CHAPITRE XXXIII
DE LA PIQVEVnE DV SCOnPION TEBUESTKE K
Le scorpion est vne pptile beste ayant le corps en oualle, et a plusieurs pieds, et la queue longue faite en manière de palenostres attachées bout à bout i'vne contre l'autre, la dernière plus grosse que les aulres et vn peu plus longue , à l'exlreniité de laquelle il y a vn aiguillon, et aucuns en ont deux, lesquels sont creux, remplis de venin froid, par lesquels ils iettent leur venin dedans la playe qu'ils piquent. lia de chaque coslécinq ïambes fourchues en manière de tenailles:
les deuxdedeuanl sonlbeaucoupplus grandes que les aulres, et faites en manière de celles d'vne escreuisse. Il est de couleur noirastre , comme de couleurde suye : il chemine de biais:
il s'aKache si Ibrtauec le bec et pieds contre les personnes, que bien difficilement on le peut an acher. Aucuns ont (les ailes semblables à celles des sauterelles qui mangent les bleds, qui ne s(mt trouués en France : et îceux voient de région en autre, ainsi qu'on voit des fourmis volans. Ce qui est vray-semblabie , parce que les p;iysans de CastiUe (ainsi qu'escrit Mallhiolus) en labourant la terre, Irouuent souuenl en lieu de fourmi- Hi ies, vne bien grande quantité de scorpions qui s'y retirent l'byuer.
Pline escril qu'en Ethiopie, y a vn grand pays désert pour raison des
' Ce chapitre répond presque mot pour mol au cliap. 17 <iu livre prunilif, qiii pcrtail sculciuculpour lilie - JJe lapiquvure du scoiyioii,
* Pline, Uu. 8. cliap. 29. — A. P.
scorpions, qui n'y ont laissé ny gens ny besles.
Les anciens font plusieurs espèces •et diflerences de scorpions , lesquels sont distingués selon les diuersités de couleurs, comme iaunes, roux, cendrés, verds, blancs, noirs : les vns ayans des ailes, les aulres point. Us sont plus ou moins mortels, selon les régions où ils habitent, comme en la Toscane et en Scythie sont fort venimeux : en aulres régions comme en l'isle de Pharo et à Trente leur piqueure n'est venimeuse, et n'en adulent aucun mauuais accident.
Il suruient inflammation en la partie olTensée, auec grande rougeur, durelé, tumeur et douleur , laquelle se change, à sçauoir , tantost chaude et tantost froide : aussi accroist intempestiuement , et par interualle cesse , puis tost après accroist : pareillement le malade a vne sueur et frissonnement, comme ceux qui ont la fiéure, et a vne hordpilalion, c'est à dire que les cheueux luy dressent.
Il sent aussi des ponctions parmy le corps, comme si on le piquoit auec aiguilles, et grande quantité de vents par le siège : il a volonté de vomir, et aller à ses affaires, et n'y peut toutesfo s aller : et tombe en défaillance de cœur, fiéure continue, et dénient enflé : et si on ne luy donne secours, la mort s ensuit.
Antonius Beniuenius au liure 1, chap. 56. dit auoir eu vn seruileur, lequel fut piqué d'vn scorpion, et tout subit luy suruint vne sueur froide comme glace : fut preserué de la morten beuuant du theriaque dissout en vin 2,
^ Edi tion de 1675 : et aux régions froides, comme à J'ieiiie.
2 Celle cilalion de Benivenius est une addition <ie 1686.
LE VliNGt-TllOISliMlî LIVRE
Dioscoiidii liure 2. chapitre 10 (lit que le scorpion terrestre crudescaclié ou broyi% et mis sur la piqueure, ou l'huile d'icoluy. estson vrayalexilcre.
On le mange aussi rosti et bruslé pour ce mesme effect, de quoy l'expérience fait foy.
Autre remède. Prenez laict de figuier, et instillez en la playe : tel remède guarit promplement.
Autre. Prenez calament broyé, et appliquez dessus. Aussi la farine d'orge incorporée en décoction de rue et appliquée dessus.
Et pour remède excellent, il se faut ietter dedans vn bain, et se faire trcsbien suer. Pour seder la douleur promplement, il faut piler des escargots auec leur coquille, et les appliquer dessus lapiqueure. Aussilesoulphre vif puluerisé, et incorporé auec térébenthine, est souuerain remède.
La rue pilée , et appliquée dessus, est bonne. Aussi pour vn singulier remède on y applique l'herbe nommée Scorpwïdes, dont on a pris le nom.
Attire remède. Racine de couîeurée boulue, et pilée auec vn peu desoulphre.
Autre. Les aulx pilés, soulphre et huile vieille meslés ensemble etapplipliqués dessus.
Autre. L'agaric puluerisé ou en décoction, cure leur piqueure.
Pour les chasser, il faut faire suffumigation de soulphre et galbanum. L'huile aussi faite d'iceux, appliquée aux trous où ils habitent, garde qu'ils n'en peuuent sortir. Autant en fait le jus de raifort 2. Et pour les garder qu'ils n'approchent et piquent per-
1 L'édilion de 1576, au lieu de Dioscoride, Cilail: Malheoliis, tiare deuxième.
2 Le livre de 1575 ajoutait : ei de laict, et huille faite d'iceux. Je ne sais ce qu'il entcn
sonne, il se faut frotter de jus de raifort ou d'aulx : car par ce moyen iamais n'approchent de celuy qui s'en sera frotté.
Plusieurs autres remèdes ont escrit les anciens, mais ie n'ay pris que ceux qu'on peut aisément recouurer, et sont grandement loués par dessus tous autres.