‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 98 sur 602 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

DE LA FIÉVRE HECTIQVE, DE $ES DIFFE“ RENCES, CAVSES; SIGNES ET CVRE !.

En nostre diuision des fléurés, nous auons dit qu'il y en auoit de trois sortes, l’ephémeré, l’humoräle, et l’héctique. Nous äüons éxpliqué iusques icy l’ephemere et les humorales : partant il ne nous reste plus qüe la fiéure hectiqué , laquelle est ainsi appellée, où pource qu’elle est stable et difficile à güerir et oster, comme les chüses qui ont pris leur habitude :

car le mot Grec #&i: signifie habitude :

ou pource qu’elle occupe les parties solides de nostre corps, lesquelles les Grecs appelleñit #4, meësme que le mot Lälin Aabilus se prénd en l’vne et l’autre signification.

L'on fait trois sortes de fléüres hectiques, qui pour en parler à là verité,

1 Cé chajitre porte le mêmé titre et a gardé presque absolument la même rédac:

tion que le chapitre 14 du Traité de 1576.

La seuie différence un peu notable consiste dans la manière dont celui-ci débutait : La fieuré hectique est ainsi appellee, ou parce

qu’elle est stable, étc. ; ainsi lé nouveau texte

a ajouté deux lignes fort insignifianites, après quoi il #y a‘plus aucun changeniént.

C'est le dernier chäpitre dont le Traité nouveau ait hérité de l’ancien ; mais il faut ajouter que ce chapitre tout entier, à partir de l’éditionfjde 1579, avait passé avec Île même titre au livre des Playes en particulier, où il constituait le chapitre 34. /’oy. tome II, page 103, la dernière note. Cette note a besoin d'être rectifiée en ce sens, qu’en effet e texte actuel contient un très long passage qui avait été retranché au livre des Playes, mais en revanche celui-ci en conténait d’autres qui manquent au livre des Fiéures, et que nous aurons soin de reproduire.

DÉS FIÉVRES,

sont plustost degrés qu'especes d’icelle. Le premier degré donc, est quand la chaleur hectique consomme lhumidité des parties solides. Le second, quand il deuore la substance charneuse d’icelles. Le troisiéme et dernier qui est incurable, quand il s'attache aux parties solides, et les destruit et consomme : tout ainsi que la flamme d’vne lampe consomme premierement l'huile, en aprés la propre humidité du lumignon, et en fin lé corps du lumignon mésme : ce qu’estant, il n’y a plus de moyen ny d’esperance de le pouuoir r'allumer, bien que vous luy donniez l'huile à régorger.

Ceste fiéure ne prend que bien raremeht, et à péine commence-elle d’ellé-mesme : c’est pourquoy elle suit tousiours quelque autre fiéure.

Les causes doncques de la fiéüre héctique sont fiéures aiguës et ardentes mal pensées, et principalement ausquellés on n’a donné réfrigération competente par epithemes sûr lé cœur et hypocondrés, ny eau froide à boire en témps et saison requise. Elle peut aussi éstre causée d’vne fiéure diaire, qui aura éü $on comméncèément dé quelque grande et longue fascherie où cholére, la cause et impression d'icellé perseuerant long temps en nous : elle peut aussi venir de quelque trauail excessif en lieu elen temps chaud et ardent, et en vn corps floüet, qui a peu de sang ét d'humidité. Pareilléement elle est souuent causée d'vne vicéré ét inflimmation des poulmons, empyeme du thorax, d’vn grand et long phlegmon de foye, ventricule, mesentere, matrice, reins, vessie, intestins ieiunum «et colon:

voire mesme des autres, s'ils sont enflammés d’vnelongueet vehemente diarrhée , lienterie, ou dysenterié,

dont aussi S'ensuit inflammation, resitcation , émaciation de tout lé corps, et par conséquent fiéure héctique. Car Phumidité estant consommée etespuisée,lachaleur se fait plus acre et ardéñte.

