RAPPORTS, ET DV MOYEN D'EMBAVMER
LES CORPS MORTSi.
Il reste à présent instruire le ieune Chirurgien à bien faire rapport en lustice , lors qu'il y sera appellé, soit pour la mort des blessés , ou impotence , ou deprauation de l'action de quelque partie. En ce il doit estre caut , c'est-à dire , ingénieux à faire son prognostic , à cause que l'euenement des maladies est le plus souuent difficile, ainsi que nous a laissé par escrit Hippocrates au commencement de ses Aphorismes ^ , à raison princi-
1 Ce livre est encore une des créations de Paré, et c'est le premier traité spécial que je connaisse consacré à la médecine légale. Il parut pour la première fois dans la grande édition de 1575; el alors il contenait un fort long article sur les poisons, que l'auteur reporta plus tard dans son livre des Kenim, en supprimant cependant tout-à-fait deux histoires fort intéressanteSi En 1579, le livre, ainsi dépouillé, reçut en d'autres endroits de notubles additions; et enfin l'édition de 1585, suivie par toutes les éditions posthumes , retrancha quelque chose du texte de 1579, et le compléta par de nouveaux articles. On voit par cet exposé que nous aurons à rencontrer des variantes assez importantes; j'aurai grand soin de les signaler. J'ajouterai ici qu'avant 1585 le livre n'était point divisé ert chapitrés ; alors seulement ,
paiement de l'incertitude du suiet sur lequel l'art de Chirurgie est employé. Mesme le premier et principal point est, qu'il ait vne bonne ame, ayant la crainte de Dieu deuant ses yeux, ne rapportant les playes graudes petites , ny les petites grandes , par faueur ou autrement : parce que les lurisconsultes iugent selon qu'on leur rapporte.
Les anciens nous ont laissé par escrit, que les playes estoient dites
pour établir sans doute plus de res&emblancâ entre cette partie de son œuvre et toutes les autres. Paré le divisa en deux chapitres sans titres, et, il faut bien le dire, sans beaucoup de rapport avec les matières traitées dans l'un et dans l'autre. C'est ainsi que la deuxième partie du livre , consacrée à l'embaumement , faisait suite au deuxième chapitre, lequel séparait sans raison ni utilité les Rapports de la première partie. J'ai donc retranché cette division inutile et peu rationnelle; et, en revanche, j'ai rétabli dans le texte plusieurs titres des premières éditions, qui dans les suivantes avaient été rejetés parmi les notes marginales.
» Edition de 1585 : ainsi que nous a laissé Hippocrates dans sa protestation; et le reste de la phrase est également de 1579.
65a LE VINGT SEl
grandes en trois manières. La première pour Ja grandeur de la diuision , comme vn coup de coutelas , ou autre instrument, qui aura coupé la moitié d'vn bras ou vue iambe : ou quelque coup d'espée, et d'autres semblables armes , donné au trauers du corps. La seconde, pour la principauté de la partie qui doit estre estimée pour l'action : comme vue petite playe faite d'vn poinçon, ou autre instrument'qui sera pointu et délié, pénétrant en la substance de quelque partie noble , comme cerueau , cœur, foye, ou autre partie qui leur face seruice nécessaire , comme l'œsophague, poulmon , et vessie , etc. La troisième pour la mauuaise morigeration et cacochymie de tout le corps , ou imbécillité d'jceluy : comme si la playe est faite à vue vieille personne, où les forces et vertus sont grandement diminuées. Pareillement le Chirurgien se gardera d'estre trompé et deceu par la sonde en cherchant, ne trouuant la profondeur de la playe :
à cause qu'il n'aura situé le blessé en mesme situation qu'il estoit quand il fut blessé : ou que le coup sera entré de ligne droite, et qu'il sera retourné à dextre ou à senestre , ou de haut en bas , ou de bas en haut : de façon que le chirurgien estimera la playe petite, et fera rapport que la playe bien tost se pourra guarir , neantmoins le blessé mourra en briefs iours. A cesle cause il ne doit asseoir son iugement aux premiers iours, mais doit attendre que le neuQéme soit passé , qui est vn terme où le plus souuent les accidens se monstrent plus grands ou plus petits , selon la nature des corps et des parties blessées, et de l'air ambiens extrêmement froid ou chaud , ou ayant acquis venenosité.
