DES RAPPORTS
Exemple de rapport de ceux qui aitrout esté en danger d'eslre esloitlfés par la vapeur et fumée du feu de charbon.
Le 10 de mars 1575 , ie fus appelle auec monsieur Greaulme, Docteur
inuenteurs de poison cl de la diabolique poudre à canon; sauf cctle assimilation de la poudre aux poisons, on retrouvera les principaux traits de ce paragraphe au chapitre I" du livre actuel des Funins,
Puis il indiquait les signes généraux des poisons : Nous cognoissons en gênerai vn homme auoir esté empoisonné, etc.; c'est presque absolument le premier paragraphe du chap. 5 du livre actuel , terminé par ces mots : la racine eut au cueur.
« Quant aux iigiies de venin de chaude, froide, seiche, et humide qualité, i'en uy traicté sujjisamment par cij-deuahi , » ajoutait- il, etil renvoyait en marge au liure des Venins. Après quoi venant aux poisons en particulier, il traitait successivement de VyJpium risus , du JYapellus , du Solanum manicum , de Vylconit , de la lusquiame , des Champignons , de VEphemernm , de la Mandragore et du Paiiot noir. Tout cela a été reproduit en 1579 au chap. 44 du livre des Venins, avec des additions trop peu importantes pour que nous nous attachions à les préciser. Seulement on voit qu'en 1!)75 Paré avait passé sous silence Xa^ ciguë, 1'//' et le noyer; il avait été aussi fort bref sur l'aconit. En revanche, il avait un article sur la Salemandre, qui manque dans toutes les autres éditions ; le voici :
« Salemandre.
« Ceux qui ont pris de la salemandre tombent en vne grande inflammation de la langue, et deuiennent brets ou bègues : ils sentent tout le corps amorti, et tombent en vn frisson et tremblement, en vne résolution cl paralysie de tout le corps : sur la plus part des parties de leur corps aduienncnt des lâches blanches, qui deuiennent rouges et puis noires : lesquelles en fin tombant en pourriture, font tomber le poil de tout le corps , mcsme si le poison demeure
Uegent en la faculté de Médecine, en la maison de monsieur du Ilamel, Aduocat en la Cour de Parlement à Paris, vour visiter et faire rapport de deux siens seruileurs , l'vn Clerc, et l'autre palefrenier, lesquels on esti-
gucres dans le corps, ils tombent en pièces. Le bezabar sont les œufs de la tortue tant marine que terrestre : aussi le ius de grenouilles dans lequel on aura cuict la racine d'eryngium. »
Entre l'histoire de la mandragore et du pauot noir, il avait placé l'histoire de Vorpin; et bien qu'il y soit revenu au chap. 46 du livre actuel des Venins, le texte est assez différent pour mériter d'être reproduit,
« Orpin,
« L'orpin, ou orpiment^ que les Grecs appellent Arsenicum , la sandaracha, causent non seulement de grandes passions et érosions en l'eslomach et boyaux, mais aussi engendrent vne altération insatiable, vne aspreté grande à la gorge et en la bouche auec vne toux, difficulté et puanteur d'haleine, conioincle à vne dysenterie et suppression d'vrine. Vrayement l'arsenic a vne vertu si corrosiue que mesme appliqué par dehors, il ronge la racine des cheueux et les fait tomber, comme escrit Dioscoride. Son bezahar est la pouldre du crystal minerai , bien puluerisee, prenant vne drachme de cesie poudre auec l'huile d'amandes douces , comme escrit le Conciliator. »
Après le pauot noir, vient l'histoire du Reugal , ou liisalgar, à très peu prés telle qu'on la lit encore aujourd'hui au chap. 46. Puis immédiatement un long article consacré au bezahar, et dont le commencement, jusques et y compris l'histoire du cuisinier empoisonné, a été reproduit presque textuellement dans le chap. 45 du livre actuel ; il faut en excepter toutefois un passage du paragraphe qui précède cette hisloire, où, à la place de la citation de Mathiole et d'Abdanalaracb, l'auteur disait seulement.
