CHAPITRE XXVII
DES MEUICAMENS PVRGATIFS.
Si on voit que la purgation soit nécessaire par les intenlionssusdites, on y procédera comme la chose le requiert, c'est à sçauoir, en considérant que c'est icy vne maladie violente, laquelle a besoin de remèdes prompts pour combattre et vacuer la pourriture deshumeurs horsdu corps.
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Et les fautdiuersifier selon qu'on connbislra riuiinoiir pochant : aussi en prenant indication du tempérament du malade, de l'aage, coustume, pays, saison de l'année, sexe , air ambicns, cl plusieurs autres clinses semblables, qu'on verra estre nécessaires, et principalement de la vertu. Partant si on voit qu'il soit nécessaire que le malade soit purgé, et qu'il soit fort robuste , on luy donnera vne dragme de tberiaque, auec six grains, voire dix grains de scammonée en poudre.
On peut semblablement bailler des pilules faites ainsi.
Theriacae et mithridalij ana 3. j, Sulphufis viili subtilUer puluerisall 3. C . Diagiedij g . îilj.
Fiant pilulœ.
AiUves pilales.
"if. Aloës 3i iij.
Myrrhœ cioci ana 3^ j.
Hellebori albi , azari ana 3 . iiij.
Cum theriaca veleri fiât massa, capiat 9. iiij. pro (losi , tribus horis anle pastum.
Les pilules de Rufus, dont nous auons parlé cy deuant, sont propres pour donner aux moins forts et robustes pourvn remède gracieux, desquelles faut prendre vne dragme en pilules ou potion.
Les anciens ont fort loué l'agaric , par-ce qu'il attire les humeurs de tous les membres , et a vertu approchante du tberiaque, par-ce qu'il renforce le cœur, et le purge de tout venin : on en peut donner deux dragmes aux robustes, vne aux médiocres, et demie aux délicats. El par ainsi selon la force du malade, en sera donné en Irocbisques et bien préparé. Et vaut mieux qu'il soit baillé en décoction qu'eu substance, par-ce que quelquesfois il n'est pas bien esleu et
ÏRIEME LIVIIE ,
préparé : que s'il est bien esinu et pre- [)aré, on le peut dire estre vne médecine diuiiie contre la pcsle causée par le vice des humeurs , de laquelle plusieurs expériences ont esté faites.
Quelques vns appronuentet recommandent fort ranlimoine , alleguans plusieurs expériences qu'ils ont veu.
Toulesfois, par-ce que l'vsage d'iccluy est reprouué par messieurs de la faculté de Médecine , ie me deporteray d'en rien escrire en ce lieu
Maintenant venons aux autres remèdes, desquels on vse principalement lors que le vice gist en l'inlemperalurede l'air et non des humeurs :
lesquels ont la vertu d'esmouuoir les sueurs, lequel remède en tel cas est
1 C'est ici le fameux endroit où Paré, dans les premières éditions , s'étendait avec tant de complaisance sur l'usage et les vertus de l'antimoine. A ce propos, il Importe que je revienne sur une asseriioti émise dans tnon Introduction, page cclxxui, où il est dit que ce morceau fut supprimé dans la première édition des OEuvres complètes. C'est une erreur; on le lit en 1576 tout-à-fait semblable au texte de 16fi8. Ce ne fut donc qu'en 1579 que Paré consentit à le supprimer, sans doute par la même raison qui lui avait fait su,*primer le livre des Fiéures, et pour se remettre en paix avec la Faculté. L'auteur avait laissé cependant en d'autres endroits de ses OEuvres percer l'opinion qu'il avait de ce remède: ainsi au chap. 48 du livre de lu Génération, ainsi encore au cliap. 21 du livre des Fenhu (voyez tome II, page 745, et tome III, page 312) ; et ces courtes phrases avaient échappé à la censure de la Faculté. Mais on ignorait que Paré eût eu l'occision de se prononcer sur une question de pratique qui agita et divisa les médecins pendant près de deux siècles, et on me saura gré d'avoir reproduit ce long passage danâ cetic nouvelle édition ; on le trouvera sous le titre de Chapitre complémentaire à la fin du livre de la Peste.
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le prcinior et plus excellent entre Ions nulres : ciilro IcsijiuMs oelnj^ qui s'onsuil, osl (le iiici uoilleuso vcrlu , et l'ay enleiulu do messire Mallhias llocIltM", chancelier de monseigneur le duc Georges , comte Palatin, bonune de bien et d'honnetir, deniourant à Schimeren. Lequel m'a depuis n'a- I gueres escrit qu'on a esté fort vexé de peste en Allemagne , et le plus grand et singulier remède qu'ils ayent peu trouuer (par le moyen d'vn docte Médecin) estoil prendre vne brassée de l'herbe nommée Armoise, et de la cendre d'icelle on faisoit de la lexiue auec vne quarte d'eau pure , puis on la faisoit boiiillir et consumer sur le feu dedans vn vaisseau de terre plombé , iusqu'à ce qu'elle delaissast vne matière espaisse comme sel, et de ce on faisoit trochisques, chacun de la pesanteur d'vn florin d'or. Et lors qu'on se sentoit frappé de peste , on faisoit dissoudre l'vn desdils trochisques, ou deux , plus ou moins , selon la force et aage des malades , auec I quatre ou cinq doigts de bon vin ou : maluoisie : puis se pourmenoient . après l'espace de demie heure , et se 1 meltoient dans le lit , et suoient deux I ou trois heures, plus ou moins , selon ' que la force et vertu des malades estoit grande, aussi vomissoienl et alloient à la selle, comme s'ils eus- < sent pris de l'antimoine : et par ce ! remède, ceux qui en ont vsé auparauant que le venin eusl saisi le cœur , - sont presque tous eschappés : ce que i'ay expérimenté depuis en cesle ville ; de Paris , auec bonne issue. Les anciens ont fort loué l'Armoise prise par dedans et deliors, contre la morsure des serpens : et partant est à loiier donnée à la peste.