En gênerai , les signes par lesquels
riEME LIVRE,
on peut ai.sément iuger des maladies, si elles sont grandes ou petites, briefues ou longues, mortelles ou légères, sont quatre : car ils sont pris et tirés ou de l'essence et nature de la maladie , ou des causes d'icelle , ou de ses effets, ou de la similitude, proportion, et comparaison d'icelles maladies au temps qui court.
Exemple des signes tirés de l'essence de la maladie. Si l'on propose vne playe récente , qui n'ait autre essence et mal que de simple solution de continuité en vn muscle , incontinent prononcerons icelle estre sans danger et de peu de durée. Mais si la solution de continuité a complication d'vlcere, comme si elle estsanieuse, et de plus de trois iours , nous prononcerons icelle estre de difficile et plus longue curation.
Exemple des signes tirés des causes de la maladie : comme si la playe a esté faite en la teste d'vn instrument aigu, pointu , et pesant, sçauoir d'vn maillet : si le coup est venu de haut , de grande force, et de droit fil , nous prononcerons la playe estre dangereuse, voire mortelle, si les autres signes y consentent.
Exemple des effets : comme si le patient est tombé et terrassé du coup, s'il a eu vomissement de cholere , esbloiiissement aux yeux , flux de sang par le nez et les oreilles , aliénation d'esprit et de mémoire, auec stupidité de tous sentimens, nous prononcerons iceluy estre en danger euident de sa vie.
Exemple de la similitude , proportion, et comparaison delà maladie au temps qui court : Comme au temps de la bataille saint Denys, et .siège de Roiion , pour Tindispasilion et malignité de l'air, ou pour la cacochymie des corps et perturbation des hu-
DRS RAPPOHTS.
meurs , presque Jou(ps les playos cstoionl morlcllcs : et principalcmonl celles qui esloicnt faites d'Iiarquebu se. Parquoy nous pouuions lors (eu csg-ard au temps qui couroil) prononcer tel homme blessé esirecti péril de mort. Ainsi voyons nous en cer laines années les rougeolles et verolles des petits enfans estre pestilentes et mortelles, et coniointes auec vomissemens ou dysenteries furicu ses : parquoy en tel cas nous pourrons iuger,et de Teuenenient de la maladie , et du moyen de Teuenemcnt.
Or les signes des parties vulnerées sont ceux qui s'ensuiuent.
Les signes que le cerneau est offensé et le crâne fracturé sont plusieurs.
Si le malade tombe du coup en terre , s'il demeure quelque temps sans parler, oiiyr, ne voir, ayant perdu connoissance et raison : s'il a rendu ses excremens inuolontairement, s'il luy semble que tout tourne s'en dessus dessous , s'il a ielté sang par le nez , bouche , et oreilles, s'il a vomi de la cholere : ce sont signes qui nous donnent à entendre par raison que le crâne est rompu. Mais par les sens iceluy mesme se connoist estre rompu, quand en pressant des doigts dessus, on sent au tact l'os estre esleué ou enfoncé contre le naturel.
Pareillement se connoist au sens de la veuë , lors qu'il est dénué , et qu'on frappe dessus auecques vue sonde de fer, et qu'il sonne cassé, comme si l'on frappoit sur vn pot de terre fellé et rompu : voila les signes qui demonslrcnt le cerueau estre offensé, et le crâne fracluré.
On peut prognosliquer et rapporter la mort du blessé, lors qu'il a du tout perdu sa raison et mémoire , ou s'il dénient du tout muet, ayant les yeux
ténébreux, et se veut ielfer hors du lit, nesepouuanl au reste nullemiMit mouuoir : ayant la fleure conliiiiie, la langue noire et seiche, et les léures de la playe arides, ne iellans aucune chose , ou bien peu : et mesme si elle est de couleur blaffarde, comme d' vue chair salée : ou qu'il ait apoplexie , frénésie, spasme , paralysie , retenant son vrine et autres excremens , ou les laisse couler inuolonlairement.
Si tels signes apparoissont , fais ton rapport que bien lost le malade mourra.
Les signes que la trachée artère et l'œsophage sont coupés.
Cela se connoist au sens de la veuë:
aussi le blessé perd la parole , et ne peut plus boire ny manger, parce que chacune partie coupée se relire , l'vne en haut , l'autre en bas, et tost après la mort s'ensuit.
