CHAPITRE XXXVIII
DE LA CVRE DV CHARDON PESTIFERE.
Nous auons dit par cy douant qu'au charbon y auoit grande inflammation et extrême douleur , qui entretient et augmente la fiéure, et autres griefs accidens , lesquels affoiblissentetabbalenl les vertus, ce que souuentesfois est cause de la mort des panures malades : et cela prouient de la putréfaction et corruption qui se fait de la substance du sang corrompu et de la venenosité d'iceluy. Parquoy il faut que le Chirurgien ait esgard à contrarier à la cause d'icelle douleur, et n'applique dessus le charbon remèdes fort chauds et attractifs, ny fort emplasliques et visqueux , comme nous auons dit du bubon , parce qu'ils empeschent quelque exhalation du venin , eschauffent et opilent trop , dont les tumeurs sont rendues plus rebelles à suppuration. Et partant il vsera de reiaxalifs , qui ouurent les pores , et contrarient à la véhémente chaleur du venin , et suppurent ». Ce qui se fait rarement, à cause que la partie charbonnière estant rostie de
1 La fin de celte phrase manque dans les premières éditions, et a été ajoutée en 1585.
chaleur estrange, iette vn morceau de chair nommé eschare : et après estrc cheule, demeure vn vlcere caue, sordide, et de difficile curaliou,
Donc pour le commencement, on fomentera le lieu d'eau chaude et d'huile , en laquelle on mettra vn peu delhcriaque, y laissant dessus estoupes, ou laine grasse, ou ducotlon : ou en lieu de telles choses, on vsera d'vne décoction faite de guimanues, oignons de lys , semence de lin , figues grasses , huile d'bypericon , à fin de raréfier le cuir et attirer la matière au dehors : puis le lendemain on y appliquera ce cataplasme.
'îf. Foliorum acelosœ ethyoscyami anam. ij.
Coquantur sub çineribus calidis, postea pistentur cum :
"Vitellis ouorum numéro iiij.
Theriacaj 3. ij.
Olei liliorum g . iij.
farinfB hordei quantum sufficit.
Fiat cataplasma ad formam pultjs satis li quidœ.
Tel cataplasme sede la douleur, reprime l'inflammation, et suppure , et ce faisant fortifie les forces du ma-^ lade.
■if. Radicum altheae et lUiorum ana f . iiij. Seminis Uni § . fi .
Coquantur complété, et colentur per setaceum , addendo :
Butyris recenti § , j. fi , Mithridalij 3. j.
Farinœ hordei quantum sufficit.
Fiat cataplasma vt decet.
Les cataplasmes suiuans sont propres pour attirer la matière vénéneuse, et aider Nature à faire suppuration , lors que la fluxion n'est grande.
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Radicis liliorum alboiiini , ca'parum ,
feiriipnli ana 5 . (h.
Seminis sinapi, fiini columbiiii, saponis
mollis ana 3.j.
Limaces vj. cum Icslis.
Saccliari oplimi, thcriaca; et milhrida-
lij ana 3. G .
Pislenlur omnia, et incorporenlur simul cum vitellis Quorum , cl fiai calaplasma.
Lequel sera appliqué vn peu chaud sur le charbon. Et te puis asseurer que (1 icelui verras vn effet merueilleux, pour suppurer et attirer la matière virulente du dedans au dehors.
yltttre.
2£. Vilellos Quorum numéro vj.
Salis communis puluorisali g . j.
Olei liliorum cl Iheriacaî ana 3. û.
Farinœ hordei quantum sufficit.
Fiat calaplasma.
Et en lieu d'iceux, on vsera du médicament suiuaut :
Of. Diachylonis parui 5 iiij.
Vnguenti basiliconis 3. ij.
Olei violarum g . 6 ,
Fiat medicamentum
Plusieurs auteurs ont loilé à grand'merueille la scabieuse broyée entre deux pierres, et mixtionnée auecques vieil oing, iaunes d'œuf et vn peu de sel, pour faire suppurer le charbon.
Aussi l'œuf entier meslé auecques huile violât et farine de froment , appaise la douleur et suppure. D'auantage, la racine de raifort coupée en petites pièces, et appliquée sur les charbons et apostemes pestiférées, et renouuellée souuent , attire grandement le venin.
