‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 317 sur 515 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

DV PIED d'hELLCiN'D*.

Cecymefaitsouuenirdu pied d'Hellend, duquel plusieurs font si grand cas , spécialement luy attribuans la vertu de guarir de l'epilepsie. Et m'estonne d'où ils prennent ccste asseuranoe, A^eu que tous ceux qui en ont escrit,ne font que dii-e, on dit, on dil : ie m'en rapporte à Gesnerus, et à Apollonius Menaben us. Et quand ce ne seroit que la misère de l'animal, qui tombe si sonnent en epilepsie (dont les Allemans l'appellent Hellend, qui signifie misei-e ) et neamtmoinsne s'en peut guaranlir, encore qu'il aittousiours'son ongle quant-etquantsoy : il me semble que cela est suffisant pourreuoqucr en doute les vertus qu'on luy attribue.

Voila cequ'il me semble de la corne de licorne : et si quelqu'vn en peut

'Il s'agit ici du pied d'élan, qu'on devinerait dilDcilement sous la bizarre orthographe de notre auteur.

LICORNE. 5l 1

descouurir d'auantage, ie luy prie en faire part au public, et prendre mon escriten bonne intention

< Celte conclusion se lit déjà textueUcnienl dans le chapitre de J579; mais auparavant Paré rapj)uyiiit ainsi :

« Et quiconques auec moy s'arrestera à ces expériences et auctoritez : quiconques examinera diligemment ces raisons, il condamnera comme moy la corne de Licorne, et la superstition des marchans qui vendent si cher la corne de Licorne, et la superstition des cérémonieux Médecins qui l'ordonnent, et la folle opinion du peuple qui la requiert et désire, il'autant qu'en telle drogue il n'y a non plus de vertu qu'en l'yuoire ou autres semblables denrées. Voyla ce qu'il me semble de la corne de Licorne. »

Cela était d'une rare énergie, et chacun y avait son compte, mais surtout les médecins ; ce fut sans doute à cause de la Faculté que ce passage fut supprimé dans toutes les éditions suivantes.

Mais en 1582, le Discours de la Licorne ne se terminait pas ainsi, et, après l'bistoire du pied d'Heltend, l'auteur ajoutait :

« Mais pour ne nous esloigner de nostre propos, retournons à la Licorne. »

Alors commençait une série de neuf chapitres, du 20'^ au 28% sous ce titre généial : Des Fenins. Le chapitre 20 débutait de celle fa^on :

« Or posons le cas que la corne de f icorne résiste à quelque espèce de venin , oe que ie croy pileuseiïi6ii.l [de] -. pour le moiws me confessera-on qu'elle ne peut résister a tou- . tes les sorles. Car elle feroit son opération par ses qualitez manifestes, ou par ses pi-oprietez occultes. Si par ses qualitez manifestes, et si elles sont chaudes , elles seruiront contre le venin froid seulement, et non contre le chaud , et ainsi des autres qualitez : et si elle operoit par vne venu speciQque, ce seroit par occulte conuenance qu'elle auroit auec vne sorte de venin, laquelle toutesfois elle n'auroil pas auec l'autre. Or il en est de plusieurs et diuerses sorles, etc. »

Après quoi l'auteur exposait briévemenl'les

DISCOVRS

variétés des venins , leurs signes , les règles générales du iraileinent, etc., le plus souvent en analysant les premiers cliai)itres de son livre des Venins, rarement en y ajoutant de nouvelle rédaction. Cependant, au cliap. 2(i , il y a un passage qui manque en 1679, et que nous avons retrouvé dans le texte du livre des Venins de 1685 ( voyez cidevant page 296); mais, surtout au ciiap. 24, fol. 40 , verso , se lit un passage (jui n'a reparu nulle autre part, et qui est fort intéressant à reproduire. Il s'agit de la corruption des humeurs du corps par mauvais régime, et là c'est le chap. 4 du livre de la Peste qui fournit l^s premières piirases. Mais , après l'énuméralion des mescliantes viandes que la famine force à manger, comme dans les villes assiégées , comme grains pourris , herbes, fruits sauuages , pain d'auoine, de poix, de febucs , de fouijere , d'ardoise, de gland, de chiendent, troncs de choux, etc. (et cela est bien plus complet que dans le texte du chapitre cité du livre de la Peste), l'auteur continue:

» Tels aliments engendrent pourriture et venenosité en nos humeurs, qui causent la peste et autres rnauuaises maladies en nos ci rps : comme vn chancre qui ronge et corrode la chair et les os. De faict que nous voyons souuent que par la malice des humeurs venimeux les parties se mortifient et pourrissent: ce qui est prouué par Hippocrates , section 3. lia. 3. des Epidémies, où il dit auoir veu des charbons en temps de peste si estranges et hideux avoir, que c'estoit chose admirable. Car il s'y faisoit des inflammations douloureuses, gangrenés, et mortifications, et viceres, qui rougeoient toute la chair , les nerfs et les os : tellement qu'ils tomboient toutes en pièces pourries. Aux vns toute la teste se peioit, et le menton , de sorte que l'on voyoit les os tous desnuez et descouuerts. Aux autres les pieds et les bras loinboient ( le semblable ie proteste auoir veu aduenir à l'Hostcl-Dieu de Paris; et ailleurs), et ceux qui rcschappoient desiroient estre morts, pour la grande deformité et impuissance qui leur rcstoient en leurs membres.

