CHAPITRE XXXIIL
DE LA DOVBLE ET TRIPLE TIERCE, DOY- BLE OVOTIDIANE, DOVBLE ET TRIPLE OVARTE.
Nous allons expliquer en ce Chapitre les fiéures composées de fiéures de mésmé nalure et espece , qui suiuent celles qui sont composées de fiéures de diuersesespéces, telle qu'est l’hemitritée. Or en la composition de ces fiéures dé mesme espece, quelquesfois il né $’y en rencontre que déux, quelquesfois il y en à trois : parexemple en la double tierce il n’y én a que deux, en la triplé tiérce il y en à trois : comme paréilletenit en la double et triple quarte. Nous auons donc icy à expliquer trois fiéures doubles, sçauoir :
la double tierce, là double quotidiane, et la double quarte, et puis aprés deux fiéures triplés, qui sont la {ripletierce, et la triple quarte. Nous appellons doublé ticrcé Vne fiéure composée de deux tiérces, qui se font d’vne bile qui se pourrit en deux diuers lieux hors des grands vaisseaux. Toutesfois et quand doncques qu'il y à deux foyers dé bile au mesentere qui prennent feu l’vn aprés l’äutré, pour lors il arriue deux fiéures, lesquellés, à cause qu’elles prennent de deux iours l’vn, on appellé doublé tierce : par exemple, qu'auiourd’huy vn des foyers de la bile excite vne fiéure sur les dix heures du matin, laqueilé né doiue finir que sut les dix heures du soir, si le mesme jour l’autre foyer s'allume sur lés trois ou quatre heures du soir, ou bien le lendemain à quelque heure que ce soit, sans doute on obseruera ÿne fiéure composée de deux tierces, laquelle péut atoir déux reédouble-
Rte.
on :
nn
mens en vn fout , par exemple, si
« l’vne prend le matin à dit heures, et
l'autre le soir à quatre Heures: où bien vn seul redoublement tous les iours, si la seconde fiéure par exeinple né prend pas lé mesmme iour que Vautré, mais seulement 16 lendemain.
Il est vray qu'il y a quelques authéurs qui apportent en cecy quelque distinclion, et disent qué si cés deux fiéures tiercés prétinent à mesme jour, on ne les doit pas appeller double tierce ; mais deux tiérces Simplement, que &i elles prennent à diuers jours, c’est alors que l’on les doit nommer doüble tierce. Combien au roste que la doublé tierce prenne tous les iouts, à la facon de la quotidiäné, $i y a-il bien de la difference, d'autant qu’elle a tous les sigiés qui ätcompagtent vuë fléure bilieuse : elle vient aüec rigueur, elle se terminé par sueur, les accidens qu'elle appôñte sont seichérésse et amertume dé bouche, grändé altération, véilles, Vornissemens de rhatieres bilieuses et amerés, agitations, inquietudes, et les autres que nous auons spécifiés en la fiéure tierce intermittenté. Ie ne m’estens pas d'auañtage à rapporter les sigriés de la doublé tierce, veu que celuÿ qui recontivistra la simiple tierce intérmitténte,; connoisträ incüntinent la fiature de ceste-cy: Le dira seulemiënt qué la double tierce qui afflige deux fois tous les iours est fort rarë, et que celle qui vient {ous les iours est assez fréquente et coimune, bien qüé les accés n’arriueñt pas Lousiours, ny à fiësme temps, nf à mésiné leure.
Pour la doublé quotidiané elle arride tres-rärement , ét né l’aÿ peu encofrëe jamais obseruer : elle se fait au reste de La pitüuilé qui sé pourtit er deux diuefs foyers, qui fäit qu’elle prénd deux fois eh vingt-qüatre heu:
DES FIÉVRES. . 107
rés. Cär Si par étemple la prémiere fiéure s'allume à quatre heures du soir, et l’autre à quätré liéures du malin, oh 4 deux accés en vingtquatreheüres : et sk il arriue cé faisant que le malade ne se route point sans fiéure, la secohde surprenant deuant que la premitre duitle,etlà premiere réuénant pouf la seconde fois deuant que la seconde äit quitté. Cë que ie desire qu’on énlénde de là fiéure qüotidiane qui a ses accés estendus et prolongés iusqués à dix-hüil heutes, comme il arriue 16 plus souteñt; non dé celle qui auroit tant seulement sept Gù huit héures d'accés. Quänt aux sighes de la double quotidiatie, ils sont les mesmes que cetix de la quotidiane intermittenté, c'est püurquoy ie n’en diray rien d'auantage.
Reste la double quarte, qui se fait de l’huüumeut mélancholique , laquélle se pourrit dans deux diuërs endroils du corps hors de grands vaisseaux.
Ceste filéure icy est assez ordinaire, et trauaille le mälätle deux iours consecutifs,ne lui en laissant qu'vn de bon.
Car si la prémiere quaïte prend ve iourd’huy à six heurés du soir, la seconde prendra le lendeñtiäin peut estre à meste heute, si bien qu'on aura deux iours consecütifs mauuais :
lé troisiéme suiuañt sera bon, ét sans ficureé, et puis en suite il en viendra deux mauuais. Ces signes au reste ne sont point autres que ceux de Ia simple quarte intermittente.
Voila pour les fiéures composées doubles de mesme espece. Entre les triples est premieremeñt la triple tierce , laquelle est produite et engendrée de la bile qui se pourrit en trois foyers aux lieux diuers du corps, hors des grands vaisseaux toutesfois.
