‹ Œuvres complètes d'Ambroise ParéChapitre 99 sur 602 · CHAPITRE XXX VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX VI

DES FIÉVRES SYMPTOMATIQVES , DE LEVR DIFFERENCE ET CVRATION.

Aux fiéures essentielles sont opposées les symptomatiques, qui ne sont

1 Là finissait aussi le chapitre de 1575; mais le livre des Playes de 1579 ajoutait les trois paragraphes suivants, qui peut-être ne méritaient pas l’oubli où ensuite l’auteur les a laissés :

« L'on dit que la liqueur des limaces

DES FIÉVRES.

pas des maladies premieres, mais des accidens qui suruiennent à cause de quelque maladie qui les precede et deuance. Car encore bien que la fiéure telle qu’ellesoit, soit vne maladie, c’est à sçauoir vne intemperie chaude et seiche , si est-ce toutesfois qu’on a accoustumé de diuiser la fiéure en celle qui est maladie, et en celle qui est symptome. La fiéure maladie, ou comme nous auons dit, la fiéure essentielle suruient sans qu’vne autre maladie l’ameine et l’excite : mais la fiéure qui est symptome est excitée par yne autre maladie , ne plus ne moins que les autres accidens, tels que sont la douleur, les veilles, la soif, et choses semblables. Doncques, tout ainsi que quelque symptome ou accident de maladie suit ladite maladie tant qu’elle dure, et s’esuanoüit à mesme temps que la maladie cesse : tout de

blanches, prises et nourries és vignes, des tortues nourries à la façon parauant expliquee, au reste pillees et distillees en l’allambic de verre in balneo Mariæ , baillee auec syrop de pauot, de nenuphar ou eau de decoction de laictues et de poullet, est singulierement bonne en la fiéure hectique.

» Telle fiéure peut assaillir les petits enfans, ou pour quelque despit ou longue crainte en laquelle ils auroient esté tenus, ou auoir vne nourrice cholerique de nature et de façon de viure, de laquelle pértant le Jaict est trop chault et ardent : ou pour estre nourris de vin, ou pour estre tenus continuellement au soleil : en ce cas il leur faudra changer de laict de nourrice et facon de viure en autre toute contraire, les tenant en air chaud et humide temperément : les oindre d’huille violat, et faire à peu pres les choses cy deuant expliquees pour les refroidir et humecter.

» Que si la fieure est compliquee d’hectique et putride, il faudra pareillement compliquer et accoupler les remedes pour l’yne et l’autre intention, par bonne methode, »

IIL,

mesme la fiéure symptomatique ne vient qu’en suite de quelque maladie, et s’en va aussi à mesme heure que ladite maladie. C’est pourquoy ceste fiéure icy n’a point de propres indications , comme a l’essentielle, les indications de laquelle sont prises de Sa nature et de ses causes. Mais celles de la symptomatique sont prises de la maladie qui la produit, et ce là vient aussi que l’on nomme ceste fiéure du nom de sa maladie, et non de son nom propre, comme enseigne Galien sur l’aphorisme septante-deux de la quatriéme section.

« Les anciens, dit-il, disoient que » ceux estoient malades de la ficure, » qui sans aucune inflammation, sans » abcés, sans douleur, sans erysipele, » et pour le dire en vn mot, qui sans » aucune autre maladie remarquable » se trouuoient affligés de fiéure.

» Mais s'ils se trouuoient auoir la fié- » ure, Ou à cause de la douleur de » costé, ou de poulmon, ou à cause de » l’inflammation de quelque autrepar- » ie, ils ne les appeloient pas febrici- » ans, mais pleuretiques, peripneu- » Moniques, hépatiques, et de pareil- » les et semblables appellations. »

Ce n'est pas toutesfois que toutes les fiéures symptomaliques viennent de necessité de quelqueinflammation :

il y en à encore d’autres: c’est pourquoy ie m’en vais apporter toutes leurs differences et especes. Les fiéures donc symptomatiques sont prises de trois chefs, ou de l’inflammation de quelque partie, ou de Pobstruction, ou de la pourriture et corruption ce quelque partie noble.

