CHAPITRE XXVIII
DES ACCIDENS ET COMPLICATIONS DES MALADIES QVI ADVIliNNENT AVX PES- TIFERES : ET PUEMIEUEMENT DE LA DOVLliVR DE TESTE.
Il nous conuicnt à présent traiter des accidens qui le plus souuenl aduicnnent en cesle détestable maladie , et de la correction d'iceux :
comme sont douleur de leste et de reins, éruptions et pustules faites au cuir, aposlenies , charbons , flux de ■ventre, et vne inQnité d'autres : et commencerons par la douleur de teste, laquelle est tort commune en ceste maladie. Car si le venin est raui au cerueau, et qne Nature ne l'ait peu expeller, adonc aduicnt en iceluy et en ses membranes inflammation , laquelle venant principalement à saisir et occuper la partie antérieure, le sens commun et imagination se troublent : si c'est au milieu, il ne ratiocine point : et si c'est en la partie postérieure, il perd sa mémoire : dont le plus souuent , par faute d'y remédier , le malade tombe en délire , frénésie, manie et rage : laquelle ne vient seulement à cause de la qualité chaude, mais par vne particulière malignité du venin.
Or ceste douleur si grande et extrême prouient d'vne trop grande et abondante quantité de sang, et de certaines vap»;urs putrides qui montent des parlies inférieures à la teste. Qu'il soit vray, on leur voit la face et jes yeux fort enflammés, rouges et
RIIÎME LIVHE,
larmoyans, auec grande pesanteur et chaleur de toute la teste :. partant il faut soigneusement subueuirà tel accident.
Donc pour la curation, il faut premieiemenl ouurir.Ie ventre parclysleres, et après saigner la veine cepbalique du posté auquel sera la plus grande douleur. Et si pour cela la douleur ne cesse pas, alors on incisera les artères des temples , cl on tirera du sang selon la véhémence du mal et la vertu du malade. Et ne faut dilferer à ouurir telles artères dos temples , et tirer du sang, pour crainte qu'après on ne peust estancher le sang à cause de leur mouuement (qui est syslolé et diastole, c'est à dire contraction et dilatation) : car véritablement ie l'ay fait plusieurs fois, et n'ay trouué non plus de difficulté à festancher que des veines , ioint aussi qu'au lendemain on trouuoit l'ouuerture aussi lost consolidée qu'es veines. Parquoy ne faut craindre à inciser lesdiies artères : et vous puis asseurer qu'on voit grand eflet du sang qui est vacué par icelles, voire cent fois plus que des veines :
qui demonstre bien que la matière putride et vaporeuse est plus contenue en icelles qu'es veines
On pourra semblablement prouoquer la saignée par le nez , si on voit que Nature y tende : car elle profile grandement aux obstructions et inflammations du cerueau et de ses membranes, et peut par icelles eslre vacué beaucoup de sang pourri et corrompu : car par telle vacuation , on voit délires et liéures ardentes allégées et du tout guaries : ce qui est aussi
1 Comparez ce passage surrarlérlolomie à ce qu'il en a dit au chapitre de la Migraine, tome II , page -4 12.
dp; la
prouué parHippocrales disant qu'à celuy qui a grando douleur d(! loslc, la bouë, eau, ou san-j découlant par la boucheclparl(Micz,ouparIesorfiflos, g-uarit la maladie. Parquoy faut que le cliiiu ien a i de iN a t u re à ic l i er h ors te qui luy nuit : i\ quoy ello paruiindra, en faisant que le malade s'efforce à moucLcr,' et gratter auec l'ongle le dedans son nez, ou. qu'il se pique auec soye de porc, et qu'il tienne sa teste en bas, à fin d'ouurir quelque veine de laquelle la matière coniointese peut euacuer.
