‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 15 sur 515 · LE DIX-NE · texte numérisé non relu

LE DIX-NE

teaux tous vifs, et la barbe à la mode et façon de trois serpens qui luy sor-

toient hors du menton : et fut trouué le quinzième iour du mois de mars dernier passé. 1569, chez vn aduocat nommé Baucheron , à Authun en Bourgongne , par vne chambrière qui cassoit des œufs pour les mettre au beurre, entre lesquels cestuy-ci estoit : lequel estant cassé par eUe, veit sortir ledit monstre , ayant face humaine, les cheueux et barbe de serpens, dont elle fut merueilleusement espouuentée. Et fut baillé de la glaire dudit œuf à vn chat, qui en mourut subitement. De quoy estant aduerti monsieur le baron deSenecey cheualier de l'ordre, a esté de sa part enuoyé ledit monstre au roi Charles , qui pour lors estoit à Metz

bable qu'il s'agissail d'iineencéphalocèle postérieure; pour les autres phénomènes, ils ont été certainement grossis ou défigurés par la peur ou la crédulité. Paré ajoutait: Lajicjure l'est iaj représentée après le naturel ; mais, malgré cette annonce fastueuse, la prétendue figure d'après nature était si manifestcment imaginaire et ridicule que je n'ai pas hésité à la supprimer. J'ignore du reste à quel auteur il a pu l'emprunter.

* Malgré la date de celle histoire , elle ne

ÉME LIVRE,

L'an 1546, à Paris vne femme grosse de six mois enfanta vn enfant ayant deux lestes, deux bras, et quatre iambes, lequel i'ouuris, et n'y Irouvay qu'vn cœur (lequel monstre est en ma maison , et le garde comme chose monslruetise ') : partant l'on peut dire n'estre qu'vn enfant.

Figure d'un enfant ayant deux testes , deux bras et quatre iambes.

se trouve pas dans l'édition de 1573, et a été ajoutée seulement en t579. Elle est fondée sur quelque chose de réel , sans doute , cl l'on a trouvé quelquefois dans des œufs des figures bizarres. Mais évidemment l'imagination la plus crédule a pu seule inventer cette Icie d'homme avec des cheveux et une barhc de serpents.

' Celle parenthèse manque dans toutes

DES MONSTRES

Aristotedit >, qu'vn monstre ayant deux corps ioints ensemble , s'il est trouuc auoir deux cœurs, on peut véritablement dire estre deux hommes ou femmes : autrement s'il est Irouué n'auoir qu'vn cœur auec deux corps, ce n'est qu'vn. La cause de ce monstre pouuoit estre fau e de matière en quantité, ou vice de la matrice qui estoit trop petite , parce que nature voulant créer deux enfans , la trouiiant trop estroitte,se trouue manque, de façon que la semence estant contrainte et serrée , se vient lors à coaguler en vn globe, dont se formeront deux enfans ainsi ioints et vnis ensemble.

L'an 1569, vne femme de Tours enfanta deux enfans gémeaux, n'ayans qu'vne teste, lesquels s'entre-embrassoient : et me furent donnés secs et anatomisés par maistre René Ciret , maistre barbier et chirurgien, duquel le renom est assez célèbre par tout le pays de Touraine, sans que je luy donne autre loiiange^.

les éditions du vivant de Paré, et se lit pour la première fois en 1598. Toutefois on peut la regarder comme authentique, d'après la note marginale que nous reproduisons plus bas.

' Aristote en ses Probl. , et 4 chap. du liu. 4, de Gêner, animal. — A. P.

* Ces deux monstres derniers sonl en la possession de l'atilheur. — A. P. — Cette note existe déjà dans l'édition de 1S73.

On peut remarquer, à l'occasion de cette figure et de la précédente, que quand A. Paré a lui-même observé les sujets , ses descriptions n'accordent rien à l'imagination, et que ses ligures pourraient encore être reproduites parmi les plus exactes dans les ouvrages les plus modernes.

Figure de deux gémeaux Trayant qu'une seule teste.

Sebastien Munster escrit auoir veu deux filles l'an 1495, au mois de septembre, prés de Wormes, au village nommé Bristant , lesquelles auoient les corps entiers et bien formés, mais leurs fronts s'entretenoient ensemble, sans que par artifice humain oni les peust séparer, et s'entre-touchoient presque du nez : et vesquirent iusques à dix ans, et lors en mourut vue , laquelle fut ostée et séparée de l'autre : et celle qui demoura viue mourut tost après, quand on sépara sa sœur morte d'auec elle , pour la playe

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qu'elle auoit reoeiio de la séparation : la figure desquelles t'est icy représentée ».

Figure (ledeuxfitk$ a^(n,elles, lesquelles s' entretenoipt nqv l,e p-o^p.

L'an t57p , le 20. jour de iujUet, à Pafi^, rue (les Grauelliers, à l'enseigne^ (}e la Cloche , nasquirent ces

1 Toutes les éditions complètes , à partir de celle de 1579, portent : l'esi icy dessus représentée ; et eh effet là figure est avant le texte comme la plupart des précédentes. J'ai piv'l'éré la rédiiction et rari'A'lSPI'lPnt des flgurps de l'éditiflp prin)il,ivç do \l)Ti. Du reste, malgré la citation ambilieuse de Sél)aslicn Munster, l'histoire et la (igure sont prises de Lycosllicnes, ouvr. cité , p. 504.