Celle qui vient de l’inflammation est double : car ou elle vient de l'inflammation de quelque partie noble, et voisine du cœur, ou dequelque partie ignoble , et qui est eslongnée du

cœur. Celle-cy est ephemere et ne dure qu’vn iour, d'autant que la parlie pour estre eslongnée du eœur ne peut rien eschauffer en luy, si ce n’est les esprits quise portent plus aisément par les conduits destournés que ne font pas les humeurs. L’autre fiéure qui vient de l’inflammation des parties nobles et voisines du cœur est aussi double : car elle est ou phlegmoneuse, queles Grecs disent ?l:y16v60dn<, OU er ysipelateuse, que les mesmes Grecs appellent épuvarilardôns OU rvpwdes, Celle là se fait par vn vray phlegmon de quelque partie, et celle-cy par lerysipele de la mesme partie, Par exemple, si les membranes du cerueau s'enflamment par la corruption du sang qui est au cerueau, il se fera vne fiéure symptomatique phlegmoneuse : mais s’il se fait vne inflammation ausdites membranes par la corruption de la bile, la fiéure symptemalique qui en sera excitée sera appelléeoutyphodes ou erysipelateuse.

Au reste ces fiéures icy d'autant plus sont-elles grandes, violentes, dangereuses et perilleuses, que la partie qui reçoit inflammation est noble et voisine du cœur: car le cœur en reçoit plus aisément et promptement les mauuaises fumées et vapeurs qui sen esleuent continuellement.

La seconde fiéure symptomatique vient de l’obstruction qui est viuement attachée à quelqu’vne des entrailles, et telle fiéure d'ordinaire est lente : car c’est vn feu caché, et vne pourriture secrette qui se glisse lentement dans les veines, et à peinese peut elle communiquer au cœur:

c'est pourquoy ceste fiéure est si douce et à des accidens silegers qu’à peine le malade se persuade-il auoir de la fiéure : bien qu’il soit assez aisé

au medecin prudent et aduisé de la

LE VINGTIÉME EIVRE,

reconnoistre, par quelques signes de pourriture qui apparoissent, et aux vrines et au pouls. Quelques-vns rapportent à ce genre de fiéure celles dont les cachectiques et les filles qui ont les pasles couleurs sont trauaillées, lesquelles sont engendrées et produites d’vne certaine pituite sereuse, qui se pourrit lentement dans toutes Les parties du corps oùelle est diffuse et espandue. D’autres aussi mettent entre ces fiéures icy , celles quisont produites par les vers, bien qu'elles ayent des symptomes beaucoup plus violens que les fiéures lentes.

La troisiéme et derniere espece de fiéures symptomatiques, est prise de la pourriture et corruption de quelque partie de nostre corps qui est noble etnecessaire à la vie. Par exemple, toutesfois et quantes que le poulmon, le foye.la ratte se pourrissent et se corrompent en leur substance, par la continuité des vaisseaux qui sont inserés en ces parlies là, il y a de mauuaises vapeurs qui sont portées au cœur, où ils allument vne fiéure lente continue, qui consomme peu à peu le malade et le debilite de iour

en iour, et l’extenue tellement qu'il

en meurt à la fin : et ceste fiéure iCÿ n’est point autre que symptomatique, encore bien quequelques vns la vueil- lent appeller hectique : mais en l’hectique, il n’y a point de pourriture , si a bien en celle-cy : c’estpourquoy elle constitue Ja troisiéme espece des

-symptomatiques.

Orla connoissance des fiéures symptomatiques despend de leurs propres signes. Celles qui se font à cause de linflammation de quelque partie, se reconnoissent par l’inflammation mesme, quise donne assez à connois-

tre, tant par la douleur que par la

DES FIÉVRES:.

lesion et affliction qw'ékle donne à la partie malade : d’aüantage ces fiéures mont aucüns accés periodiques, et ne dontentaucune signification de pourriture dans les vrines, si te n’est qu’il suintede la partie enflammée quelque petite portion de pourriture qui se mesle parmy le sang, et qui le corrompe. Bref telles fiéures ne recoiuent point de crises, ny au septiéme iour,nÿ au quätorziéme; Mais se guerissent peu à peu à mesure que l’inflammation se diminue.

Pour la fiéure lente qui se fait de Fobstruction, elle se reconnoist par la tumeur ou dureté de visceres qui sont estouppés : éllé n'apporte aucun grief accident; sice n’est que peu à peur elle oste les forces dü malade, luy fond le corps, et le rend maigre encore qu'il se nourrisse bien. Elle duré quelquésfois bien longtemps, vn mois, deux mois, plus où moins, selon que lobstruction est plus ou moins opiniastre : le pouls du malade est petit, foible, frequent, leger et inegal.