Cestè fiéure de tant est-elle plus aisée à connoîïstre, qu’elle ést difficile à guerir. Le pouls donc én icelle est dur, à cause de la siccité de l’artere qui est partie solide, et débilé pour l'infirmité de la faculté vitale, le cœur

‘estant en toute sa substance assailli :

au reste petit et frequent, à cause de Pintemperatuüre ét ardeur du cœur, qui ne pouuant faire grand pouls pour se refrigeréer, à cause de son imbecillité, tasche à se reuangér et rafraichir (Mais ën vain) par sa frequence et vitesse d'iceluy. Le propre signe de telle fiéure, pour le respect du pouls, est qu'vne heure où deux aprés le repas le pouls semonstre plus grandet leger, et mesme la chaleur qui est au Corps du malade pour lors se monstre plus grande : cé qui dure tant que la distribution de l'aliment se fait, et iusques à tant que la siccité du cœur soit aucunemetit corrigée et sa substance humectée par la suruenue de l’alimeït, qui est cause que la chaléur s’'augmente:ne plusne moins que là chaux auparauant froide à l’attoucheñent, seschauffe iusques à fumer et boüillir. quand elle est arrouséé d'eau. Au reste, la chaleur et le pouls demeurent tousiours egaux en leur pétitesse, langueur, obscurité, dureté, frequence, sans aucune exacerbation: si bien que le malade mesme ne pense pas auoir la fiéure, et ne sent aucun mal et douleur , qui est vn autre signe propre de la fiéure hectique. La raison vient de ce que la chaleur ne se monstre point, mestant placée en la superficie des esprits

et humeurs, comme en la diaire et putride , ains est comme cachée el plongée au plus profond de la substance des parties solides : combien que toutesfois si voustenez long temps vostre main sur son corps, la chaleur en fin se fait sentir acre et morditante, le passage luy estant ouuert par le cuir rarefié par l’attouchement doux et benin d’vne main bien temperée. Que si le malade en cesie fiéure sent quelque douleur, et que par linegalité et exacerbations de la chaleur, ilse iuge et sente luymesme auoir la fiéure, c’estsigne que telle hectique n’est pas simple, mais compliquée auec vne fiéure putride, qui apporte telle inegalité. Au reste si la face Hippocratiquea lieu en quelque maladie , certes elle paroist clairement és hectiques, à cause de la colliquation de tout le corps.

Pour la cure de ceste fiéure, il faut curieusement considerer auec quelles maladies elle est compliquée , et de quelle cause elle aura esté excitée.

Premierement, il faut sçauoir si elle est maladie ou symptome : car si elle est symplomatique, elle ne pourra estre guerie tandis que la maladie persistera et perseuerera : comme, si elle est causée d’yne fistule au thorax, à raison d’vne playereceuë en ce lieu, ou d'vne vlcere dysenterique d'’intestins, elle ne pourra guerir que premierement la fistule ou vlcere ne soit guerie, d'autant que la maladie entretient tel symptome, comme la cause son effet. Mais si elle est maladie simple premiere : d’autant que son essence consiste en vne intemperie chaude et seiche, qui est placée non éshumeurs, mais és parties solides, toute l'intention et conseil du Medecin se doit rapporter à alterer et corriger , et non à purger : car

LE VINGTIÉME LIVRE,

les seuls humeurs sont capables de purgation , et non les parties solides.

Reste donc maintenant de rafraichir et humecter les parties solides : ce quise fait par choses prises au dedans, et apposées par dehors.

Les choses quise peuuent fort heureusement prendre au dedans du corps, sont les alimens medicamenteux , qui profitent sans comparaison

plus que les choses qui peuuent sim-

plement alterer, c’est-à-dire rafraichir et humecter sans donner nourriture : car par le respect dela portion alimenteuse qui est en eux, estans attirés et apposés à la partie, et tournés en la substance d’icelle, ils viennent à l'humecter et rafraichir, non superficiellement comme les choses qui alterent simplement, mais interieurement. Nous auons de ces choses icy entre les herbes , entre les fruits, entre les racines, entre les semences , entre les choses que nous prenons ordinairement pour la nourriture de nostre corps : l’on recommande fort entre les herbes pour cest effet la viole, le pourpié, la buglosse, l'endiue et la lentille pallustre, la maulue aussi quand il y-a adstriction de ventre. Les fruits sont de courge, de concombres, pommes, pruneaux, la passebille, amandes douces et recentes, et Les pignons : des semences nous auons les quatre semences froides , grandes et petites, et icelles recenies à cause de leur humidité, les semences de pauot, de berberis, de coings, les fleurs de buglosse, de violes, de nenuphar : desquelles choses l’on fait des condits auec vn poulet pour prenére au matin , la premiere concoction estant accomplie, ce que l'on continuera par l’espace de neuf iours.

