CHAPITRE VII
POVR SE DONNER GARDE d'eSTRE EMPOISONNÉ.
La manière de se donner garde d'estre empoisonné est fort difficile :
car les meschans empoisonneurs et parfumeurs, qui secrètement baillent les poisons, conduisent leur trahison et leurmeschancetési finement, qu'ils trompent les gens les plus experts et de meilleur iugement qu'on sçauroit trouuer. Car ils ostent l'amertume des venins, et lesmeslent auec choses douces : ainsi ils leur font perdre leur mauuaise odeur par la mixtion des choses odorantes et parfums. Aussi la poison donnée auec saulses appétissantes est fort dangereuse, d'autant quelle est auallée auidement, et plus difficilement vomie.
Etpartant ceux qui craignent d'estre empoisonnés, comme souuent adulent aux prélats et beneficiers pour auoir leur despoùille, se doiuent garder de toutes viandes appareillées (par gens suspects) auec saulses qui sont fort douces ou fort salées, ou aigres, et
gencralemonl loules celles qui sont de haut goust. Pareillement eslans bien altérés, ne doiiienl boire à grands traits, ne manger goulûment :
mais bien considérer le goust de ce qu'ils mangent et boiuenl. D'au an tage ils doiuent manger des choses qui rompent toute la force du venin douant toutes viandes, et principalement vn bouillon gras fait de bonnes viandes. Semblablement doiuent prendre au matin vn peu de meth ridât ou theriaque , auec vn peu de conserue de roses , puis boire vn peu de bon vin ou maluoisie, ou des fueilles derue, auecques vne noix et figues seiches , qui est xn singulier remède.
Et où quelqu'vn auroit soupçon d'auoir pris quelque poison par la bouche, ne faut dormir en tel cas :
car la force du venin est quelquesfois
si grande et si forte ennemie de Nature , qu'elle exécute son pouuoir, que souuent elle monstre tel effet en nos corps que fait le feu allumé en la paille seiche. Car souuent adulent que ceux qui sont empoisonnés, deuant que pouuoir auoir secours des Médecins et Chirurgiens, meurent.
Dont subit il se doit faire vomir en prenant de l'huile et eau chaude : en lieu de rhuile on fera fondre du beurre, et le prendre auec eau chaude , ou décoction de graine de lin , ou fenugrec, ou quelque boiiillon gras : car telles choses font ietter le venin hors par le vomissement : ioint qu'ils laschent le ventre, et par telles euacuations le venin est vuidé hors , et son acrimonie amortie. Ce qu'on voit par expérience, que lors que nous voulons appliquer des cautères potentiels ou vesicatoires, si la partie est ointe de choses huileuses , tels remèdes acres ne pourront vlcerer la partie. D'auantage, le vomissement pro-
LE VINGT-TROISIEME LIVRE
file, non seulement parce qu'il euacue le veniiï : mais aussi que souuent il manilcslc, ou par l'odeur, ou par la couleur, cetiui aura esté prins: et ainsi par tel moyen on pourra auoir recours aux remèdes conlrarians au venin.
Après auoir vomi, si on a coniecture que la poison soit descendue aux boyaux , on pourra vser de clysteres acres , pour euacuer ce qui pourroit estre demeuré et attaché contre les intestins- Et où le malade ne pourroit vomir, il luy faut faire prendre des purgations propres, qui résistent aux venins , comme est l'agaric , l'aloés, la psiile centaure, la rheubarbe, et autres choses ordonnées par le docte Médecin. L'on doit vser puis après de clysteres composés de casse, de boijlllon gras , auec suif de mouton ou beurre , ou laict de vache, et mucilages de lin, et psillij , ou de coings , à fin que la poison n'adhère contre les boyaux , comme on a accoustumé donner aux dysenteries.
Par leur onctuosité et visquosité, ils amortissent l'acrimonie du venin qui se peut adhérer contre les boyaux, et défendent les parties saines qu'elles ne sentent la force du venin.
Ils sont bons pareillement quand le venin a vlceré les parties intérieures Pour ceste cause le laict beu en grande quantité, après le vomissement, et baillé par clysteres, est vn remède tres-singulier , parce qu'il rompt la force du venin , et souuent le guarit.
Il faut icy noter, qu'on doit tousiours commencer â tirer le venin par la voye où il aura entré. Comme s'il a esté baillé par odeur, faut faire esternuer : si par le boire ou manger, par vomissement : si par le siège, par clysteres : si par le col de la matrice , par syrînguer : si par morsures, ou
piqueures ou esgratigneures , par remèdes qui l'attirent au dehors, comme nous dirons cy après