‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 326 sur 515 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

DES SAVEVnS.

Saueur, selon Arislote et Theophraste, ainsi que Galien le récite au premier liure des Simples, est vne concoction d'humidilé en siccité, faite par le bénéfice de chaleur, laquelle est conneuë estant appliquée sur la langue bien disposée, par le moyen du nerf de ladite langue, et d'vne saline médiocre.

Les différences des saueurs sont neuf.

Trois chaudes, qui sont acre, amere et salée.

Trois froides , sçauoir .est', [acide, acerbe, austère.

Trois tempérées, qui sont douce, oleeuse, insipide ou fade.

Toutes lesquelles prouiennent de concoction : laquelle est plus grande aux saueurs que nous appelions chaudes : plus petite en celles que nous disons froides : médiocre és tempérées. Parquoy Nature tient fort souuent et plus communément tel ordre en la concoction des saueurs , que premièrement se monstre et apparoistla saueur acerbe, la chose estant, encores du tout crue : puis auec quelque concoction est faite l'austère :

après ensuiuant l'acide » : puis l'acide par concoction plus grande est faite

' Le commencement de cette phrase était fort différent en 1575 ; on lisait :

« Parquoy Nature tient tel ordre en la concoction des saueurs. L'insipide est la première, à cause qu'elle n'a receu aucune impression de chaleur : puis auec quelque concoction est faite l'austère : après l'acerbe ensuyuant l'acide : puis l'acide par concoction plus grande, etc. »

53o LE VINGÏ-CINQVIÉME LIVUE ,

douce ou olecuse, laquelle aucc chaleur aug-menléc esl loui née en salée, et de salée faite amero : iusqucs à , tant que par vne chaleur excessiue et trop grande, finalement est faite l'acre, qui tient entièrement la nature du feu : à ceste cause c'est la fin des saueurs, et mise au dernier degré de concoction. De chacune saueur dirons particulièrement , commençant aux froides.

Saueurs froides.

L'acerbe est froide et terrestre, moins aqueuse que l'acide , de crasse substance. Elle refraischit , espaissit , condense, astreint, repousse, principalement en la superficie. Elle se connoist és escorces de grenade, noix de galle, tan , et noix de cyprès.

L'acide est aqueuse, froide, subtile, sans chaleur naturelle. Elle incise, atténue, mord, purge, deliure obstructions : et se manifeste en toute espèce d'ozeille, vinaigre, cerises, espine-vinette , et autres.

L'auslere est prochaine quant au tempérament et effets à l'acerbe : car l'acerbe consiste en vne substance terrestre et froide. Icelle receuaut mutation et auancemeut, est augmentée ou de la seule chaleur, ou de chaleur et humidité , et icelle ou aérée, ou aquée : ou de la seule humidité. Siles fruits acerbes, qui tels sont deuant leur maturité , sont augmentés de la seule chaleur, ils passent en saueur douce, comme les chastaignes. S'ils sont augmentés de la seule humidité, et icelle crasse , d'acerbe ils passent en la saueur aiistere : car ces deux saueurs acerbe et austère sont en pareil degré de frigidité : seulement l'acerbe est plus terrestre, Taustere est plus humide. Que si la frigidité est persistante, les fruits sont

augmentés en humidité, et icelle aérée et ténue , ils passeront en saueur acide. Que si ensemble ils .sont augmentésde chaleur et huniidilé aquée, ilspas.seronten saueur douce: ou bien saueurj olecuse, si auec la chaleur l'humidité qui suruient est aërée. Dequoy il a esté bon donner aduertissement , à fin d'entendre par quels moyens les corps sauoureux, d'acerbes qu'ils sont au commencement, deuiennent enfin doux par les moyens d'austérité , acidité et saueur oleeuse, selon qu'ils sont augmentés de chaleur et humidité simple ou compliquée : dont il est aisé à entendre que la saueur austère desseiche moins que l'acerbe , au reste restreint et reserre, agglutine, refraichit. Elle se monstre és cornoilles , nelfles , pommes , poires de bois , et autres fruits cruds, et non encore meurs

Saueurs lemperées.

L'insipide ou fade , improprement appellée saueur, est froide et aqueuse.

Elle espaissit, coagule, fait contraction des pores et des orifices des veines , restreint , esleint la chaleur, et souuent rend le membre stupide. L'on la connoist en vne chose qui n'a aucune saueur notable qui se puisse discerner, comme l'eau simple.

L'oleeuse chaude, humide aëreuse.

Elle humecte, lasche, emollit, lubrifie : comme huile, beurre , axonge, moelle, et autres semblables.

La douce chaude, aëreuse , et tempérée. Elle laue,, polit, cuit, digère,

1 Édition fde 1575 -.Elle se monstre es fleurs de grenades sauuages , dites balaustes, escorces de grenades, noix de galles, altm , coquilles de glands et autres. La phrase acluellp était alors attribuée à la saveur acerbe.

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