IJME LIVRE ,

deux enfqns ainsi figurés , remarqués par les chirurgiens pour masle et femelle, cl furent bapjiscs à S. Nicolas (les Champs, qt nomtnés Loys et Lpyse. Leur père auoit nom Pierre Germain , dit Petit-Dieu, de son mestier aide à maçon, et leur mère Matthée Pen|elle.

Figure de devx enfans monstrueux , n'agueres né^ ^ Par\3.

Le lundy dixiéqip iour de iuillet mil cinq cens soixante et douze, en la ville du Pont de Sée , prés d'Angers, nasquirent deux enfans femelles, lesquels vesquirent demie heure, et receurent baptesme : et estoient bien forniés, fors qu'vne main senestre n'auoit seulement que quatre doigts :

et estoient çoi]ioiqt§ enseinilifi ÎPHfs parties antérieures. sça^oir, depuis le menton iusques à l'ombilic, et nauoionl qu'un seul nombril, et un seul cœur, le foye diuisé en quatre lobes.

Figure de deux fdlcs ioime.i oisemijle , n'o- (jueres nées en la ville du Pont de Sàe, pris Angers

Cseliqs Rhpdigimis , chapitre troisième , liure yingt-qiiatriéine de ses Antiqiies leçons, escrit qu'il fut produit un monstre Ferrare en Italie , l'an de grâce mil cinq cens quarante, le dix-neiiuiéme iour de Mars, lequel lors qu'il fut enfanté , estoit aussi grand et bien formé que s'il eust eu quatre mois accoinplis, ayant le sexe feminiii c|; piaspiilin , et deiix testes , Yy^e de Riftsle , et. l'autrp dp feqplle-

1 RucIT, ouvrage cité, folio 44 et 4.'), donne deux figures presque semblables, oonirnc la représentation de monstres observés à Scliaffouse et 4 Einsidlca en 1543 et 1553.

f orirait: ài'i^n xnwstre ayant deu^ (estes , l'vne de mask el l'ame i{e femelle K

louianus Pontanys escrit que l'an milciqqpensvipgt-npuf, le neuOénie de ianuier, il fut veu en Allemagne un enfant masle ayant quatre bras et quatre iar^ijjps , duquel tu vois ipy le portrait.

' Voici certainement une de ces monstruosités réellement observées, mais défigurées par l'ignorance. On sait que la plupart des monstres sont du sexe féminin: on sait aussi que chez les frelus peu avancés, avec ou sans monstruosité, le clitoris proémine de manière à simuler assez bien la Verne. Un observateur suiicrficiel aura cru voir une verge el une vulve à la fois , conséqucmmenl un horniaphrodiloj ot plus lard

La mesme année que le grand roy François fit la paix auec les Soiiisses, nasquit en Allemagne vn monstre ayant vne teste au milieu du ventre : iceluy vesquit iusques en Taage d'homme : icelle teste prenoit aliment comme l'autre'.

le dessinateur, faisant son esquisse d'après le texte , n'a trouvé rien de mieux que de figurer la vulve d'un côté , la verge et les testicules de l'autre. J'ai dû cependant me conformer à la figure de Paré, et j'en ai toujours agi ainsi à l'égard des figures que j'ai conservées.

1 Cette histoire est empruntée à Lycoslhcnes, qui la rapporte à l'année 16IG (ouvr. cité, page 521 ), et il l'avait probablement copiée d'après RuelT, De conceplu et genemliotie, etc., 1554, page 44. La seule différence est que dans Rueff la face de l'individu entier est celle d'un enfant , tandis que dans

Le dernier iourde Feburier 1572, en la paroisse de Viaban , sur le chemin de Paris à Chartres, au lieu des petites Bordes, une femme nommée Cypriane Girande , femme de Jacques Marchant laboureur, accoucha de ce monstre , lequel vesquit iusques au dimanche ensuiuant ^

Lycosthènes et Paré elle est d'un homme. Du reste, l'histoire et la figure sont très probablement imaginaires. Il n'existe pas d'observation authentique d'une pareille monstruosité, et l'on peut tout au plus présumer qu'il s'agissait d'un monstre analogue à celui de la page 7.

1 Rucff a une figure presque absolument semblable , ouv. cité , fol. 47 , qu'il rapporte à un individu observé cnAngleterre en 1552. Lycoslhène a copié l'histoire et la figure de Rucff à la p. 619 de son livre.

Des monstrès et prodiges.

Portrait de deux enfam bien monstrueux, auxquels vn seul sexe féminin se manifeste.

L'an 1572, le lendemain de Pasques, à Mets en Lorraine , dansl'hostelleiie du Sainct-Esprit , vne truye cochonna vn cochon ayant huict ïambes, quatre oreilles, la teste d'vn vray chien, les derrières des corps sépares iusques à l'estomac , et depuis ioints en vn, ayant deux langues situées £iu trauers de la gueule , etauoit quatre grandes dents, sçauoir est autant dessus que dessous , de chacun

costé : leurs sexes estoient mal distingués, de façon qu'on ne pouuoit connoistre s'ils estoient masles ou femelles : ils n'auoient chacun qu'vn conduit sous la queue : la figure duquel t'est demonstrée par ce portrait, lequel puis n'agueres m'a esté enuoyé par monsieur Bourgeois, Docteur en Médecine, homme de bon sçauoir et bien expérimenté en icelle, demeurant en ladite ville de Mets.

Figure d'un cochon monslr ueux , nay à Mets en Lorraine.

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