Les signes que la playe pénètre dans le thorax.
C'est que par la playe on voit sortir de l'air, auecques vn sifnement,* et le malade peine à respirer, principalement quand il y a quantité de sang tombé sur le diaphragme , lequel il iette par la bouche en crachant: lafiéuresuruient, et puanteur d'haleine, à cause que le sang se pourrit et conuertit en vne sanie fétide : et le malade ne peut demeurer couché que sur le dos , et a souiient volonté de vomir. Et s'il reschappe , le plus souuent sa playe dégénère en fistule , et meurt tabide et sec.
Les signes du poulmoii vulneré.
C'est qu'il sort par la playe vn sang spumeux , auec toux et grande dilfi-
culté de costés.
LE VINGT-SEPTIKME LIVBE,
respirer, et douleur aux
Les signes que le cœur est blessé.
C'est qu'il sort par la playe grande quantité de sang, auec vn tremblement vniuersel de tout le corps , le poux languide et fort petit, la couleur palle, sueur froide, auecques syncope , et les extrémités fort froides : et tost la mort s'ensuit.
Les signes du diaphragme.
C'est que le malade sent vne grande pesanteur au lieu vulneré, et a perturbation de raison , et vne Iresgrande difficulté d'halener, toux, et douleurs aiguës, elles flancsse retirent contre mont : si tels signes apparoissent , fay rapport de mort hardiment.
Les signes que la veine caue et grande arlcre sont vulnerées.
C'est que le malade meurt promplement, à cause de la subite et grande vacuation qui se fait du sanj et esprits qui remplissent le ventre inférieur ou thorax, faisant cesser l'action des poumons et du cœur.
vne douleur poignante qui s'estend iusques à la cartilage scuUforrae: et le sang découlant dedans le ventre souuent se pourrit , et cause de pernicieux accidens, et le plus souuent la mort.
Les signes que l'estomach est vulneré.
C'est que le manger et boire sortent par la playe, et vomit souuent pure cholere et sang : il suruient sueurs et refroidissement des extrémités , et la mort tost après adulent.
Les signes que la râtelle est vulnerée.
C'est qu'il sort parla playe vn gros sang noir , et le malade est grandement altéré, et a douleur au costé senestre: et si le sang découle dedans le ventre, souuent se pourrit, dont plusieurs accidens sourdenl, et souuent la mort les saisit.
Les signes que les intestins sont vulnerés.
C'est que le malade sent vne grande contorsion et douleur au ventre , et la matière fecale sort par la playe souuent , et grande quantité des boyaux sort par icelle hors le ventre.
Les signes que la moêlle de l'espine du dos est \ Les signes que les rongnons sont vulnerés. blessée.
C'est que le malade subit tombe en paralysie ou conuulsion , et le sentiment et mouuement des parties inférieures se perd, et les excremens, comme la matière fecale et vrine, sont ieltés inuoloulaireraenl, ou du tout retenus.
Les signes que le foxje est vulneré.
C'est qu'il sort grande quantité de sang par la playe, et le blessé sent
C'est que le malade a difficulté d'vriner, et iette du sang auec l'vrine, et a douleur aux aines, verge, et testicules.
Les signes que la vessie est vulnerée ei les pores vreieres.
C'est que le malade sent douleur aux flancs, et les parties du penil sont tendues, el s'il ielle l'vrine sanr glante , et quelquesfois njesme par la playe.
DES Kj
Les signes que la femme a son amarry vulneré.
C'est que le sang sort par ses parlics honteuses, et a presque semblables accidens que ceux qui ont la vessie vulnerée.
Les signes que les nerfs soui piq„6s ou à demij coupés.
C'est que le malade sent vne douleur véhémente au lieu blessé, et aussi que promplemeut luy suruient inflammation, fluxion, spasme, fléure, aposteme, et conuulsion et quelquesfois aussi gangrené et mortification de la partie : dont suruient la mort, si le malade n'est bien et promptement secouru, comme i'ay escrit cy deuant parlant des playes des nerfs.
