CHAPITRE XXIIL
DV COIRE or PESTIFÉRÉ MALADE.
Si le malade a grande fîéure et ardente, il ne boira aucunement de vin, s'il ne luy suruient défaillance de cœur : mais en lieu d'iceluyil pourra boire de l'oxyu^el fait comme s'ensuit.
Vous prendrez la quantité que voudrez de la meilleure eau que pourrez recouurer, et pour six liures d'eau y mettrez quatre onces de miel, et le ferez boiiillir en l'escumant iusques à la consomption de la troisième partie : puis sera coulé , et mis en quelque vaisseau de verre : puis on adioustera trois ou quatre ouces de vinaigre : et sera aromatisé de canelle fine.
Pareillement pourra vser de l'hippocras d'eau fait en ceste sorte.
Prenez vnc quarte d'eau de fontaine, six onces de succre, deux dragmes de canelle, et le tout ensemble coulerez par vne manche d'hippocras, sans aucunement le faire bouillir.
Et s'il n'est assez doux au goust du malade, vous y pourrez adiouster d'auantage de succre, onscmble , xm peu de jus de citron, et lors mesmcment qu'il demande à boire.
DE LA
Lesyi-op de acetosilate cilri emporte le prix entre tous les autres contiela peste.
Il pourra vser du iulep qui s'ensuit entre les repas. auec eau bouillie, ou eau d'ozeille, do laictues, scabieuse et bi'glose, de chacune égale portion, comme :
Prenez jus d'ozeille bien purifié, demie liure. Jus de laictues aussi bien purifié, quatre onces.
Succre fin, vne liure.
Clarifiez le tout ensemble, et le faites bouillir à perfection et le coulez, y adioustant sur la fin vn peu de vinaigre : et en vsera comme dessus est dit.
Et s'il n'est ag-greable au malade en ceste sorte, vous le pourrez faire en la manière suiuante.
Prenez quatre onces dudit iulep clariGé et coulé, et le meslez auec yne liure desdites eaux cordiales , et les ferez bouillir ensemble trois ou quatre bouillons, et estant hors du feu y ietlerez vne dragme de santal citrin, et demie dragme de canelle concassée : ce fait, le coulerez par vne manche d'hippocras, et estant froid, en baillerez à boire au malade auec jus de citron, comme dessus.
Ceux qui ont accoustumé de boire du peré, ou du pommé, ou de la ceruoise ou bière , le pourront faire , pourueu que la bière soit bonne, claire et déliée , et le peré et pommé faits de pommes et poires aigres, qui soient bien puriûées : car s'ils estoient gros et troubles, non seulement engendreroient mauuaises humeurs, mais aussi grandes crudiléseiiiiflammalions à reslomach, et plusieurs obstructions, dont la lîéure se pourroit augmenter, et par conséquent faire mauuais accidens : parquoy ie conseille n'en vser aucunement, si le
malade ne le desiroit, et fust accoustumé il boire de tels breuuages.
Potir eslancher la grande soif, et contrarier à la matière putride et vénéneuse, on donnera à boire au malade d(>, l'eau et vinaigre faits comme s'ensuit.
Oxijcrat composé.
Prenez deux liures d'eau de fontaine , trois onces de vinaigre blanc ou rouge, quatre onces de succre fin , deux onces de syrop de roses : le tout soit fait bouillir vn petit bouillon, et en soit donné à boire au malade.
Ce iulep suiuant est pareillement propre pour donner à ceux qui sont fort febricitans, lequel a vertu de rafraîchir le cœur, et retient en bride la fureur du venin, et garde les humeurs de pourriture.
Prenez demie once de jus de limons , et autant de citrons.
Vin de grenades aigres, deux onces.
Eau de petite ozeille et eau rose , de chacune vne once.
Eau de fontaine bouillie tant qu'il sera besoin.
Et soit fait iulep, duquel en sera vsé entre le repas.
A ulre.