Quelqueslois à aucuns le sang s'escoule de soy-mesnie , par ce qu'il est cLaud, subtil et bilieux, aussi que Nature veut l'aire sa crise : ce que i'ay veu adueuir à monsieur de Fontaine, clieualier de l'ordre du Roy (sa Majesté estant à BayonneJ, lequel auoit vne fîéure continue et pcstilente, accompagnée de plusieurs charbons en diuerses parties du corps, et fut deux iours sans cesser de saigner par le nez : et par iceluy flux sa fiéure cessa auec vne très-grande sueur : et tost après ses charbons suppurèrent, et fut par moy pensé, et par la grâce de Dieu guari. En tel cas faut laisser couler ledit flux : mais si ou voyoit que Xature fust desreiglée et ieltast trop de sang,par la vuidange duquel les forces s'affoiblissent trop, adonc il doitestre arresté, tant par ligatures fortes faites aux bras et iambes , application de ventouses sous lesmammelles et sur les parties honteuses, ou sous les aisselles , estouppes ou esponges imbues en oxycratou quelque autre liqueur froide, et appliquées froides et réitérées souuent.
Pareillement ou luy fera tenir en sa
' Ilippocrales , .^pA. 10. liu. 6. — A. 1'.
PFSTE. 4,c)
bouche eau froide, et dedans la nez du cotton, du saulx, nu quelque res- Irainctif lait d(î poil d'cnlre his cuisses ou la gorge du liéure, bol armene, terre sigillée incorporée auec jus d(! plautin etcenlinode, ou autre semblable: et le siluer en lieu frais, et qu'il puisse attirer l'air à son aise.
Et pour retourner à nosire propos, après la saignée, si la douleur perseueroit , et qu'on veist les veilles estre grandes, de façon que le panure malade ne peust dormir ny nuit ne iour, à cause des vapeurs putrides qui ont escliauffé et desseiché le cerueau , alors il faut vser de remèdes qui prouoquent le dormir, et aycnt la faculté de refroidir et humecter, lesquels seront administrés tant par dedans que par dehors. Et pour exemple, on pourra donner à manger au malade orge mondé , fait auec eau de nénuphar et d'ozeille , de chacun deux onces, opium six ou huit grains, des quatre semences froides et du pauot blanc, de chacun demie once.
En ses potages on mettra laictues, pourpié, semence de pauot, et des semences froides concassées. On luy pourra aussi donner vne pilule de cynoglossa, dans laquelle y entre de l'opium. Semblablement on luy pourra faire prendre vn peu de diàcodion sine .ipcciebus. Et pour son boire, eaux de laictues et de nénuphar, ausquels on aura fait bouillir semences de pauot, à sçauoir demie once d'iceluy auec trois onces desdites eaux, ou vne once et demie de syropde nénuphar, ou de pauot, auec trois onces de la décoction de laictues, ou la potion suiuante K
1 Cette formule manque dans les éditions de 15G8 et de 1675.
Llî VlNGt-QVATillÉUiE LiVUb ^
'}f. Lactiicarum recenlium m.j.
rioruin ncnuiiliar, cl viol, ana p. ij.
Capul vnum papaucr. albi conlusurn cuin scniinib. pondère 3. ij.
Liquiiiti;i;, passul. ana 5. j. ft.
Tia Idecoctio: in colatura dissolue :
Diacodij sine specieb. 3 . j.
Fiai polio larga danda liora somni.
Outre-phis , on doit vser de clysteres dormilifs pour refroidir la véhémente chaleur qui est au centre du corps , faits en la manière qui s'ensuit.
•2f. Decoolionis hordei mundali quaiiaria iij. Olci violali cl nenupliaris ana 5 . ij. Aquae planlaginis et portulacee vcl succorum § • iij.
Caphura; g . vij.
Album, duor. iij.
Fiai clyster.
