l’objet du chapitre suivant.
DES FIÉVRES.
ces vaisseaux vient à se pourrir, si la Nature ne peut la chasser en Phabitude du corps, elle la vomit et dans les grands vaisseaux, et au cœur mesme : d’où il arriue qu'il se fait vne fiéure continue periodique , laquelle a deux accés ou redoublemens d’autant plus sensibles , comme aussi des remissions d'autant plus aisées à remarquer, que l'humeur qui se pourrit est eslongné du cœur. Lors donc que ceste bile, de deux iours l’vn, accourt au foyer où lapourritures’attache;elle s’eschauffe aisément , et allume vne chaleur remarquable, laquelle vient à se diminuer vu peu à mesure que ceste bile qui accourt se consomme, mais elle ne cesse point tout à fait que ladite bile ne soit tout à fait consommée : c'est pourquoy la fiéure est continue : et à cause du lieu où Ja bile se pourrit eslongnée du cœur, ladite fiéure a des redoublemens et des remissions manifestes. Pour la bile qui fait ceste fiéure, elle est moins acre et en moindre quantité que celle qui fait la fiéure ardente, et au reste n’est pas si proche du cœur, estant tres veritable que tant plus humeur qui se pourrit est proche du cœur, plus donne-il de chaleur et de violence defiéure.
Que si l’on me demande comment ie reconnoistray ve fiéure ardente d’auec la fiéure continue, ie respons que la fiéure ardente brusle assiduellement les febricitans d’vne pareille chaleur, sans auoir de sensibles redoublemens ou remissions de deux iours L’vn : là où la tierce continue à des remises bien douces, et a des redoublemens remarquables de iour à autre, par consequent ne garde pas vne pareille chaleur de son commencement iusques à la fin. Au reste tous les accidens et symptomes sont moins
violens en la tierce continue qu’en la fiéure ardente, la soif et les veilles moindres : elle est plus longue et moins perilleuse, et ne se termine que vers le 14. iour.
Elle s'attache à ceux mesmes qui sont suiets au causus, sçauoir aux ieunes, bilieux , d’vn temperament chaud et sec , en l’esté plustost qu’en autre temps, à ceux qui trauaillent beaucoup, qui veillent, qui ont beaucoup de soin, qui se laissent transporter à la cholere, qui s’exposent à l’ardeur du soleil, et qui vsent de viandes chaudes et acres, boiïuent des vins forts, ieusnent beaucoup, ou ont amassé de la bile de longue main qu'ils auoient accoustumé de vuider en certaines saisons.
La cure de ceste fiéure est presque mesme qu’au causus :le viure ne doit pas estre si rafraichissant et humectant : l’on peut nourrir le malade plus liberalement aux iours de remission.
Les remedes doiuent estre mesurés à proportion que ce mal approche plus ou moins de la fiéure ardente. Il ne faut point espargner la saignée, les lauemens, les purgatifs, les alteratifs, les corroborans, les epithemes, frontaux, et autres remedes se rapportans à ceux que nous auons specifiés au chapitre precedent. Bref, le causus et la tierce continue differans seulement du plus et du moins, doiuent aussi estre traités par remedes qui soient differens du plus et du moins seulement.
le diray pour conclusion, que la fiéure que les autheurs appellent synoque bilieuse se rapporte à ceste fiéure icy continue, d'autant qu’elle se fait du sang qui se change et se tourne en bile :elle a neantmoins vne chaleur vn peu plus douce que les fiéures qui sont faites de la bile pure
qui se pourrit. Et voila ce que nous auons à dire des fiéures bilieuses.
LE