Quant aux viandes, pour le com-

DES FIÉVRES.

mencement, lors que les facultés ne sont encore fort debiles, que le febricitant prenne alimens qui à la verité soient difficiles à cuire, mais qui nourrissent fort et longtemps, telles que sont les extremités des animaux, comme pieds de veau et de pourceau non salés, chair de tortue qui premierement aura esté nourrie en quelque jardin, pour se gourmer et purger de ses humidités excrementitielles, la chair de limaçons, la semoule , et autres semblables !: car telles choses ayant vn suc visqueux s’agglutinent aisément aux parties de notre corps, et ne peuuent estre dissipées si aisément par l’ardeur de la chaleur. Mais lorsque la fiéure hectique aura ja longtemps traisné dans le corps, de sorte que les facultés semblent fort affoiblies, il faudra donner viandes aisées à cuire, et ce icelles plustost boüillies que roties:

d'autant que les boüillies humectent d’auantage, et que les rosties se tournent plus aisément en bile ?.

1 Ceci est le texte de 1575; mais en 1579 au chapitre 34 du livre des Playes en particulier, après La chair de tortue, on lisait :

«…… La chair de Jimaçons blancs pris és vignes, les grenouilles, escreuices de riuiere, anguilles prises en eau pure et bien assaisonnees, œufs durs mangez auec jus d’ozeille sans espice , le stocphis et merlu bien detrampez et dessalez, des anons et poncepieds, la semoule, et autres sembla bles. »

On retrouvera une partie de ces aliments, mais non pas tous, indiqués plus bas dans le texte actuel, comme déjà en 1575.

2 Le chapitre 35 du livre des Playes de 1579, avait intercalé en cet endroit un paragraphe que l’auteur a oublié de reporter dans son nouveau Traité :

« Les viandes seront veau, chéureau,

chappons, poulets, cuittes en herbes, et semences qui rafraichissent et humectent, les

Que si toutesfois le malade est de-

; gousté des viandes boüillies, que la , Chair qu’on luy donnera ne soit guere rostie, et qu’on luy donne non de la superficie de la chair qui est plus seiche et bruslée, mais de l’interieure qui est plus humide, et qu’elle soit en outre temperée encore d’eau rose, desuc de citrons, d’orenges, ou degrenades. Qu'il s’abstienne de poissons sallés et durs : les meilleurs sont les saxatiles, pour l'exercice qu’ils font estans continuellement heurtés entre Iss rochers: ceux aussi quiont la chair glutineuse ! et visqueuse, comme les anguilles prises en eau pure et bien assaisonnées, les tortues, les escreuisses, les limaçons et grenoüilles. Le laict d'asnesse pris chaudement, et corrigé auec vn peu de sel, de sucre rosat, miel, fenoüil, ou anis, de peur qu’il se corrompe ou aigrisse en l’estomach, ou bien le laict de femme succé de la mamelle, sont fort recommandés en ceste maladie, le tout pris iusques à demie liure?2.. Qu'il

orges mondez, les amendes leur sont propres : comme aussi Ja panade faite de mie de pain blanc arrousee d’eau de vose, puis cuitte en la de coction des quatres semences froides, auec du sucre rosat en forme de boulie : telle panade refraichit le foye et l'habitude de tout le corps, et nourrit grandement, comme aussi les testicules, les foyes, aillerons, de ieunes coqs, les figues et raisins de Damas. »

1 Le livre des Playes en particulier disait ici : comme ceux que nous auons cy deuant nommez.

2 [1 y avait encore ici une intercalation assez étendue dans le chapitre 35 du livre des Playes de 1579; la voici :

« Mais celuy de la femme est plus vtile, parce qu’il est plus doux et nourrissant, eb approchant de plus pres de nostre naturel, moyennantqu'il soit pris d’vne nourrice bien temperee et habituee, mesme qu’il est sin-

17/ trempe son vin auec quelque peu d’eau de laictue, de pourpié, ou de nenuphar, et auec beaucoup de celle de buglosse, tant pource qu’elle humecte grandement, qu’aussi qu’elle a la vertu speciale de resioüyr et recreer le cœur, la substance duquel est fort affligée en ceste maladie. Et telles sont les choses qu’il conuient prendre au dedans.

Celles qui se doiuent appliquer par dehors sont les onctions, les bains, les epithemes, les clysteres. Les onctions sont diuerses , selon la diuersité de l'indication, prise des parties sur lesquelles il les faut appliquer. Car sur le dos et sur toute l’espine, Galien y fait des onetions de choses froides et astringentes moderément, c’est à dire qui puissent roborer les parties etempescher la colliquation d’icelles, et non boucher le passage à l’insensible transpiration, ce qui rendroit la chaleur beaucoup plus acre.Tels sont les linimens qu’on peut faire d'huile rosat, de nenuphar, de coings auec vn peu de cire, s’il vient à propos.

