‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 405 sur 515 · DES RAPPORTS · texte numérisé non relu

DES RAPPORTS

chc'e est dissipée par le vtfnt 1res subtil et violent que la foudre chasse et pousse tousiours douant soj : aussi la foudre laisse lousiours certaine marque de brusleure, pource que nulle foudre est sans l'eu, soit en bruslant ou en noircissant. Or comme ainsi soit que tous animaux frappés de foudre tombent de l'autre coslé, le soul homme no meurt point du coup, s'il ne tombe sur la partie frappée de foudre, ou s'il n'est tourné par force du costé dont la foudre vient.

L'homme qui en veillant est fiappé de foudre demeure les yeux fermés :

au contraire ils luy demeurent ouuerts s'il est foudroyé en dormant, comme dit Pline i.

Philippes de Comines a laissé par escrit que les corps frappés de foudre ne sont point suiels à corruption comme les autres : et que partant les anciens n'auoient de couslume les brusler ny enterrer. Car ainsi que le sel garde de corruption les corps qui sont salés, ainsi le soulphre que la foudre charge et porte quant et soy, -entretient long temps les corps en leur estre, sans pourriture, pour la chaleur ignée et seicheresse toute contraire à la pourriture.

Pour faire rapport infaillible qu'vn corps soit mort de peste*.

C'est qu'on trouue vne grande mollesse en tout le corps, à cause d'vne putréfaction indicible, laquelle durant la vie rendoit le corps fort lasche et mollasse , et après la mort elle s'augmente encore d'auanlage comme estant venue à sa perfection.

Aussi tels corps se rendent pourris et puants subitement. D'auantage, à

plusieurs après la mort apparoissent bubons, charbons et pourpre qui estoient cachés dedans le corps : à raison que la chaleur putrcdineu.se, qui s'engendre par la pourriture, pousse et iette hors de la peau les excremens desquels sont fails les bubons, charbons et pourpres. Plus , on voit la couleur du nez, des oreilles et des ongles plus noire, et mesmement tout le corps, qu'elle n'a accoustumé d'estreaux morts d'autres maladies.

Semblablemcnt le visage est fort hideux à regarder, et à bien grande peine le peut on reconnoistre : et qu'en peu de temps le corps se corrompt et pourrit , accompagné d'vne puanteur cadauereuse, et principalement en temps chaud. Si telles choses se monstrent, fais ton rapport que le malade est mort de peste.

y4utre rapport d'vn corps troiiué mort et blessé, ou noyé , ou pendu après sa mort ' .

Semblablement le Chirurgien peut estre appellé pour faire rapport d'vn corps mort, ayant des playes pénétrantes dans le corp}, et autres uun, pour sçauoir s'il les a receuës estant vif ou après la mort. Donc si les playes luy ont esté faites pendant qu'il viuoit , elles seront trouuèes rouges et sanguinolentes, et les léures d'icelles tuméfiées et prombines.

Au contraire, si on les luy a données après la mort , elles ne seront rouges sanglantes, ny tuméfiées, ny liuides : parce que le corps estant mort, Nature cesse toutes ses œuures, et n'enuoye plus de sang ny esprits aux lieux vulnerés. Et partant le Chirurgien fera son rapport que les playes auront esté données pendant la vie ou

* Plin. au lieu me.me. — A. P.

Article ajouté en lô8&.

1 Nous retombons dans le texte de 1675; mais ce titre n'a ét6 ajouté qu'en 1579.

660 l'E VINGT-SlîJ

après la mort, selon les signes qu'il Irouuera.

Pareillement si le Chirurgien est appelé pour faire rapport d'vn corps mort trouué pendu, soauoir s'il a esté pendu vif ou mort. S'il a esté pendu vif, le vestige du cordeau à lu circonférence du col sera trouué rouge, liuide et noirastre, et le cuir d'autour amoncellé, replié et ridé, pour la compression qu'aura faite la corde :

et quelquesfois le chef de la trachée artère rompu et lacéré, et la seconde vertèbre du col hors de sa place.

Semblablement les bras et iambes seront trouuées liuides, et toute la face , à raison que tous les esprits tout à coup ont esté suffoqués : aussi pareillement il sera trouué delà baue en la bouche, et delà morue yssant du nez, là enuoyée tant par l'expression du poulraon eschauffé et suffoqué, que par la commotion conuulsiue du cerueau, de mesme qu'en l'epilepsie. Au contraire, si le personnage a esté pendu estant mort, on ne trouuera les choses telles : car le vestige du cordeau ne sera rouge ny liuide, mais de couleur des autres parties du corps, à cause qu'après la mort , la chaleur ny esprits ne sang ne courent plus aux parties blessées. Pareillement la teste et le thorax sont trouués pleins de sang K

D'auantage, si le Chirurgien est appelé pour faire rapport d'vn corps mort tiré hors de l'eau, pour sçauoir s'il a esté noyé vif ou ietté en l'eau mort. Les signes qu'il aura esté ietté vif, sont qu'on trouuera l'estomach et le ventre remplis d'eau , et sort du nez quelque excrément morueux , et

1 Ces derniers mots : pareillement, etc., qui se rapportent manifeslemenl au cas de pendaison durant la \ie, ont été ajoutésen 1685.

riÉMP: LIVRE ,

par la bouche escuraeux et baueux , et le plus souuent saignera du nez.

D'abondant il aura l'extrémité des doigts et le front escorchés , à raison qu'en mourant il gratte le sable au fond de l'eau , pensant prendre quelque chose pour se sauuer, et qu'il meurt comme en furie et rage.

Au contraire s'il a esté ietté en l'eau mort, il n'aura aucune tumeur en l'estomach , ny au ventre, parce que tous les conduits sont affaissés et estoupés , et qu'il n'inspire plus, et aussi n'aura morue au nez, ny baue en la bouche, ny vestige aux doigts ny au front Parquoy, selon ces signes, le Chirurgien pourra faire rapport fidèlement des corps morts trouués en l'eau, s'ils ont esté iettés morts ou viuans. Et quant aux corps morts qui s'esleuent sur l'eau , c'est adonc qu'ils sont ja cadauereux et remplis d'air, qui les fait esleuer sur l'eau comme vne vessie remplie de vent.

Or quant à faire rapport si vne personne est morte de venin ou non, on le pourra faire par les signes cy dessus escrits au liure des Venins'^

1 Ces mots : mj au front, ont été ajoutés en

2 II y avait ici dans l'édition de 1575 un fort long article retranché dès 1579, et commençant par cette plirase, qui en indique très bien l'objet :

« Or quant à faire rapport si vne personne est morte de venin ou non, il est fort difficile à cognoisire, si ce n'est par coniectures qu'on prendra parce petit discours. »

Nous allons analyser rapidement ce petit Discours, indiquant seulement les endroits du livre actuel de* Fenins où le texte en a été reporté ; mais nous rencontrerons chemin faisant des passages supprimés d'une haute importance , et que nous reproduirons avec le plus grand soin.

L'auteur commençait donc par exposer son but en témoignant son horreur pour les

Page 1