CHAPITRE VII
LA CVRE PRESERVATIVE, ET PREMIERE- MENT DE l'air, DV vivre, ET DE LA MAISON.
Après auoir descrit la peste, et déclaré les causes, signes, et présages
» Pline, 30. chap. 4. — A. P. Plus tard Paré a consacré un chapitre particulier de
par lesquels on peut coniecturer qu'elle doitaduenir: maintenant nous faut dire comment on s'en doit preseruer, d'autant que la précaution doit précéder la curation d'icelle.
Or véritablement le plussouuerain remède que ie puisse enseigner auec tous les anciens, est s'enfuir lost et loing du lieu infect, et se retirer en air sain, et retourner bien lard, si on le peut faire Et où il ne sera possible, fautobscruer deux choses en gênerai : la première est rendre le corps fort pour résister à l'infection de l'air : la seconde moyenner que l'air infect ne soit assez fort pour imprimer en nous son venin : qui se fera en le corrigeantpar qualité contraire, comme s'il est trop chaud, par choses froides, et ainsi des autres qualités.
Le corps résistera au venin, s'il est net et fortifié par remèdes propres, comme par bon régime , purgation, et saignée s'il en est besoin. Aussi faut euiter la grande variété des viandes, et celles qui sont fort chaudes et humides, et principalement celles qui se corrompent aisément : et ne faut manger pâtisseries, ny yurongner.ou se trop saouler , mais on se leuera de table auec appétit. Pareillement faut que les viandes soient de bon suc , et faciles à digérer : car les bons alimens pris avec vne médiocrité en temps et lieu engendrent bonnes humeurs, qui sont cause de santé, et par conséquent preseruatifs de peste. Aussi il faut prendre moyen exercice au matin, et au vespre auant le repas, et en lieu non suspect d'air pestiféré :
pareillement auoir bon ventre , soit
son livre des F'enins à la Buprenle ; voyez ci-devant page 329. Il ne faut pas oublier que le livre de la Peste est de 1568. 1 Cii'o , longe , tardé. — A P.
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par art, t)« par nature? aussi faut fortifier le cœur el autres parties uobles par clioses cordiales, comme epilhemes, linimens , emplastres, eaux, pilules, poudres, tablettes, optâtes^ parfums, et autres que dirons cy après.
D'auantage faut eslire vn bon air, et loing des lieux fietides : car le bon air aide beaucoup à la conseruation de la santé d'vn chacUh, el recrée les esprits et toutes les vertus : au contraire l'air obscur et de mauuaise odeur nuist merueilleusementi parce qu'il engendre plusieurs maladies > fait perdre l'appétit, rend le corps languide et mal coloré, et estouffe le cœur , et pour le dire en vn mots il abbrege la vie. Le vent de Bize, qui vient du Septentrion, est bon, pource qu'il est froid et sec : au contraire le vent austral, qui vient du Midy , est tres-dangereux, parce qu'il est chaud et humide, qui débilite le corps, et ouure les conduits, qui fait que le venin pénètre plus facilement au cœur. Et celui d'Occident est semblablement insalubre, à cause qu'il tient beaucoup du méridional. Et pour ceste cause, on fermera les feneslres de la maison du eosté où ils frappent, et on ouurira au matin celles qui ont esgard vers le Septentrion et Orient, si d'auenture la peste n'estoit de ce costé là : et se faut donner garde que nulle mauuaise vapeur n'entre dedans. Puis après on fera du feu par toutes les chambres, et on les parfumera de choses aromatiques , comme d'encens, myrrhe, benioin, ladanum, styrax, roses, fueilles de myrte, lauande, rosmarin, sauge, basilic, sarriette, serpolet, mariolaine, genest, pommes de pin , petites pièces de bois de pin, degenéurcet sa graine, doux de girdlé , oiselets 4e Cypre ,
RIÉME LIVRE ,
et autres semblables choses odoriférantes. Et do ceste mesme fumée faut parfumer les habillemens.
On dit aussi, qu'il est bon en temps de peste de nourrir vn bouc en la maison où on habite, el le lient-on pour vn singulier remède contre la contagion du mauuais air : pource que la vapeur du bouc ayant empli le lieu où il habile, empesche que l'air pestiféré n'y trouue place : laquelle raison peut aussi seruir au conseil de parfumer les babils de bonnes suffumiga lions. Et me semble (sauf meilleur iugement) qu'elle peut aussi estrc employée à ce qu'on dit^ qu'vn homme à ieun est plus aple à estre pris de la peste, qu'vn qui aura mangré, non pas à satiété, maïs médiocrement. Car awec ce que par le manger Nature fortifiée chasse plus.aiséraent d'elle le poison et veneiiosîté : auss-î du manger et boii'e se pfeuuetat porter par Ijôutes les porosités dii corps dés t^apeurs, qui les emplissans occuperont les vacuités qWe l'air pestilenl prendroit Toutesfois quant est du bouc, le vulgaire dit vne a'atfe raison, c'est qu'vne matttjaise odeur châsse l'auti'e.
Ceste ^'aison est seitibïable à ceilé qu'Alexaùdre Benedictus recite i, à sçauoir qu'vn Médecin de Scythie fit cesser la peste , laquelle prouenoît dé l'air , faisant tuer tous les chiens et chats , qui estans espars par les rues emplirenU'air de leur vapeur putride :
et par ce moyen promptemeht la peste cessa. Poiirce (dit-il) que telle poUrrîture changea la nature de l'aîT, laquelle auparauant estait pernicieux aux htHniHés c qui se fait pour la dis-
Histoire d'Alexandre Bencdtclus m son Hure de la Peste. — A. f .