Aussi il m'a estéasseuré par maistre Gilbert Eroiiard , docteur en Mede-
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cine à Montpellier, que luy estant en Sicile, medeciti du vice-roy d'iC(;llo prouiiu;e, entra en familiarilé et amitié auec vn Nauai rois , qui auoit serui auec grande réputation la religion de Malle l'espiice de quarante ans : lequel estant à Rhodes, en l'hospilal de ladite religion , pour pense!" les pestiférés , à la grande instance et prière d'vn patron de nauire Ragusois, malade de peste, auroit esté contraint luy permettre de boire vn grand plein verre de saumure d'anchois, pour ce que ledit malade disoit cela eslre vn singulier remède contre la peste: duquel breuuage , en moins de vingt quatre heures après l'auoir pris, luy ayant succédé vne grande sueur, se IroUua sans fiéure, et entièrement guar: : et asseuroit ledit Nauarrois auoir donné depuis ce remède à plusieurs qui ont esté guaris.
U'auantage, ledit Eroiiard m'a affirmé, qu'ayant oûy ce récit , il en a fait l'expérience à plusieurs, et mesme en a donné à deux enfans de monsieur de la Terrasse, maislre des reques-- (es du roy, qui esloient malades de pesle, et ont esté guaris. De l'effet duquel remède luy ayant demandé quelle raison il en pourroil donner , il m'allégua que la pesle n'est autre chosé qu'vne espèce de putréfaction et corruplion insigne, à laquelle les medicaraens grandement desseichans sont propres et vtiles : et parlant le sel ( comme estant fort excellent à garder toutes choses suietles à corruption) a force et vigueur de consumer l'indicible putréfaction où le venin pestilenliel est attaché. Orilfauticy au ieune Chirurgien noter, qu'il ne faut altrlbuer ce remède aux anchois, mais du tout à la salsilude.
Aucuns prennent le poids d'vne dragme de semence d'iiiebles mises
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en infusion en vin blanc, qui fait presque si'mblabli; effet que l'antimoine: coque iiîsçay par expérience.
Autres prennent vne dragme de semence de rue pilée, y meslans h; gi os d'vno l'eue de tlieriaque, et donnent cela à boire au malade auec quatre doigts de maluoisie. Il y en a aussi aucuns qui prennent vne poignée de fueilles et sommités do genest, elles pilent auec demy-seplier de vin blanc, et le donnent à boire : et tost après les malades vomissent, assellent et suent : ce que i'approune, d'autant qu'on voit par expérience , que ceux qui sont mords de bestes vénéneuses , lians du genest dessus la morsure,
ont gardé que le venin ne passe plus
auant. Pareillement on en donne à
boire , pour garder que le venin ne
saisisse le cœur. Autres vsent de racines de enula campana , gentiane,
tormenlille, graine d'escarlale et de
genéure , limure d'iuoire et de corne
de cerf, prenans de chacun d'iceux
à la volonté, à sçauoir demie dragme
pour l'ordinaire , et le tout concassé
et mis en infusion en vin blanc et eau
de vie par l'espace de vingtquatre
heures sur les cendres chaudes , coulent le tout, et d'icelle colalure en
donnent trois ou quatre doigts, plus
ou moins , au malade de peste , selon
qu'il est besoin : puis on le met dedans
le lit, et on le couure bien. Icelle
meslange prouoque beaucoup la
sueur, et chasse le venin , d'autant
qu'elle est cordiale , et a vne grande
euaporation spirilueuse, ioinf qu'elle
est alexitere, comme on peut voire
par sesingrediens.
Aussi la polion suiuante a esté
expérimentée auec heureux succès, et
est principalement propre pour les
rustiques.
Prenez mouslarde a re (cl non faiclc de nioiisl), demi once; dcslaycz-la en vin blanc et vn peu d'eau de vie, cl y meslez le gros d'vnc feue de Iheriaque ou nielliridat.
Puis l'ayant beuë, se faut pourmener et suer, comme dessus est dit.
