CHAPITRE XV
LA MANIEKE DE TIREIl L'HVILE DES GOMMES PLVS SOLIDES, COMME MYR- RHE, MASTIC ET AVTRES.
Aucuns tirent ces huiles par le feu de cendre ou de sable , comme auons dit des précédentes, y adioustant pour liure de gomme deux ou trois onces d'huile de térébenthine et deux d'eau de vie, et laissent macérer et tremper l'espace de huit ou dix iours au baing Marie, ou bien au ventre de chenal, c'est-à-dire au fumier, ' l'espace d'vn mois , puis le distillent en la retorte.
Or le vray moyen de faire l'huile de myrrhe est telle :
Prenez myrrhe puluerisée, laquelle ferez distiller par les œufs , les faisant durcir, et au lieu de iaune les remplir de myrrhe, lesquels seront mis sur vne claye à esgoutter, en vne caue froide et humide, el au dessous on mettra vn plat ou bassin de terre vernissée : la myrrhe se dissoudra en eau huileuse, laquelle sera après mise en vn matelas de verre , auec autant d'eau de vie bien rectifiée au fumier, l'espace de deux ou trois
LE VINGT-SIXIEME LIVRE
mois, le matelas eslant bien bouché, cela fait, sera tirée dudit luinier et versée par inclination en vn alembic, car au fond dudit matelas demeurera vn marc assez espais : puis Talembic sera mis au baing Marie, pour faire euaporer l'eau dévie et le phlegme :
et au fond demeurera ton huile belle et claire, laquelle tu pourras colorer d'vn peu d'orcanete. Et si tu luy veux donner quoique odeur, tu y adiousleras vne goutte ou deux d'huile de sauge, canelle ou girofle, selon ta discrétion.
Description crvii baume descril par Kesal en sa Chirurgie.
"ïf.. Terebint. opt. Ib. j.
Olei laur. § . iiij.
Galb. 5 . iij.
Gummielem. s.iiij.
Thuris, myrrha;, gummi hedera;, cen-
taurese maior. ligni aloës ana 5. iij.
Galang. caryoph. consol. maior. cinam.
nucis mosc. zedoariaî, zinzib. dictamiii
alb. ana g. j- Olei verm. terrcst. § • U- Aquaî Yitee ft. vj.
La manière de faire le baume est telle. Tous les ingrediens seront coucassés et hachés pour les infuser en l'eau de vie l'espace de troisiours,puis on en fera distillation en la retorte , comme des susdites huiles de térébenthine et cire, dont en sera tiré trois liqueurs : la première sera aqueuse et claire : la seconde de couleur d'or tres-subtile : et la tierce représentant la couleur de ruby , qui est le vray baume. La première liqueur est singulière contre l'imbécillité de l'estomach prouenant de matière froide, à raison qu'elle consomme et incise les phlegmes , et dissipe les ventosités : la seconde est souueraine pour agglutiner les playes récentes , et piqueures
des nerfs, contre la paralysie : la troisième surpas.se h s deux autres pour suruenir à telles infirmités.
Autre de Fallope.
y. ïereb. clarœ Ib, ij Olei de semine Uni tt . j.
Résina; pini 5 vj.
Thuris, myrrha», aloës, mast. sarcoc.
ana g . iij.
Macis, ligni aloës ana §. ij.
Croci g . fi .
Mettez tout en vne retorte de verre sus les cendres , et le faites distiller : au commencement sortira une eau claire , puis vne huile rougeastre :
icelle est souueraine pour les playes.
le te veux aduertir que par tel moyen lu peux distiller toutes axonges et graisses, et toutes parties d'animaux, ensemble tous bois, escorces , semences , pourueu qu'elles soient auparauaut bien macérées, desquelles toutesfois on tirera d'eau en plus grande quantité que d'huile : tu peux pareillement extraire l'huile de gagâtés
De l'arbre qui porte l'Encens.
Ayant ce portrait de l'encens , de Theuet , comme il le descrit en sa Cosmographie, le n'ay voulu faillir à le représenter, et d'en escrire en bref ce qu'il en dit comme l'ayant veu.
L'encens, dit-il, est vn arbre qui croist en Arabie , qui ressemble aux pins, ieltant vne liqueur qui s'en-
1 Le chapitre se terminait ici en 157.5 L'article qui suit sur Venccns, et qui ne se rapporte nullement au titre du chapitre, a été ajouté en 1679; j'ai supprimé sans scrupule la méchante figure de V Arbre qui porte i'enceni, en conservant toutefois ce litre pour séparer ce qui va suivre du reste du chapitre.
DES DISTILLATIONS
durcit puis apnVs, et se forme en petits grains de couleur blanchastre et transparens , gras au dedans, s'allumans quand on les iette au feu. On le sophistique auec résine de pin , qui est cause que nous ne l'auons tel qu'il le descrit, ce qu'on peut connoistre : caria résine ny autre gomme ne s'allaume au feu, ny ne sent si bon comme fait l'encens. Les Arabes incisent ces arbres , pour en mieux faire distiller la liqueur , dont ils en font grand proffit.
II remplit les vlceres profonds , agglutine les playes profondes , et pour ce est mis aux baumes comme principal ingrédient : appliqué seul en poudre , arreste le sang qui flue des playes. Matthiole dit qu'il est singulier meslé auec cimolée et huile rosat , aux inflammations des mammelles des femmes nouuellement accouchées.