Et pour esleindre la grande inflammation, on pourra pareillement appliquer sur les bosses et charbons ca-
TRi:ÉMK LIVRE,
taplasmes faits d'escargots ou limaçons auec leur coquille subtilement piles et broyés, y adioustant du theriaque ou methridat, et renouuellés souuent.
Àuire. Prenez vers de terre tant qu'il sera besoin , comme vne bonne poignée , et les y appliquez dessus, estant mis dedans vn petit linge bien délié , fait en manière de sachet.
Autre. Prenez grenoiiilles hachées et pilées, elles appliquez dessus.
Autre. Prenez escreuisses broyées et pilées subtilement auec leur coquille.
Autre. Prenez huistres auec leur coquille et leur eau, et les pilez et appliquez dessus.
Tels animaux ainsi appliqués sedent la douleur et esteignent la grande ferueur et inflammation , et attirent à merueille le venin pestiféré. Si on abhorre cesdits animaux , en lieu d'iceux on vsera sur toute la partie charbonnière enflammée et embrasée de remèdes froids et humides , comme fueilles d'ozeille , iusquiame , mandragore, ciguë, morelie, plantain, et autres semblables, de chacun vne poignée : et seront appliqués auec leur jus, et renouuellés souuent, et continués seulement tant que la grande douleur, ferueur et ebuUition de l'inflammation sera esteinte.
Que si quelqu'vn dit que tels remèdes extrêmement froids pourroient repercuter le venin du dehors au dedans, et sufl"oquer la chaleur naturelle de la partie par leur extrême froideur : à cela il est aisé de respondre, que l'intention pourquoy on les applique est pour seder la douleur, et esleindre l'impétuosité et ferueur de la grande inflammation qui fait augmentation de la fiéure , aussi pour euiter la gangrené et mortification
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de la partie , comme nous auons dit ».
Aussi le jus de l'herbe nommée Tussilago, ou pasd'asne, esteint pareillement l'inflammation des cliar- 1)0118 : comme aussi fait l'herbe nommée Morsus diaboli, pistée et appliquée dessus.
l'ay souuent vsé du remède suiuant,poiir reboucher et abbaltie la grande ferueur et douleur, et aider Nature à faire suppuration.
Prenez quatre onces de suye qui est adhérante contre les paro's de la cheminée:
deux onces de gros sel : et les puluerisez subtilement, y adioustant des moyeux d'oeufs, tant que le tout soit en forme de bouillie : et ce soit appliqué vn peu tiède sur le charbon.
D'auantage ne faut omettre , h l'augmentation du charbon , de caule- ] riser la pointe , si elle apparoist noire, auec huile feruente ou eau forte ; car par ladite cautérisation on abbat et foudroyé le venin, et appaise-on la , grande douleur et autres accidens :
• et te puis asseurer que ie l'ay fait 1 plusieurs fois auec bonne et heureuse I issue : et puis bien asseurer qu'elle ne I fait grande douleur , à cause qu'on ne I touche que la pointe du charbon, qui ( est le commencement d'eschare quasi i insensible. Et après l'auoir cauteri- : sée, on continuera les remèdes susdits iusques à ce que l'on verra que l'escharese sépare d'autour comme vn cercle, qui est lors vn bon présage , signifiant que Nature est forte , et qu'elle domine sur le venin. Et après que l'eschare sera du tout
' Tout ce long passage , qui commence à tapage précédente à ces mois : et pour eneiudre lu ijrande iuftuminuiion, etc., a été iulercaléici seulement en I6S5; mais il a\ ait déjà paru dans le V'^iW.DUvourscklaPesieûs, 1682.
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hors , on vsera de remèdes détersifs , doux et benings, comme ceux qu'auons descrits cy dessus au chapitre de Taposteme pestiférée, les diuersifiant selon la nature de l'vlcere et de la partie, et température des malades :
car aux délicats , comme femmes, enfans, et ceux qui ont le cuir molietet fort rare, faut vser de remèdes plus doux et moins forts qu'à ceux qui sont robustes, lesquels ont la chair et le cuir plus dur et les pores plus serrés. Aussi ce pendant qu'il y aura dureté et tumeur en la partie charbonnière , on doit tousiours continuer les medicamenssuppuratifs , remollitifs et détersifs , à fin de tousiours aider Nature à ietter l'humeur superflu entièrement dehors, à cause qu'il y a double indication, c'est à sçauoir, d'amollir et suppurer l'humeur superflu qui est autour de la partie , et finalement raondifier et tarir celuy de l'vlcere.