» Ainsi de récente mémoire on a veu aduenir à monsieur Boucquet , Chanoine de

Nostre Dame de Paris, le soir faisant bonne chère, ne sentant aucune douleur, on luy trouua vn pied le lendemain tout mortifié, sans aucun sentiment, de couleur plomhine et noirastre , froid comme la glace , où ne fut en la puissance tant des Médecins que des Chirurgiens y pouuoir doimer ordre, l'estois d'auis qu'on luy coupast le pied , et d'autres aucc moy • mais ledict Boucquet nous dist qu'il vouloit mourir doulcement : toutcsfois au contraire ce fut fort douloureusement. Parceque la gangrené chemina jusques à la cuisse, les vapeurs de laquelle le feirent mourir en peu de iours.

» On pourroit icy amener plusieurs histoires semblables qui sont aduenues pour la venenosité des humeurs : mais il sullira pour le présent de celle-cy. »

Le lecteur trouvera au chapitre 37 de la Peste quelques détails sur les vastes charbons qui rougeoient ainsi toute la chair mais ni la citation d'Hippocrate ni l'histoire de Boucquet n'ont été reproduites nulle part, probablement parce qu'elles se rattachent à la peste, et que Paré ne se souvint pas d'aller les chercher dans un chapitre du Discours des venins. Cette histoire de Boucquet est intéressante sous un trijde point de vue : 1" comme exemple d'une gangrène sénile : 2° à raison du conseil de couper le pied, qu'on ne lit nulle autre part dans les OEuvres de Paré; 3° enfin parce que le mal ayant gagné la cuisse, Paré semble le regarder comme sans remède. Voyez la préface de ce troisième volume.

Après le Discours de la Licorne et des V enins, suivait enfin le Brief Discours de ta Peste , auquel demoiistrcrons que la Licorne n'a nul effect. Il se liait aux discours précédenls par la phrase suivante :

« Maintenant il nous fault traicler sommairement du venin pestiféré, à cause que plusieurs tiennent la Licorne pour le plus excellentalexilairc.ou contre-poison, pour la précaution et curationd'icelle : et commencerons par vne description allégorique. »

Et en effet il procédait immédiatement à celte dcsciiption allegcrique , qm, un peu modifiée et augmentée, a remplacé en i6S5 la descri|ition plus simple de 1668. La pre-

DE LA

miere phrase en est plus remarquable ici que partout ailleurs.

« Peste est vne maladie venant de l'ire de Dieu, furieuse, tempestaliue , hastiue, monstrueuse, espouuanlable, et elTroyable , contagieuse, terrible, farouche, traislresse, fallacieuse, etc. »

On pourrait croire qu'il ne s'est arrêté que faute d'épithètes.

Ce discours se composait de 24 chapitres, dont la plupart ne présentent qu'une courte analyse du livre de la Peste. Mais quelques uns sont entièrement nouveaux, comme le 6' et le T, dont Paré a fait depuis le 30' de son livre; une partie du chap. 22, intitulé : De l'espèce de Charbon dict panaris, et cure d'iceluy. Cette histoire du panaris était empruntée au livre des Tumeurs en pariiculier, où on la trouve dans les grandes éditions. Enfin il y avait plusieurs additions de détail qui ont été reprises pour la plupart dans l'édition deJ585, et qui ont été notées en leur lieu , pages 399, 422 et 44J. Il y en a d'autres de moindre importance, et tellement perdues dans le texte, que l'auteur même n'a pas su les y retrouver pour son édition de 1585; ainsi, au chapitre 18 (ci-devant page 388), il dit simplement en note : Le pape Pelagius mourut de peste; et, au chap. 2 de son Discours, il disait dans le texte même : Pelagius et Calixtus, papes , en moururent; et il citait en même temps David et Ezechias. Au chap. 14, intitulé : Des remèdes propres pour combattre et purger le venin pestiféré, et répondant conséquemment au chap. 24 du livre , il est assez remarquable qu'il donne un précepte absolument contraire à celui qu'il avait posé en 1579, et que par raégarde sans doute il conserva encore en 1585. Ainsi on lit dans le Livre : Aucuns sont d'aduis... donner punjation : mais... nous sommes d'aduis que le plus expédient est de donner premièrement et subitement au malade quelque alexitere , etc. Voici main, tenant le texte du Discours :

« Hippocrates, Aphor. 10. liu. 4., dit qu'aux maladies fort aiguës, si la matière est en mouuement furieux , fault purger du mesme jour : car de prolonger en tel cas est mauuais et dangereux. Parquoy quand le

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