Et quant aux choses qu'il conuient faire par dehors, il faut raser le poil, et appliquer sur toute la teste de l'oxyrhodinum, qui est huile et vinaigre mislionnés ensemble , et luy laisser dessus vn linge en double trempé, lequel sera renouuellé et remoiiillé sonnent. Pareillement on appliquera poulmons de veau ou de moulon vecentement tirés de la beste, ou vn coq vif fendu en deux , et le renouuellera-on ainsi qu'on verra estre besoin, Semblablement on appliquera des ventouses derrière le col et sur les espaules , sans scarification , ei auec scaiificalion. Aussi on fera des frictions et ligatures aux bras et aux iambes , à fin de diuertir et euacuer vue partie de la matière.
Outre-plus, luy sera fait vn frontal en ceste manière.
"if. Olei rosati et nenupharis ana § . ij. Olei papaueris § . 6 .
0|)ij 3. j.
Aceli rosati 5 . j, Caphurœ 3. ù.
Ces choses soient incorporées ensemble , et soit fait vn frontal , lequel doit estre réitéré par fois : et seront continuées ces choses seulement iusqu'à ce que la véhémente inflammation soit passée , de peur de trop réfrigérer le cerueau.
Aussi on luy fera sentir au nez fleurs de pauot, iusquiame, nénuphar, mandragore, broyées auec vinaigre et eau rose, et vn peu de camphre, enueloppées ensemble en vn mouchoir : et soient tenues assez longuement contre le nez , à fin que l'odeur se puisse communiquer au cerueau, et par ce moyen soit prouoqué le dormir. On luy peut pareillement appliquer cataplasmes sur le front à ces mesmes fins, comme peut estre le suiuant.
if. Mucilaginis seminis psyllij et cydoniorum in aqua rosarum exlractae 5. iij.
Farina; bordai § . iiij.
Pulueris rosarum rubrarum, florum nenupharis, violarum ana §. G.
Seminis papaueris et porlulacœ ana 5 . ij.
Aquai rosarum cl aceli rosati ana ^. iij.
Fiat cataplasma.
Et l'appliquez tiède sur le front et mesme sur toute la teste.
Autre.
"if. Succorum lacluca;, nenupharis, hyoscyami, porlulaca; ana Ib. ù.
Rosarum rubrarum pulucrisalarum, seminis papaueris ana 5.6.
Olei rosali 5 . iij.
Aceli 3 . ij.
Farinœ bord, quantum sufficit.
Fiat calaplasma ad formam pultis salis liquida*.
DE LA
Après rinflammalion appaisée, on fera des fomentations resolutiiies, à (in de résoudre quoique humeur contenu au ccruoau et en ses membranes. Et en cest endroit noteras, que plusieurs sont deceus aux grandes douleurs de teste causées par inflammation , qui commandent de serrer et lier Ires-fort la teste pour appuiser la douleur : car tant s'en faut que cela y proflte , qu'au contraire l'augmente , parce qu'au moyen de ceste astriction le mouuenient des artères estempesché; desquelles rvsage,qui est d'euentiller et rafraîchir le corps, tant par attraction de l'air qui nous auoisine que par expression d'excremens chauds et fuligineux, est de beaucoup empesché et aboli : oulreplus serrent et compriment les sutures ou iointures des os du crâne , et en ce faisant, gardent que les vapeurs et fumées ne se peuueut euaporer. Et partant sont cause d'accroistre vne extrême douleur et chaleur, fléure, resuerie, et autres grands accidens, voire quelquesfois iusqu'à faire sortir et creuer les yeux hors de la teste , et estre cause de la mort des panures malades: ce que l'atteste auoir veu, ainsi que i'ay escriten mon liure des Pla:,es de la teste humaine >.
D'auantage , aucuns sont si endormis et assommés, qu'ils ne se peuueut aider : parlant il leur faut met- Ire dedans le nez choses odorantes, et qui ont vertu de les faire esternuer, à fin que la faculté animale soit aiguillonnée et excitée à se défendre :
et s'ils ne se peuuent aider, il leur faut ouurir la bouchepar force, pour leur faire aualler quelque aliment ou médicament.
' Voyez tome FI, pages 47 et 79.
PESTB. 4^1