DE L.V
le n'ay que faire de doduiie icy au long ce que l'on ne sçait que trop :
c'est à sçauoir quii los villes delaisst5esdeui(>nncnt clianipeslres, iusques à voir l'herbe croislre ijar les rues ; les laboureurs delaissans leurs maisons el les fruits sur la terre, laquelle demeure en friche : les troupeaux sont efgarés et esperdus parles champs :
les hommes s'enlre-reiicontrans s'enfuyent arrière les vns des autres , signe de grande punition de Dieu. le me conlenteray d'adiouster icy que cesle maladie rend par tout l'homme si misérable, que si tost qu'il est soupçonné, sa maison ( qui luy estoit Jleu le plus seur et le plus libre) luy sert d'vne cruelle prison : car on l'enferme dedans sans qu'il puisse sortir, ny que personne y soit admise pour le secourir. Si ce pendant quelqu'vn de ceux qui sont ainsi reserrés et enfermés se meurt, il faut que les autres qui sont là dedans voyent quelquesfois durant long temps cest horrible spectacle du corps rempli de vermine et pourriture , auec vne grande puanteur charongneuse , qui fait renforcer l'infection et venenosilé de l'air , qui puis après fait redoubler la pesle, el est souuent cause de la mort de tous ceux qui sont en la maison. Et si on se retire aux champs, la mesme crainte et horreur y est , et se trouue en tout chacun qui les voit, et plus encorcs , d'autant qu'on a moins d'amitié ou connoissance. Tout est clos et fermé aux villes , villages et bourgades, voire les maisons propres sont closes à leus maistres, tellement que souuent on est contraint de faire quelque logette aux champs, arrière de toute conuersalion et connoissance : comme on faisoit à Lyon sur le llosne, là où les malades s'estans retirés, le chaud du iour les es-