Après auoir baillé les signes pour connoistre les parties de noslre corps vulnerées, à fin d'en faire rapport en iustice , pour plus grande et facile intelligence m'a semblé bon te donner le formulaire de ces quatre rapports : dont le premier sera de rapporter de nécessité de la mort du blessé : le second sera douteux de la mort ou de la vie : le troisième du mehain, c'est-à-dire de l'impotence d'vne partie blessée : le quart, de plusieurs parties blessées ensemble.
Selon lesquels formulaires tu en pourras faire d'autres, ainsi que connoistras par les signes cy dessus escrits , telles ou telles parties du corps estre vulnerées.
* J'ai rétabli dans cette énumération le mol spasme, omis dans toutes les éditions posthumes. Il faut avertir aussi qu'après le mol conuulsion , l'édition de 1675 ajoutait: qu'on appelle non propurlioniiee à la malierc. Ce membre de phrase a été effacé dés 1679.
pponTS." 655
Exemple d'vn rapport de nécessité concluant à la mon.
I'ay A. P. ce iourd'huy par l'ordonnance de messeigneurs de la Cour de Parlement, me suis transporté en la maison de tel, rue sainct Germain,
l'enseigne de S.— Lequel i'ay trouué gisant au lit, ayant vne playe à la teste, partie sencslre, située sur l'os temporal, auec fracture et embarreure , dont aucunes parties dudit os, les deux membranes estans rompues, sont enfoncées en la substance du cerueau. Au moyen dequoy ledit tel a perdu toute connoissancede raison, auecques vne conuulsion, le poulx fort petit, et sueur froide : au reste , tant degousté qu'il ne boit ny mange.
A cause dequoy certifie que bien tost mourra : tesmoing mon seing manuel cy mis le, etc.
Exemple d'vn rapport douteux de la mort.
I'ay tel, etc., par le commandement de monsieur le Lieutenant Criminel, suis allé en la maison de N., lequel i'ay veu gisant au lit, ayant trouué sur son corps vne playe faite d'vn instrument trenchant, située au milieu de la cuisse dextre , de grandeur de trois doigts ou enuiron , pénétrante tout outre, auecques incision de veines et artères : à raison dequoy est suruenu vn bien grand flux de sang, qui luy a prosterné et abbalu les forces. Au moyen dequoy tombe souuent en défaillance de cœur, et toute la cuisse est grandement tuméfiée et liuide, dont plusieurs pernicieux accidens s'en pourroicnl ensuiure : parquoy ie dy que ledit tel est en grand danger de mort. El tout ce certifie estre vray, tesmoing mon seing manuel cy mis le , etc.
656 LE VIWGT-SE
Exemple d'un rapport de mehainou impotence.
l'ay tel, clc, par le commandement de monsieur le Procureur du Roy, me suis transporté en la maison de monsieur, etc., ruesainct Pierre aux Bœufs, pour visiter vn tel, etc., sur lequel i'ay trouué vne playe à la iointure du jarret dextre, de grandeur de quatre doigts ou eniiiron, auecques incision des cordes ou tendons qui plient la iambe, ensemble incision de veines, artères, et nerfs. Au moyen dequoy est ledit tel en danger de mort, pour les accidens qui en telles playes viennent le plus souuent, comme extrême douleur, Géure, inflammation, aposteme, conuulsion, gangrené, et autres. Parquoy a ledit tel besoin tenir bon régime, et eslre bien et deuëment pensé et medicamenlé : et où il escbappera de la mort, à iamais demeurera impotent de la partie. Et tout ce certifie estre vray, tcsmoing mon seing manuel cy mis le iour, etc., mil, etc.
Exemple d'vn rapport d'vn homme blessédeplusieurs coups, et en diuerses parties du corps.
Nous soubssignés Chirurgiens, ce iourd'huy vingt et vniéme , etc., par le commandement de Messeigneurs delà Cour de Parlement, sommes allés au logis de tel, rue S. Denis , à l'enseigne desaincte Catherine, pour visiter vn nommé, etc., gentilhomme des ordonnances du Roy, sur lequel auons trouué cinq playes. La première, située à la teste, au milieu de l'os coronal , de grandeur de trois doigts ou enuiron, pénétrante iusques à la seconde table, dont luy auons tiré trois esquilles dudit os.
Item , vne autre playe au trauers de la iouë, partie dextre, comprenant depuis roreille iusques au milieu du
IIÎME LIVUE,
nez : à cause de ce a esté nécessaire luy faire quatre points d'aiguille.