Prenez syrop de citrons et de grozeilles rouges appellées ribes, de chacun vne once. Eau de nénuphar, quatre onces.
Eau de fontaine, huit onces.
Et de ce soit fait iulep à boire comme dessus.
AiUfe,
Prenez syrop de nénuphar, et syrop aceteux simple, de chacun demie once.
Soient dissoults en cinq onces d'eau de petite ozeille, et vne liure d'eau de fontaine , et de ce soit fait iulep.
Et si le malade estoit ieune , et de erapcralure chaude, et restoniacli bon, il pourra boire de boiuie eau
fioide venant d'vne claire et viuc fontaine ù grands traits, à fin d'estcindreson exticnie suit', et la velieincnlo furoiir t't ardeur de la (iéiire. le dis à grands traits, ponrce que s'il beuuoit peu et souuent, iauiaissa soil" nepoiirroil eslre estanchée ni la chaleur diminuée, mais plustost seroient augmentées. Ce que nous connoissons par l'exemple du raaresclial, qui voulant eschauffer le fer arrouse son feu auec vne escouuette , et par ce la vertu du feu en est rendue plus chaude et ardente : et lors qu'il le veut esteindre,il ielte bonne quantité d'eau dessus, qui fait que le feu en est suffoqué et du tout esteinl :
aussi le panure febricitant altéré d'vne extrême soif , lors qu'on luy donne vu grand trait d'eau fraiche, par ce moyen on lui suffoque sa véhémente chaleur et désir de boire.
Et en telle extrême soif ne faut tenir mesure du boire : et où le malade vomira après, il n'y aura pas grand danger : et cecy est mesme approuué de Celse S qui dit, qu'après que l'eau froide aura réfrigéré les parties intérieures , il la conuient vomir : ce que toutesfois aucuns ne font pas, mais en vsent comme de médicament.
D'auantage, le malade tiendra en sa bouche ces trochisques ^ :
"}{.. Seminis psyllij 3. ij.
Seminis ciUionlorum 3.j. fi.
Sacchari candi in aqua rosar. dissol.o-j- Miscc : fiant Irochisci lupinis similes : teneat semper in ore.
Ces trochisques humectent grandement la bouche du malade. Aussi pour appaiser la soif, on pourra faire tenir en la bouche vn morceau de
1 CclsC, l'nir. 3. c/iop. 7. — A. P.
2 Celle formule a été ajoutée en 1585.
RFÉMR LIVRE,
melon, ou concombre, ou courge, ou quelques fueilles de laiclues, ou d'o/cille, ou pojii pié trcmjié en eau froide, et le reriouiicller souucnl. 11 pourra pareillement y tenir des lesches de citron vn peu succrées et aspergées d'eau rose : semblablement aussi des grains de grenades aigres.
Ou Ire-plus, le vinaigre mixtionné auec eau, ainsi qu'on le prépare dedans les galères pour boire, refroidit et garde de pourriture, fait passer et descendre l'eau par lesparties,dissipe les obstructions, et estanche merileilleusement la soif, par la vertu de sa froideur et acidité: aussi il résiste et amortit beaucoup l'ebullilion des humeurs qui causent la fiéure putride. Pareillement les syrops suiuans sont propres, comme aceteux , de nénuphar, violât , de p jpauere, de limons, citrons, de ribes, berberis et grenades, L'vn d'iceux sera battu et mixtionné auec eau boiiillie , et en sera donné à boire aux malades ^ comme i'oy cy dessus dit , moyeimant qu'ils n'ayent toux, ny crachats de sang, ou le sanglot, ou l'estomach débile : car alors on doit du tout fuir telles choses aceleuses.
