DES CAVSES DIVINES DE LA PESTE
C'est vne chose résolue entre les vrais Chrestiens , ausquels l'Eternel a reuelé les secrets de sa sapience , que la peste et autres maladies quiaduiennentordinairement aux hommes,procedent delà main de Dieu, ainsi que le Prophète nous enseigne : Quelle aduersiiéseraen la cité, que leSeigneiirn'aye faite ^? Ce qxie nous deuons en tout temps soigneusement méditer pour deux raisons : la première est pour reconnoistre que ce qne nous auons de vie , santé , mouuement et estre , procède directement de la pure bonté de Dieu , qui est le Pere des lumières, à fin que par ce moyen nous luy rendions grâces deses bénéfices. L'autre est que la connoissance des afflictions qui nous sont enuoyées de Dieu, nous achemine à vne droite intelligence de sa iustice sur nos péchés, à fin qu'à l'exemple de Dauid 2, nous nous humilions sous sa main puissante , pour garder que nostre ame ne pèche par impatience : aussi qu'estans releués de desespoir, nous inuoquions sa Maiesté pour nous deliurer de tous maux par sa miséricorde. Voila comme nous apprendrons de chercher et en Dieu et en nous, au ciel et
1 Âmos 3. — ^cUs 17. — A. P.
2 ployez à ce propos le Pseau. 39. — A. P.
DE LA
en la terre , la droite connoissance des causes de la peste, de laquelle nous sommes visités: et comment par la Philosophie diuine nous sommes instruits que Dieu est le prin«:ipe et cause des causes moyennes , sans laquelle les secondes causes et inférieures ne peuuent produire aucun eCfet, ains sont conduites et addressées par la volonté secrette et conseil priué d'iceluy, qui s'en sert comme d'instrumens pour accomplir son œuure selon son décret et ordonnance immuable.
Pourtant il ne faut attribuer simplement la cause de la peste aux causes prochaines, à l'exemple des Lucianistes, Naturalistes, et autres infldeles : mais il nous faut considérer que tout ainsi que Dieu par sa toutepuissance a créé toutes choses hautes, moyennes et basses, aussi que par sa sagesse il les conserue , modère , encline où bon luy semble, mesmes souuent change le cours naturel d'icelles, selon sou bon plaisir. Voila pourquoy le Prophète nous exhorte :
N'apprenez point les voyes des Gentils, et ne craignez point les signes du ciel comme les Gentils les craignent Et ne faut que nul soit si hardy et plein de rage , de vouloir attacher Dieu , qui est la souueraine cause de toutes choses, aux causes secondes et inférieures et à ses créatures, ou à la première disposition que luy-mesme a baillée : et seroit rauir à Dieu ce titre de Tout-puissant, et luy ester la liberté de plus rien changer et disposer autrement qu'il n'a fait du commencement , comme si l'ordre qu'il a eslabli le tenoit suiet et lié , sans qu'il peust rien innouer 2. Car quelque or-
' leremie 10. — A. P.
2 Cette phrase a été ajoutée en 1579.