Reste la fiéure qui suit la corruption des parties : celle-cy se reconnoist, parte qu’élle ne diminue nullement, ny par aucune purgation, ny par aucune saignée : ains au contraire elle s'aigrit et augmente à veuêé d'œil. Elle

donne des defaillances de cœur, et peu à peu elle amaiïgrit tellement le malade et le débilite, qu’elle loste hors de ce monde. Il faut au reste prendre garde quelleest la partie qui se corrompt, si c’est lé poulmon, le foye, la ratte, l’estomach, les reins, le mesentere, la matrice : Car par ce moyen vousentrez en sa connoissance.

Getyÿ establi, venons à la cure de

ces fiéures symptomatiques. Celle qui suit les inflammations se doit traiter comme l'inflammation mesmé ,

a, et comme les autres fiéures que nous auons dit estre des intemperies chaudes et seiches. C’est pourquoy le regime de viure doit estre rafraichissant et humectant, en s’abstenant tout à fait de vin et des choses qui peuvent augmenter l’inflammation.

Hfaut commencer les remedes par la saignée, laquelle est si necessaire en ce mal icy, que si elle n’est faite et promptement et competemment, ou le malade meurt bien tost, ou il se fait vn abcés, qui quelquesfois est mortel, quelquesfois est de tres-Ilongue durée. Cependant on fera vser au malade de juleps et apozemes refrigerans, qui ont la force et la vertu de reprimer la ferueur de la bile, et autres humeurs ardentes et boüillantes qui fomentent le mal. Il se faut bien donner de garde de purger le malade du commencement, voire mesme tant qu’il y aura soupçon d’inflammation :

Car il faut craindre d’irriter la partie malade , de leschauffer, et de luy

transporter de nouueau de mauuaïises

humeurs. Lorsmesme qu'ilsera temps de purger, il faut se seruir de purgatifs doux et benins, et fuir Les violens, ét ceux qui recoiuent la scammonée.

Il ne faut nullement parler de vomitifs, d'autant qu’ils sont tres-pernicieux aux inflammations. En vn mot on se doit contenter presque durant toute la maladie de clysteres, de la saignée, et remedes alteratifs rafraichissans et humectans : ayant toutesfois tousiours esgard à la partie enflammée pour luy appliquer les remedes propres, comme les bechiques au poulmon, les epithemes au foye et à la ratte, et ainsi des autres.

Pour les fiéures lentes symptomatiques qui viennent de l’obstruction ou du foye, de la ratte, il faut se ser-

‘uir d’vn regime de viure qui soit in-

cisif et attenuatif , preparant des boüillons de poullets auec racines de persil, de fenoüil, de capres, d’orge,et autres diuretiques : il faut euiter les alimens visqueux et grossiers , toutes sortes de legumes, et autres viandes flatulentes et terrestres. La boisson ordinaire doit estre preparée auec orge, chiendent, racines d’ozeille et de cichorée sauuage, de dent de lion, meslant quelquesfois vn peu de vin blanc qui est aperitif et diuretique.

Entre les remedes la saignée tient le premier lieu, qui oste et desgage puissamment les obstructions, et en outre descharge la nature d’vne portion des humeurs qui l’affoiblissent, et qui diminuent la chaleur naturelle. Les clysteres detersifs doiïuent estre souuent vsités, cependant que l’on prepare les humeurs auec juleps et apozemes qui ouurent, desbouchent, incisent et atlenuent sans excessiue chaleur, et que par interualle on corrobore les entrailles, tantost auec l’electuaire de (riasantali, tantosl auec les trochisques d’aigremoine, ou bien auec poudres, condits, tableltes, et opiates conuenables. Aprés cela il faudra purger doucement et frequemment le corps, ayant tousiours esgard à la partie qui est estouppée, comme au foye ou à la ratte : pour selon ceste indication mesler les medicamens qui ont plus de familiarité auec la partie affectée. Bref ilne faut rien obmettre des choses qui ont la force de desboucher, d’ouurir , d’inciser, d’attesuer,et de desgager les obstructions.

En fin les fiéures symptomatiques qui viennent de la corruption des parlies nobles reçcoiuent assez de remedespallialifs, mais elles n’en peuuent auoir qui. les puissent entierement guerir. ILen faut mourir tost ou tard, yeu qu'il est impossible de restituer

mr

LE VINGTIÉME LIVRE,

vne partie noble qui aura esté vne fois corrompue : l’axiome du philosophe eslant tres-vray, qui dit qu'il n’y a point de retour de la priuation à l'habitude. Il faudra donc se contenter du prognostic, et prescrire au malade le meilleur regime de viure que faire se pourra : que s’il estoit trauaillé de quelques violens symplomes, il faut tascher à les adoucir les mieux qu’il sera possible, et du reste n'esperer autre issue de la maladie quela mort.

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