Les parties pectorales au contraire doiuent estre ointes de choses moyennement rafraichissantes et relaschantes : ie dis moyennement ra-

gulier aux erosions de l’estomach et vlceres des poulmons , dont s'ensuit emaciation et phtisie. Quant au laict d’asuesse, il le faudra choisir qu’ellesoit nourrie d’orge etauoine, fueilles de chesne, à fin que par le benefice de telle nourriture, il soit plus profitable et moins subiet à corruption. Et où le malade auroit le ventre trop lasche, on fera vn peu bouillir le laict, et y esteindre des caillous tous rouges et ardens. Et noteras que si ledit laiet pris, le malade auoit rots aigres, difficultéd’alaine, chaleurnon accoustumee, enflure et fluctuation du ventre, douleur de teste, comme il aduient à plusieurs, il faudra desister à prendre ledit Jaict. »

LE VINGTIÉME LIVRE,

fraichissantes , d'autant que le froid est tout à fait leur ennemy:ie dis aussi relaschantes, à raison que les astringentes apporteroient vne difficulté de respirer, ét de mouuoir librement les muscles du thorax. Telles sont les onctions qui se peuuent faire d'huïle violat, de saules, d'huile de semence de laictue, de pauot, de nenuphar, y meslant de l'huile d’amendes douces, pour temperer lPadstriction et frigidité qu'ils pourroient auoir. Sur tout que l’on se garde que l’Apothicaire par auarice, au lieu de ces huiles recentement tirées, ne vous en suppose de vieilles , rancides et sallées: car au lieu de rafraïchir vous eschaufferiez , comme ainsi soit que le vin, le miel, et Phuile par laage acquierent vne chaleur excessiue. Au defaut de bonnes huiles, nous les oindrons de beurre premierement laué diligemment en eau de violes et de morelle. L’ysage de telles onctions est de rafraichir, humecter et conforter les parties : et se doiuent faire matin et soir, quand le malade s’ira coucher, deuant et aprés le bain.

Quant aux bains , nous les ordon- Dons, ou pour simplement humecter, et lors suffira le bain d’eau tiede, dans laquelle on pourra ietter fleurs de violes, de nenuphar, fueilles de saules, et orge mondé : ou pour non seulement humecter, mais aussi relascher les parties qui sont tendues de siccité et aridité hectique, et outre leur apporter quelque meilleure habitude, à ce qu'elles deuienrent mieux refaites et nourries, et lors on y pourra aussi mesler la decoction d'vne teste et tripes de mouton, et ensemble quelque quantité de beurre.

Au reste, l'appareil d’vn bain pour

en.

ro

DES FIÉVRES.

les hectiques doit estre de plus grand artifice que le vulgaire des prati-

ciens ne pense. L’artifice est tel. IL

faut auoir trois baignoires : La premiere sera d’eau douce moderément chaude, et ce pour ouurir les pores du cuir : la seconde sera d’eau tiede, pour simplement humecter, l’eau penetrant aisément par les pores du cuir : la troisiéme d’eau froide, pour rafraichir, fortifier et adstraindre les parties , et leur faire garder l'humidité reéeuë , de peur qu’elle n’exhale : il faut demeurer quelque peu de temps dans le second, et fort peu dans le troisiéme. Toutesfois ceux qui n'auront les moyens , ou qui se fascheront de transporter leurs corps ainsi successiuement de baignoire en autre, pourront accomplir toutes ces trois intentions en vn mesme baïin,luy donnant l’eau plus chaude au commencement, puis y mettant tant d’eau froide qu'il y en ait suffisamment pour rendre le toul tiede : en fin vuidant par vne fontaine qu'il y aura au dehors de la baignoire, tant de ceste eau tiede, qu’emplissant le reste d'eau froide le tout soit rendu entierement froid. Ie trouuerois bon que deuant de plonger le malade dans le premier bain, qu’on luy fist receuoir, non par la bouche, mais par le reste de tout le corps, la vapeur de l’eau chaude. Le moyen seroit que, tenu sur la gueule de la baignoire par trois ou quatre hommes, et au dessus enueloppé et couuertdetoutes parts d’vnlinge horsmis la teste, il receut ladite vapeur, pour estre plus pleinement par aprés dans le bain humecté, le corps estant estant ainsi rarefié et laxé!.

