‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 264 sur 515 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

DV PRVRrr lîT DEMANGEAISON QVI VIENT AVTOVR DE l'vlcere, ET DE LA MA- NIERE DE PRODVIRE LA CICATRICE.

Les parties d'autour de l'vlcere le plus souuent s'escorchent superficiellement , par le moyen de peliles pustules vlcereuses situées sans ordre, auec ponction , ardeur, et prurit aigu et poignant. Or la cause peut venir du dedans, et aussi du dehors : du dedans, par vnesanie aiguë et mordicante resudante de l'vlcere, qui arrouse les parties voisiues, prouenant du virus vénéneux qui est communément eu l'humeur cholérique , ou phlegme salé : de la cause extérieure,

44^ LE vingt-qva:

par opilalion des remèdes desquels on a longuement vsé, qui fermcnl et bouchent les pores, et escbauffent la partie.

Et pour la cure d'iceluy , on doit fonienler la partie de choses disciilieiiles et remoUiliues, et par ablulion d'eau bleuë ( qui est eau forte esteinle et ayant ja serui aux orféures) ou alumineuse , ou eau de chaux , ou saumure , et semblables choses.

Or véritablement les viceres faits par les charbons sont fort difficiles à eslre consolidés , parce que la sanie est aiguë et corrosiue, tantost crasse, tantost subtile, ioint que la figure de l'vlcere est quasi tousiours ronde. La cause d'icelle sanie est le sang aliéné et changé du tout de sa nature, par l'excessiue chaleur et corruption : et aussi à cause que la partie a receu vue bien grande intemperalure par le vice de l'bumeur. Quant à ce que la figure ronde de l'vlcere est difficile à consolider , cela se fait à cause que la sanie ne se peut bien euacuer , laquelle par sa trop longue demeure acquiert vne chaleur et nitrosité ou acrimonie , qui par l'attouchement des parois de Tvlcere augmente la cauilé, à cause qu'elle ronge la chair d'autour : et puis l'entour se borde et deuient calleux et dur, dont après ne peut estre consolidée que premièrement on ne l'ait oslé : car les porosités de la chair ainsi calleuse et dure, sont serrées et estreintes , et ne permettent que le sang puisse pénétrer pour faire génération de chair. Semblablement les bords esleués par excroissance de chair répugnent à la consolidation , comme estans chose superfiue : parquoy les faut couper et consumer , soit par fer , ou par medicamens. Et après auoir rendu l'vlcere applani et sans tumeur, et rem-

IIÉME LIVRE,

pli de chair, on vsera de medicamens cicatrisafifs , lesquels ont puissance de condenser et endurcir la chair, et produire peau semblable au cuir.

Desquels en y a de deux manières :

l'vne de ceux qui n'ont aucune érosion, mais ont grande verlu astringente et desiccatiue , comme sont escorces de grenades, escorce de chesne, tulhie, lilharge, os bruslés, squamme d'airain , noix de galle, noix de cyprès, minium, pompholyx lauèe, antimoine, bole armene, coquilles d'huislres bruslées et lauécs, et la chaux lauèe par neuf fois, et plusieurs métaux:

les autres sont presque semblables à ceux qui rongent et consument la chair : mais il faut qu'ils soient appliqués en bien petite quantité , comme sont vilriol laué , alum cuit , et autres semblables. Or l'alum cuit sur tous les cicatrisalifs est singulier pour sa verlu desiccatiue et astringente, rendant la chair ferme et dure, laquelle est molle et spongieuse, et arrousée d'humidité superflue : et partant il aide à faire le cuir solide et dur. Toutesfois les remèdes seront diuersifiés selon les temperamens :

car aux enfans et femmes, et généralement à ceux qui ont la chair molle et délicate , on en vsera de moins forts qu'aux températures robustes et seiches, de peur qu'au lieu de faire le cuir, on ne corrodast la chair.

Et après auoir fait la cicatrice, pour- ce qu'elle demeure en telle maladie touiours laide et hideuse à voir, à cause de la grande adustion qui a bruslé la partie, comme si le feu d'vn charbon ardent y auoit passé, ie ne puis encore passer que ie ne descriue quelque moyen pour l'embellir : car le plus sonnent elle demeure rouge, liuide ou noire, esleuée et raboteuse :

DE LA

ce qu'on fera principalement en la partie où le malade désire ladite cicatrice eslre moins apparente.

Exemple pour vnif le cuir qui demeure iiicgcil.

Prenez vne lame de plomb froUée de vif-argent, el la liez dessus l/i j)ar|,ie eslroittenient.

Et pour rendre le cuir blanc, il faut prendre de la chaux viue lauée par neuf fois, à tin qu'elle ait perdu son acrimonie: puis sera incorporée auec buile rosat, et soit fait onguent.

Autre. Prenez deux Mures de tartare, c'est à dire, 13'e de bon vin qui adhère contre les tonneaux , et soit bruslée et mise en poudre : puis on la mettra dans vn couure-chef de toile médiocrement déliée , laquelle sera pendue en vne cane humide, et on mettra vn vaisseau dessous pour receuoir la liqueur laquelle distillera goute-à-goute : et d'icelle la cicatrice en soit frottée assez long temps.

Semblablement la sueur des œufs appliquée souuent dessus la cicatrice, oste grandement la rougeur qui demeure en icelle. L'onguent cilrin recentement fait a pareille vertu , comme aussi l'emplastre de ceruse , lequel sera pareillement fait de nouueau. Outre-plus, les trois compositions suiuantes sont bien approuuées.

Qf. Ax.ungiœ suillîB noules lotie in aceto acer-

rimo § . iiij.

Clnabrij , succi citrij, et aluminis vsli

ana § . fii.

Sulphuris viui ignem non experti 5, ij. Çaphurae 9 .

Puluerisenlur , deinde incorporenturomnia simul , et flat vngqenlum.

Il subtilie le cuir et efface grandemeul lc9 tacbee.

j4ulre.

"if. Olei hyoscyaini et olei semjnis cucuvbiteB ana g. j.

Olei tartari 5 . fii .

Cera; alba; 3. iij.

Liquéfiant ista simul lento igne , deinde adde spermatis ccti 3. vj. renioueanlur praîdiela ab igne, donec infrigidentur, poslea addes ;

Trochiscorum albprum Rhaslspuluerisa-

lorum 5. iij.

Caphurœ 3.j.

Tandem cum mali citrij succo omnia diligenter misée : et fiât linimentum.

Amre.

"if. Radicis serpentarlœ g.j.

Bulliat in aquœ communis Hi. j. ad dimitjias , deinde adde sulpburis viui ignera non experti, et aluminis crudi puluerisati ana 5. j. fi : postea colentur pricdicla , et addatur :

CapliuriB 5. j.

Succi hyoscyami 3. j. fi .

On gardera cela en vn vaisseau de plomb ou de verre ; et quand on en voudra vser, faut tremper des pièces de linge, les appliquant sur la partie. On peut vser desdits medicamens pour osier la rougeur, et principalement du visage, les appliquant dessus au soir, et les y laissant toute la nuit : puis au malin on se lauera d'eau de son vn peu tiède.

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