CHAPITRE XIV
DES SIGNES DE LA PESTE PltESEME.
Plusieurs désirent sçauoir les signes de la peste présente , à fin d'y pouruoir de bonne heure, pour-ce qu'ordinairement on y est deceu : et le commun peuple ne la connoist iamais iusques à ce qu'il sente quelque douleur et apostemes aux emoncloires, ou quelques taches sur le corps, ou charbons : qui est trop lard, parce que plusieurs meurent deuant que telles choses apparoissent : parquoy ne faut lousiours attendre tels accidens, mais faut prendre indication qu'en la peste, le cœur, auquel gist la vie, est principalement assailli, et endure plus que tous les autres membres : dont les signes pris de luy sont plus certains que de nulle autre parlie principale.
1. Signe de la peste présente^. Parquoy les malades frappés de peste ont sonnent défaillance de cœur , et tombent comme esuanoiiis.
2. Signe. Le pouls est quelquesfois remis , et parfois trop fréquent , et principalement la nuit.
3. Signe. Ils sentent des ponctions et démangeaison par tout le corps, et principalement aux narines, comme piqueures d'espingles , qui procèdent de la vapeur maligne, montant des
1 Le texte de tous les signes se su! vail sans interruption, et souvent même sniis séparation des ptirases dans l'édition primilivej mais rédition de 1^75 et loules les autres ensuite ayant accusé cliacun de ces signes par une note marginale, il m'a paru convenable de faire usage de ces notes pour le texte.
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parties inférieures à la superflcie du corps et à la leste.
4. Signe. Ils ont scmblablement la poitrine chaude et ardente ,' auec grande palpitation et battement de cœur, disans sentir grande douleur sous le niammelon du tetin senestre , auec courte haleine et grande difficulté de respirer ; et halettent comme yn chien qui a grandement couru , à cause que le diaphragme , principal instrument de la respiration, ne pouuant auoir son mouuement naturel , redouble incontinent, et auance le cours de la respiration et expiration.
5. Signe. Pareillement ils ont toux et douleur d'es tom ach , enfleure de flancs ou costés : pour-ce qu'à cause de la débilité de la chaleur naturelle , se multiplient beaucoup de ventosités, qui sont cause de ladite extension :
voire que le ventre en est quelquesfois si fort enfle , qu'on diroit estre vue espèce d'hydropisie nommée Tympanilcs.
6. 5t5ne.D'auantage, ils ont nausée, ou appétit de vomir, c'est à dire que l'estomach leur bondit : qui vient à raison qu'il a connexion auecques les parties nobles, et se ressentent du venin mortel de tout le corps : autres ont grands vomissemens et frequens, iettans vue cholere iaune, et aucunesfois verde ou noire , correspondante aux selles en variété de matière et couleur : et à aucuns sort le sang tout pur en grande abondance , non seulement par le vomissement, mais aussi quelquesfois par le nez, par le siège et par la verge, et aux femmes par leur matrice : et ceux-là ne passent gueres le troisième iour, tant est grande l'acrimonie du venin.
7. Signe. Aucuns ont grande froidure aux parties extérieures, mais
RIÉME LIVRE ,
neantmoins sentent vne extrême chaleur et ardeur merueilieusc au dedans. Or la cause pour laquelle nous voyons qu'és fiéures pestilentielles le dedans brusle, et le deliors est froid, c'est pour-ce qu'il y a inflammation en quelque partie profonde du corps, en sorte que toute la cbalexir auec le sang et les esprits est attirée comme d'vne venlouse : par les parties intérieures enflammées, dont les parties extérieures apparoissent froides : et alors la face se monstre hideuse , et est veuë de couleur plombée et liuide, les yeux ardens, estincelans, rouges et comme pleins de sang , ou d'autre coulewr, et larmoyans.
8. Signe. Le tour des paupières est liuide et noir, comme si elles auoient esté battues et meurdries , et ont la face hitleuse à voir et tout le corps iaunastre, tellement qu'ils ne ressemblent point à eux-mesmes, de façon qu'on les deconnoist : et telle chose signifie la mort proche.
9. Signe. Aucuns ont la fiéure si tres-ardente, qu'elle cause vlceres au profond de la gorge et autres parties de la bouche , auec vne seicberesse qui rend la langue aride et seiche, liuide et noire, accompagnée d'vne altération et chaleur si grande, qu'ils se disent bru si er comme s'ils estoient dedans vn feu, auec vne extrême douleur de teste , qui le plus souuent les fait resuer, de sorte qu'ils ne peuuent jamais reposer ny dormir : et tombent en vne fureui' cruelle, comme frénétiques , s'enfuyans tous mwls , se iettans és puits, riuieres, et par les fenestres se precipitans du haut en bas.
Au contraire, ils sont quelquesfois eu vne si grande resolution de tous les membres, qu'ils ne se sçauroicnt soustenir,et aussi sont au conuneucement tant endormis, qu'on ne les