* Ce curieux paragraphe sur l’administration des bains est copié textuellement de

GP rt

Or il faut qu’il ait pris et cuit quelques viandes deuant que d'entrer dans ce bain, à fin que par la chaleur dudit bain l’aliment ia cuit soit attiré aux parties et en toute l'habitude du corps : car d'y entrer l’estomach vuide et à jeun, il se feroit trop grande dissolution des forces du corps. Le regime donc qu’il conuiendra tenir deuant que d'entrer dedans, doit estre tel: que le iour de deuant sur le matin on lui donne vn clystere remollient, à fin que les excremens qui ont coustume d’estre retenus dans les intestins par lintemperie seiche soient euaçués : qu’on le fasse disner par aprés sur les neuf heures, luy donnant viande de solide nourriture:

qu’il souppe sur les quatre heures, mais moins, et de viandes aisées à cuire : vne heure aprés minuiel qu’il prenne la decoction d'yn poulet, ou va orge mondé ,ou deux œufs mollets, dans lesquels on mettra un peu d’eau rose et de sucre au lieu de sel:

quatre ou cing heures aprés qu'il entre dans le bain, à la façon que dit est. En aprés au sortir du bain, qu’en le nettoye et frotte doucement auee linges mols et deliés : aprés qu'il soit oinct à la mode çy-Geuant descrite :

puis qu’il repose et dorme dans le kiet deux ou trois heures, si possible est:

à son resueil qu’il boiue de la ptisane, et qu’il prenne des potages de facile digestion : à son souper qu'il boiue du vin, et qu'il se nourrisse de viandes plus solides. Le matin qu'on luy donne vn orge mondé, ou autre viande de pareille estoffe : en aprés qu'il rentre dans le bain à la mode susdite. Ce luy sera chose tres-profi-

l'édition de 1575; il est assez singulier que le livre des Playes de 1579 l'ait passé sous silence,

table qu’il vse ainsi artificiellement du bain de dix en dix iours, et ce par l’espace de trois iours continus. Que si le malade est suiet à quelque crudité d’estomach, de sorte qu'il ne puisse endurer le bain sans danger et de syncope et d’autres accidens , il luy conuiendra roborer et fortifier le ventricule auec linimens d'huile de coings, d’absinthe et de mastic, ou bien luy apposer vne crouste de pain aspergée de poudre de roses, de sandal, et de girofle, et de vin odoriferant, sur la region du ventricule, et par derriere enuiron, la treiziéme vertebre du dos , où par l'intelligence de l’Anatomie nous entendons respondre la bouche de l’estomacb.

Les epithemes luy doiuent estre apposés sur le foye et sur le cœur, à fin de temperer l’ardeur acre d'icelles parties, et corriger leur siccité par vne humidité raisonnable : c’est paurquoy tels epithemes se preparent auec choses froides et humectantes, mais plus humectantes que froides , d’autant que ce qui est fort froid coupe et ferme passage à l’humidité : à cela sont propres les eaux de buglosse et de violles iusques à vn quarteron , auec quelques gouttes de vin blanc. Mais ceux qui se font d'orge mondé, de semence de courge, de pompons, ou de concombres, iusques à trois drachmes de chacune en la decoction , en y meslant par forte agitation de lhuile de violles ou d’amendes douces, sont plus excellens que tous les autres. Le moyen d'appliquer ces epithemes, est d e plonger des drapeaux dedans, et les appliquer sur le cœur etsur les hypochondres, les changeant d'heure à autre à mesure qu'ils s’eschaufferont sur la partie.

Quant aux clysteres, d'autant que

LE VINGTIÈME LIVRE

pour l’imbecillilé de la faculté concoctrice , plusieurs excremens $s’amassent és corps des hectiques, il sera vtile d'en vser souvent tout le long de la maladie : on les preparera de la decoction d’herbes, fleurs et semences refrigerantes et humectantes, sans y dissoudre autre medicament que la casse auec le sucre, huile violat,. ou de nenuphar, et autres semblables. Mais aussi de tant qu’à la fiéure hectique, quand elle est fort aduancée, suruienpent des flux de ventre fort pernicieux, qui sont signes et marques de l’imbecillité de toutes les facultés , et de la colliquation de toute la substance du corps, il faudra remedier par choses refrigerantes et adstringentes , par alimens de grosse substance, comme de riz, de pois chiches, appliquant par dehors choses qui adstreignent et roborent, donnant en outre à boire au malade eau en laquelle de l’auoine ou de l'orge rosti auront cuit.

Quant au reste, il faudra traiter le febricitant le plus doucement que l'on pourra, le tenant en perpetuel repos, et le faisant le plus dormir qu’il sera possible t.

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