Or ceste fiéure icy à trois redoublemiéns en l’espace de deux ioürs : c’est à
sçauoir vn seul redoublement en vn iour, et deux redoublemens l’autre iour. Galien au liure 2. des Crises chapitre 9. fait mention d’vn ieune adolescent qui estoit trauaillé de ceste sorte de fiéure :
«Il commença, dit-il, à auoir la » fiéure vers les cinq heures du ma- » tin auec un frisson fort court, sur » le vespreil sua vn peu: vers les sept » heures de nuit, deuant que la pre- » miere fiéure fust tout à faitesteinte, » vne autre fiéure le reprit, auec vn » frisson aussi fort court, en aprés il » sua vn peu: le lendemain vers les » dix heures il eut vn nouueau redou- » blement, et puis sua la nuit sui- » uante. Derechef le troisiéme iour la » fiéure le prit par anticipation à » deux heures du matin, auec vn » frisson, deuant que l’accés du iour » precedent fust tout à fait esteint.»
Voila ce qu’en dit Galien, lequel s’estend bien au long pour desmontrer que c’estoit vne fiéure composée de trois tierces, et que ce n’estoit point vne hemitritée, comme quelques-vns pensoient. Ce qu'il remarqua si exactement, qu’il prit garde que tous les accés de ceste triple tierce anticipoient iusques au septiéme periode, et que de là en auant ils commencerent à retarder, et puis à diminuer grandement : si bien que le malade qui n’auoit point esté iusques à ce temps là sans fiéure, commença à auoir deux heures entieres d’intermission. Tu peux voir ce chapitre là de Galien pour plus grande intelligence des fiéures composées el compliquées, par lequel aussi tu apprendras par quels signes on peut venir à la connoissance de la triple tierce, et laquelle des trois fiéures doit finir la premiere.
Reste la triple quarte, laquelle se
LE VINGTIEME LIVRE
fait toutesfois et quand que l'humeur melancholique se pourrit en trois diuersendroits du corps hors des grands vaisseaux. Les signes de ceste fiéure sont de prendre tous les iours, mais auec les marques qui sont propres de la fiéure quarte simple, par lesquelles elle est aisément distinguée et de la quotidiane, et de la double tierce. Or
ce qui est cause que ceste fiéure se
multiplie ainsi, c’estquelquesfois aussi
l’vsage desreiglé des choses qui aug-
mentent l'humeur melancholique :
quelquefois aussi l’vsage des medicamens trop chauds, comme de la the-
riaque, que l’on donne au commence-
ment des fiéures quartes. Car ces medicamens icy n'ayant pas faculté
de cuire ou d’euacuer l'humeur mor-
bifique , ils l’agitent seulement et la
iettent d’vn lieu en l’autre, d’où vien-
nent les diuers foyers. Ainsi Galien
remarque au liure des Predictions ch. 2. qu’vn certain philosophe peripateticien, nommé Eudemus, estant
trauaillé d’vne simple quarte inter-
mittente , par l’aduis de quelque me-
decin prit de la theriaque auant que
la matiere fust cuite et preparée, la-
quelle fit qu’il tomba en vne triple
quarte : laquelle par aprés Galien
guerit par l’vsage mesme de la theriaque, qu'il donna à propos lors que la matiere fut preparée. Lors donc que toutes choses sont crues, si on donne des medicamens qui eschauffent beaucoup, d’autant qu’ils ne peuuent resoudre les humeurs par les sueurs, ils l’agitent simplement et en transportent vne partie qui çà qui là, si bien qu’il arriue qu’au lieu d’vn
seul foyer qu'il y auoit, il s’en fait et deux et trois, d’où puis aprés il s’engendre autant de fiéures.
Si nous n’auions parlé de la curation des fiéures en particulier, il fau-
DES FIÉVRES.
droit icy faire vn grand discours pour la cure de ces fiéures composées. Mais qui entendra bien ce que nous auons dit iusques icy, il n’aura pas beaucoup de peine de trouuer les indicationsnecessaires à la guerison decelles que nous traitonsen ce Chapitre, veu que la composition ne change ny les indications ni les remedes, mais les modifie seulement : en tant qu’il faut auoir plus d’esgard à conseruer les forces du malade en ces fiéures composées, que non pas aux simples, d'autant qu'il n’a pas esté relasché, et qu'il est plus aigrement et violemment trauaillé. Quiconque donc voudra guerir les doubles et les triples tierces, qu'il recoure aux remedes prescrits à la simple tierce intermittente: qui voudra guerir les doubles quotidianes,aille chercher les remedes ordonnés à la simple quotidiane intermittente : bref, qu’on ait recours aux remedes de la simple quarte intermittente, si on veut guerir les doubles et les triples quartes. Neantmoins ie donneray cest aduerlissement, qu’il faut auant que de songer aux remedes, connoistre si la double et la triple tierce, si la double quotidiane, si la double et triple quarte se font de la bile naturelle ou contre nature, de la pituite naturelle ou contre nature, du suc melancholique naturel ou de l'humeur atrabilaire :
car selon ceste diuersité, il faudra recourir aux remedes de la tierce vraye ou bastarde, de la quotidiane vrayeou bastarde, de la quarte vraye ou bastarde: veu que nous auons appris par cy-deuant que la curation des fiéures vrayes est grandement eslongnée en
quelques-vnes de la curation des bastardes.