Pareillement le remède suiuant leur sera conuenable. Il faut prendre vn gros oignon et le creuser, et y mettre du theriaque ou melhridat , demie dragme auec vinaigre , et faire cuire le tout ensemble, puis l'exprimer : cl de ce on en baillera à boire au malade auec eau d'ozeille ou de chardon benist, ou autre eau cordiale, ou de bon vin : puis on le fera pourniener tant et si peu qu'il sera besoin, et après on le mettra dans vn lit pour suer, comme dessus : ou on fera comme s'ensuit.
Prenez leste d'ail la quantité d'vne noix assez grosse, vingt fueilles de rue et autant d'esclaire, qu'on appelle en latin Chelidonium mains :
pilez tout auec vin blanc, et vn peu d'eau de vie , puis exprimez : et en beuuez cinq ou six doigls. Aucuns prennent du jus d'esclaire et de mauues, tiré auec quatre doigts de vinaigre, qu'ils boiueut auec deux doigts d'huile de noix : puis se pourmenent assez longuement , et tost après vomissent, et leur ventre s'ouure, et vont à la selle: et par ce moyen sont guarantis. Autres vsent de fueilles de laureole desseichées , le poids d'vn escu, plus ou moins, selon la vertu du malade, lesquelles ils trempent deux tours dedans du vinaigre . et en donnent à boire : cela les fait suer, vomir et asseller, et par ce moyen chasse le venin : qui est vn remède plus commode lors que le vice
ME r,A PI'STE,
est aux humeurs , conmie aussi sont les suiuans
Mattliiole, au liure de la Vérole, dit que la poudre de mercure donnée auec vn peu de suc de chardon benist, ou elecluaire de gcmmis ^ cbasse la peste deuanl qu'elle soit confirmée, en faisant vomir, suer, et asseller.
Outre- plus ledit Mallhiole conseille de donner de Ja coupperose dissoute en eau rose, le poids d'vn escu, aux pestiférés, parce qu'elle fait vomir et suer et asseller: et par ce moyen chasse le venin.
Autres donnent de l'huile de scorpions en petite quantité auec vin blanc, laquelle prouoque grandement le vomir, et peut attirer et vacuerauec soy le venin pestifeié : et mesmemenl en frottent la région du cœur , et les artères dos temples et
ni y a encore eu ici un retranchement, opéré celle fois dès 1575 sur le texie primilif ; en etrel, après ce paragraphe, on lisait :
« Aucuns ne craignent à prendre la pesanteur d vn escu de poudre de mercure bien calcinée , et la mistionnent auec conserue de roses ou colignac la quantité d'vne drachme, et la donnent à avaler comme autres pilules: puis font pourmcner le malade, et le gardent de dormir : et certainement la dicte poudre lait grande euacualion tant par haut que par bas, et fait ietter diuerses couleurs d'humeurs par les selles, ce que i'ay expérimenté : aussi Maihiole le cônlirme au livre rfe ta Ferole, disant qu'icclle poudre de mercure, donnée auec vn peu de suc de chardon bencit, etc. »
Je ne saurais comprendre pourquoi Paré a supprimé cette mention d'un remède qu'il dit avoir lui-même experimemé; mais .quoi qu'il en soit, on est frappé de voir avec quelle hardiesse il essayait les médicaments les plus nouveaux el les plus héroïques - et l'on comprend qu'il n'avait pu voir emplo'yer autour de lui l'antimoine sans chercher à en apprécier directement la valeur.
JII.
(hi poignet. Et d'autant que ce venin pcsdlent est ennemy mortel de Naliiro, i»artant il faut le combattre, tant par qualités manifestes, que par antidotes.
Or telles grandes euacuations ne sont louées pour cure régulière, mais irreguliere, et ne sont aussi à reietter, pour ce qu'ils diuertisseut et vacuent l'humeur vénéneux, tant par le ventre, vomissement, que par sueurs. Et ne faut vser de médecines trop débiles en maladie si cruelle et forte, pource qu'elles ne font gueres d'action , ains seulement esmeuuent les humeurs sans les euacuer, dont souuent la fiéure s'augmente. El partant si on connoist que tels remèdes purgatifs u'ayeut fait suffisamment leur deuoir, tu les dois réitérer et augmenter: car (comme nous auons dit,, aux fortes maladies il faut vser de forts et soudains remèdes K Toutesfois se faut donner garde que la médecine ne soit trop forte, parce qu'elle prosterneroit et abbattroit les vertus, lesquelles ne pourroient batailler en vn mesme temps contre deux, à sçauoir, contre la médecine et le venin : et par ainsi on pourroit empescher le mouuement de Nature à ietter le venin hors: partant sur toutes choses la vertu et force du malade doit estre recommandée. Et pour ceste cause , ie conseille que les remèdes ainsi forts et violens ne soient donnés qu'aux forts et robustes, comme laboureurs, mariniers, crocheteuTs, chasseurs, etautres de forte complexion, sice n'est en petite quantité. Et après auoir vsé de medicamens laxatifs, il faut donner des choses qui roborent l'estoinach , et repoussent le venin du cœur, et ap-
» Hippocrales, ^pli. 6. liu. 1. — A. P.
4l8 LE VJNGT-QV.
paisent l'agilalion des humours , comme la composition d'alkcrmos, ou autres choses cy dessus mentionnées au chapitre des Alexitercs.