OÈ LA
similitude des choses , cl qu'vn venin ciiasse l'autre.
On no doit sortir dé la cliahibre en temps de peste, que deux heures après le soleil leué, fin qu'il ait pnrillé Tair pav sa clarté et chîileur, et principalement quand l'àil- bst litJuble et nébuleux , et en pays de fondrières, et enuiromié de tnontagnes. Et faut aussi se garder de grandies assemblées de peuple S et principalement des dahces : d'atitant qné le corps estant eschauffé et lassé , et que les ckîndùits sOnt ouuerts , àiors faut qu'on tii'e grandé qu-alltilé d'air pour la rtfrigevation du coeur : iet partant s'il est infecté, noVis dorthe la J)este par l'haleine et sueùr.
^uesî qtrelqu'Vn voyage àiidit temps itfe peste causée du vice de Tair, et que la saison de l'année soit fort fchaude, il doit plustost cbeminer la ïi\iit que le îour, parde que la peste assaut et prend plus facilement durant la chaleur et splendeur du soleil qui subtilîe, escliauffe, et raréfie ï'air, et qui outre ouurant le cuir, rend nostre corps plus accessible à receuoir l'air pestiféré. Partant là i îiuît est plus salubre, à taUse 'que l'air ! est plus froid et espais : toii tesfoîs il se faut garder de la pleine luùe, pourte qu'en ce temps là la îiuît est plus ttede et dangereuse, ainsi que î'èxpe- , rience le monstre 2 : considéré mesme que les bois coupés en icelle sont plus suiets à pourriture, comme expérimentent à leur dam ceux qui en fontbastir : la raison est de ce que la lune , estant humide , remplit ( lors
1 La phrase s'arrêtait en 16G8 , le reste 'est de 1585.
2 Ici se terminait le paragraphe dans l'édition primitive ; Ce qtii suit a-tSté ajou té en
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I^i-incipî\leHienl qd'ellé est [ileihe) les corps d'huiUidité superflue dont suruienl pourriture.
Or pour retourner à nostre'pi'opos, le plus seur remède de preserUa'tion, poUr ceux qui ne bougent du lied pestilent, est qU'atianl qUe sol-lit èè la chambre, et après quelques prottienades, ils ne sortent sans auoir desieuné : pour autant tjuc les pârlîes nobles du corps (àusquelles le véhîù s'ilttache principalement ) n'estanà encores Soustenues par les viandes, ne pelkient pas se del'eUdre comme si elles eslbient fortifié'éS : ioint aussi (iue les veines et artères, tton encores i-emplies de nouueàu allaient, attîi-fent et laisseht plus facilement entrer le venîn , lequel , trouuant placé vutde, se r'empare des parties nobles, et principalement du cœut-. Pai-quoy ceux qui auront accouslumé de desieuner au matin, mangeront du pain-, et beurre frais salé, et qUelque vhrbonnade, et autres bons alimens : et boiront du hiteilleul- vin qu'il leur stera possible recouitrer. LesVùslifiu'ès et gens de trauail pourront manger quelque gosse d'aulx ou eschalloll'es, auec du pain et du beurt-ei et bon Vin, s'ils en péuuent foUrnir, à fin de charmer la b rouée : puis s'en iront à leur (teuure, en laquelle Die« les aura appôUés. Les aulx isbnt sottlieràins aux rustiques et Villageois , et à ceux qui ont accouslumé d'en vser :
aussi à ceux ausquels ils n'engendrent point de douleur de teste , et ne les eschauffent par trop, à raison que le tempérament de ceux-là est plus robuste , et leur sang moins aisé à s'enflammer : au contraire ils nuisent aux délicats, comme femmes, enfans, et cholériques , et à ceux qui viueut en oisiueté, et qui ont le sang aisé à s'enflammer : partant à iceux les aulx
LE VINGT-QVATRIEME LIVRE
seroient poison, au lieu qu'ils sont médecine aux rustiques, ausquels tels remèdes ainsi torts sont propres:
el ont esté inuentés par bonne raison, pour-ce qu'ils contrarient du tout au venin, à cause qu'ils sont remplis d'vne tres-grande vapeur spirilueuse, laquelle suffoque, altère, corrompt, et chasse le venin hors du corps.
Quant à l'eau , de laquelle on doit vser en temps pestilent^ il faut auoir esgard si la peste prouient du vice de l'air : car alors ne faut vser d'eau de pluye, pour-ce que l'air dont elle prouient est infecté , partant alors sera meilleur de boire de l'eau des puits fort profonds : au contraire, si le vice vient de la terre, on vsera de l'eau de cisterne et de fontaine : et faut attendre à en boire iusques à ce que le soleil l'ait purifiée par ses rayons : et si on craint qu'elle soit vitiée, on la corrigera , la faisant vu peu boiiillir, ou la ferrer auec acier, ou or, ou argent chaud, ou par mie de pain rostie ou non rostie. Or à fin que tu la puisses mieux eslire, lu I a pou rras esp l ouuer en trois manières , à sçauoir, par la veuë, le gousl, et l'odeur : quant à la veuë, elle se doit monstrer claire et nette : et à la bouche, de nulle saueur ny qualité aucune : aussi ne doit point auoir d'odeur. Outre plus, celle qui sera tost eschaufifée et lost refroidie , est plus légère, et par conséquent meilleure : et pour la faire encore plus excellente , la faut faire vn peu boiiillir : ie dis vn peu , car l'estant trop elle dénient araere et salée.