Item, vne autre playe au milieu du ventre, de grandeur de deux doigts ou enuiron , pénétrant en la capacité d'iceluy : sortant par ladite playe vne partie de romentum,de grosseur de demy esteuf, qu'auons trouuée liuide, et du tout destituée de chaleur naturelle : parquoy a esté besoin lier et couper ce qui estoit sorti dehors. Item, vne autre playe située sur le métacarpe de la main senestre, de grandeur de quatre doigts ou enuiron, auecques incision de veines, artères , nerfs, et tendons , et portion des os. Au moyen dequoy, ledit tel demeurera après la guarison raehaigné de la main , et a besoin tenir bon régime , garder la chambre , et estre bien et deuëment pensé et medicamenté : et disons qu'il n'est hors du danger de la mort. Et tout ce certifions estre vray, tesmoings nos seings manuels cy mis le iour, etc.
^utre rapport d'vn corps mort, fait en la présence de messieurs le Lieutenant Criminel et Procureur du Roy au Chastelet de Paris cl du Commissaire Bazin '.
Rapporté par nous soubssignés, que ce iourd'huy en la présence de messieurs le Lieutenant Criminel et Procureur du Roy au Chastelet de Paris, nous auons veu et visité le corps mort de noble homme, etc., sur lequel auons trouué vne playe faite d'estoc i)rés la mammelle senestre, longue et large de deux doigts ou enuiron, trauersant le corps de pai t en part, passant tout au trauers
1 La date de ce rapport indique suffisamment qu'il n'a pu être publié pour la première fois que dans l'cdilion de 1585.
Di:S RAPPORTS.
du cœur. Plus vue autre grande playe faite d'estoc sur la iointure de l'espauledu bras senoslre, longue de quatre doigts ou enuiron, large de trois, profonde iusques à ladite iointure, auec incisiou des nerfs et ligamens, veines et artères dudit lieu.
Plus vne autre grande playe faite aussi d'estoc sous l'aisselle senestre, longue et large de quatre doigts ou enuiron, profonde iusques au dedans et creux de ladite aisselle, auec incision des veines, artères et nerfs. Plus deux autres plaies faites aussi d'estoc, situées en la poitrine, vn peu plus bas qu'eu la niammelle senestre, longues et larges d'vn pouce ou enuiron , et profondes iusques en la capacité du thorax. Plus vne autre grande playe faite d'estoc, située prés la mammelle dextre, longue et large de quatre à cinq doigts, profonde seulement iusques aux costes. Plus vne autre petite playe prés ladite mammelle dextre, pénétrant aussi sur les costes. Plus vne autre playe faite de taille sur le coude dextre , grande de trois doigts ou enuiron, et large de deux , profonde iusques aux nerfs et ligaraens de la iointure dudit coude. Plus vne autre playe faite pareillement d'estoc au flanc dextre, longue et large d'vn pouce ou enuiron, et peu profonde. Plus vne autre playe faite aussi d'estoc à la main dextre, au doigt nommé Médius, auec incision totale de l'os de sa première iointure, pénétrant le métacarpe.
Pour raison de toutes lesquelles playes, certifions mort subite luy estre aduenue.
Fait sous nos seings manuels le dimanche 7. aoust mil cinq cens quatre vingts trois.
Ambroise Paré , lehan Cointeret, et lehan Charbonnel.
Rapport d'vn coup orbe qui aura rompu et enfoiwd les vertèbres de l'espinc , ou fait playe en la moclla de l'espine ' .
La moelle de l'espine du dos estant comme vn ruisseau coulant du cerneau , est faite pour la distribution des nerfs qui deuoient donner sentiment et mouuement à toutes les parties situées au dessous de la teste : et alors que ladite moelle est blessée , suruiennent plusieurs et pernicieux accidens, et selon iceux le Chirurgien fera son rapport. A scauoir, si les bras et mains du malade sont slupides, paralytiques, sans les pouuoir remuer, et aussi qu'en les piquant ou serrant le malade ne sent rien , c'est signe que les nerfs qui sortent de la 5. 6. 7. vertèbres du col sont offensés. Semblablement quand tels accidens se trouuent aux cuisses, iambes, et aux pieds, auec refroidissement , et que le malade laisse sortir ses excremens inuolontairement, sans les sentir, ou qu'ils soient retenus du tout : cela monstre que les nerfs qui sortent des vertèbres 4^is lombes et os sacrum sont offensés, et que tous ces accidens prouiennent à cause que la faculté animale ne peut reluire par les nerfs , dont s'ensuit resolution , et par conséquent difficulté de sentir et mouuoir aux parties où ils sont distribués : qui fait que les muscles de la vessie et siège ne font plus leur action naturelle, qui est d'ouurir et fermer.