Or eucor que i'aye cy deuànt défendu le vin < i'enlendois que le malade fust ieune et robuste, et eust Oéure ardente : mais s'il esloit vii-il et débile, et de température pituiteuse, et eust accoustumé déboire tousiours vin , aussi qu'il eust passé l'eslat de sa maladie, et n'eust fiéure trop grande ne ardente , il peut boire à ses repas vin blanc ou clairet fort trempé, selon la force du vin , et la diuersité des chaleurs du temps. Et ce n'est à reietter : car il n'y a rien qui conforte plustost les vertus, et qui augmente et reuiuifie les esprits que fait le bon vin, et parlant en tel
DE LA
cas en faudra donner : et à la fin do la table on luy donnera <iuei(jue pelit vin vermeil, verdelet et astringent , à fin qu'il ferme et serre rorilice de l'eslomach, et repousse les viandes au profond, aussi qu il abbale les fumées qui montent à la teste. Et pour ce fait on donnera pareillement un I peu de colignac, conserue de roses, ou quelque poudre cordiale.
Et noteras que le malade ne doit endurer la soif, et partant gargarisera souuenl sa boucbe d'eau et vinaigre, ou vin et eau , et en laiiera pareillement la face et ses mains : car telle lotion resiouit et fortifie les vertus
Si le malade a flux de ventre, il boira de l'eau ferrée , auec quelques syrops astringens: aussile laict boiiilli, auquel on aura esteint des cailloux par plusieurs fois, luy sera fort vtile. Quant à ceux qui ont la langue seiche et raboteuse, et toutes les parties de la bouche desseichées, pour la leur rafraîchir et adoucir, on leur fera lauer souuent la bouche d'eau mucilagineuse faite de semences de coings et de psyllium, auec eau de planlin et de roses, et un peu de camphre : puis après l'auoir lauéeet humectée, il la faut nel loyer auec vne ralissoire, puis l'oindre d'vn peu ' d'huile d'amendes douces tirée sans I feu , meslée auec du syrnp violai. El ■ s'il suruenoil quelques vlceres en la I bouche , on les louchera d'eau de su- I blimé , ou eau forte qui aura serui ; aux orféures : aussi on fera des garigarismes, et autres choses neces- : saires.
Election de la bonne eau i.
Il y a plusieurs malades, et aussi des sains, qui iamais pour leur breu-
* Cet article a été ajouté en 1579; bien
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uagc ne veulent et ne peuuont boire autre breuuage que la seule eau. A ceslo cause, vouloir m'a pris en cest endroit monslrer par escril la bonne eau remarquée par les anciens : et est bien nécessaire la connoistre, veu que noslre vie consiste la plus grand part en l'vsage d'icelle : car c'est le principal breuuage, ioinl que le pain que nous mangeons en est peslri, et la plus part des viandes apprestées et cuittes.
Or la meilleure est celle de pluye qui tombe en Esté, et gardée en vne bonne cislerne. Après est celle des fontaines, qui descend des montagnes, et découle par dedans les pierres et rochers. Puis l'eau des puits, ou celle qui sourd au bas d'vne montagne. Celle delà riuiere estpareillemcnt bonne , prise au fil courant d'icelle , entre deux eaux. Celle des estangs ou marais est mauuaise, et principalement celle qui ne court point est tres-pernicieuse et peslili^nte, à cause qu'en icelle naissent plusieurs animaux venimeux, comme couleuures. crapaux, vers, et autres.
Celle di! neige et de glace est aussi mal saine, à cause de sa grande froideur et terrestrilé. Et quant à l'eau des puits et des fontaines, laquelle est lousiours ou le plus souuenl trounée bonne, sa bonté sera conneuë , si elle n'a aucune saueur, odeur, ny couleur, neanlmoins bien claire comme l'air serain. Elle doit estre liede en Hyuer, et froide en Esté, facile à eschauffer, et subite à refroidir: en laquelle les pois et les féues et nauels , et autres semblables choses se
qu'il ait un lilrc spécial, ii lient de trop prés à la matière traitée dans le précédent cliapitrc pour qu'il eût été utile de l'on «éparer.
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cuisent facilement. Et ceux qui en vsent ont la voix claire et la poitrine saine , et le teint du visage beau et clair : et la plus leg^ere trouuée au poids est la meilleure.