Et si tels signes apparoissent , fais ton rapport que bien tost le malade mourra , et principalement s'il a difficulté de respirer 2.
1 C'est ici que l'édition de 1585 plaçait son chap. 2, sans aucun litre, et le titre actuel relégué en marge.
» Hippocrates , 2. pro, — A. P.
Itapporl d'viie femme grosse ayant esté blesxée au rentre^ .
l'ay tel , par le commandement de monsieur le grand Preuost deTHostel, mo suis transporté en la rue Saint Honoré, en la maison de monsieur M., où i'ay Irouuévnedemoiselle nommée Marguerite , gisante au lit , ayant vne grande fléure , conuulsion , et flux de sang par sa nature : à raison d'vne playe qu'elle a receuë au ventre inférieur, située trois doigts au dessous du nombril , partie dextre , laquelle pénètre en la capacité d iceluy, ayant blessé et percé sa matrice, au moyen de quoy est accouchée deuant son terme prefix d'vn enfantmasle, mort, bien formé de tous ses membres, lequel enfant a aussi reçu le coup à la teste, pénétrant iusques à la propre substance du cerueau. Et pour ce ladite damoiselle en bref mourra , ce que tout certifie estre vray, tesmoing mon seing mamiel cy mis ce, ele.
I'ay bien voulu mettre ce rapport, à fin d'instruire le ieune Chirurgien à faire rapport à messieurs de la lus lice en tel cas, si l'enfant est formé de tous ses membres ou non, à fin qu'ils donnent tel iugement qu'ils verront estre nécessaire : pource que la punition doit estre plus grande ayant fait auorter vne femme l'enfant estant bien formé, à raison quel'ame y est infuse, que s'il n'estoit encore accompli de tous ses membres : car lors l ame n'est encore entrée au corps.
Ce que i'ay monstré cy deuant , parlant de l'Ame, de l'opinion de Moyse et de S. Augustin 2, disant que si quelqu'va frappe ou pousse vne
' Ce rapport , avec les réflexions qui s'y rapportent, a été ajouté en 1579.
« Exode 22. — S. Augustin 80. — A. P.
lÉME LIVr.F, ,
femme enceinte, ei qu'elle on aiiorlo, si ren''ant est ja rormé,qu'il en perdela vie : mais s'il n'est encore formé, qu'il soil condamné à amende pécuniaire.
Exemple de rapport d'vn en fantestaruestouffé ' .
Il y a grande apparence que le petit enfant mort aura esté eslouffé par sa nourrice, qui se sera endormie sur luy en l'allaiclant, ou autrement par malice , si ledit enfant se portoit bien, et ne se plaignoit de rien au précèdent : s'il a la bouche et nez pleins d'escume : s'il a le reste de la face non palle et blaffarde , mais violette et comme de couleur de pourpre : si ouuert, est trouué auoir les poulmons pleins comme d'air escuraeux.
Exemple d'vn rapport d'vn corps mort par tonnerre et fouldre.
Il peut escheoir qu'on soit en doute si vn corps trouué mort par la campagne, ou seul en vne maison, est mort de foudre, ou autrement. Parquoy estant appellé par lustice pour en faire rapport, concluras par ces signes qu'il est mort de foudre. C'est que tout corps frappé et mort de foudre sent vne odeur fascheuse et sulphurée , qui fait que les oiseaux et chiens n'en osent approcher, encore moins gouster : la partie frappée de foudre souuent demeure entière sans apparence de playe, et neanlmoins les os se trouuent comminués et brisés au dedans : que s'il adulent qu'il ait playe apparente , subit qu'on la touchera, on la sentira sans comparaison plus froide que le reste du corps, comme dit Pline 2 : pource que subit Ja substance spiritueuse tou-
1 Cet article a été ajouté en 1679. .' » Liu. 2. ehap. 24. — A. P.