« Car quant à ce qu'en escrit Mathiole sui le cinquiesme de Dioscoride , est pour la plu
moit estre niorls : parce que outre ce qu'il n'y auoil aucune apparence de pouls en eux, ils auoieut vne froi-
parl fabuleux et sans ordre, expérience, et distincle cognoissance. »
Mais après celle histoire du cuisinier, l'édilicn de 1575 en contenait deux autres, retranchées depuis, et dont la première surtout a un intérêt capital pour l'histoire d'A. Paré. On ne savait pas qu'à tous ses périls, SCS souffrances, après avoir été mordu d'une vipère , attaque de la peste, il avait encore réuni celle terrible et douloureuse épreuve de passer par le poison. Et d'un autre côté, un mot de cette histoire ignorée semble trancher d'une manière décisive la question de savoir si, du moinsà une époque de sa vie, Paré avait été huguenot. Voici le texte fidèle des deux histoires :
'< Apres la prise de Rouen me Irouuay à disner en quelque compaignie , où en auoit quelques vns qui me hayoyent à mort pour la Religion : on me présenta des choux où il y auoit du sublimé ou arsenic : de la première bouchée n'en apperceu rien : la seconde, ie senti vne grande chaleur et cuiseur, et grande astriction en la bouche, et principalement au gosier, et saueur puante de la bonne drogue : eU'ayanl apperçeuë, subit ie pris vn verre d'eau et de vin, et lauay ma bouche, aussi en auallay bonne quanlilé, et promptement allay chez le proche apolicaire : subit que fus parti, le plat aux choux fut ietté en terre. Là donc chez ledit Apolicaire ie vomi, et tost après beu eniiiron vn posson d'huile, et la garday quelque temps en mon estomach, puis derechef la vomi : ladicle huile empescha que le sublimé n'adhcrast aux parois de l'estomach : cela faict, ie mangeay et beu assez bonne quanlilé de laict de vache, auquel auois mis du beurre et le iaune de deux œufs : et voila comme ie me garanti de la main de l'empoisonneur : et depuis ne voulu manger dés choux, ny autre viande en ladicle compagnie.
« Monsieur de Castellan , Médecin ordinaire du Roy, et maistre lean d'Amboise, Chirurgien ordinaire du Roy, et moy, fus-
lEME LIVRE ,
deur vniuerselle de tout le corps»
sans parler, et sans mouuoir aucunement : ayans au reste la face teinte
mes enuoyez pour ouurir le corps d'vn certain personnage qu'on doubtoit auoir esté empoisonné, à cause qu'auparauant souper faisoil bonne chère, ne se ressentant d'aucune douleur. El tost après souper disoit sentir vne grande douleur en l'estomach, criant qu'il esloulToit, et tout le corps deuinl iaune et enflé, ne pouuanl auoir son haleine , et halcloit comme vn chien qui a grandement couru : parceque le diaphragme (principal instrument de la respiration) ne pouuanl auoir son mouuement naturel , redouble incontinent, et fait hasler le cours de la respiration et expiration : puis luy suruint vertigine, spasme, et défaillance de cœur, et parconsequenl la mort. Or véritablement le malin on nous présenta le corps mort, lequel esloil tout enflé , ainsi qu'vn mouton qu'on a soufflé pour l'escorcher. Ledict d'Amboise fisl la première incision, et me retiray en arrière, sçachant qu'il en sorliroit vne exhalation puante et cadauereuse, ce qui se feit, dont tous les assistans à peine la pouuoyenl endurer : les intestins, et généralement toutes les parties intérieures esloyenl fort enflées et remplies d'air : et ainsi trouuasmes grande quanlilé de sang espandu entre les entrailles, et en la capacité du thorax, et fut conclu que ledict personnage pouuoit auoir esté empoisonné du poison crapaudin.
» Les remèdes contre telle poison ont esté déclarés cy-deuant, au liure des piqueures et morsures de bestes vénéneuses, »
Il s'agit là du venin du crapaud , et je ne sais pourquoi Paré n'a pas fait usage de celle histoire dans ses éditions nouvelles, au lieu de celle qu'on lit au chap. 32 du livre des Fenins et qu'il rapporte sur un ouï-dire.
Enfin, après ces deux histoires, nous rencontrons un long passage sur les venins baillez par odeurs et parfums, et qui a été transporté tout entier à la fin du chap. Il du livre des J^enins actuel. Il n'y a eu d'ajoulé en 1579 que l'histoire des deux Thériaeleurs , d'après Mathiolc, et le vœu de Paré que les
DK5 BAPPORTft,
de couleur plombine, de fait que lors que ie les pinçois ou tirois le poil rudement, ils n'en sentoient rien i tellement que tous les assistans les estiraoient eslre morts. Mais la dispute estoil sur la façon de mort : car leiHl du Hamol disoit iceux auoir esté estouffés : autres pensoient qu'ils se fussent meurdris l'vn l'autre, autres philosophoient iceux auoir esté surprins d'apoplexie. le demanday s'ils auoient point fait du feu de charbon, à quoy vn cbacun me respondant n'en sçauoir rien , ledit du Hamel presto l'oreille à ce propos , et s'auança luy mesmc de cLercber en leur estude (qui estoit fort petite et bien close) où il trouua sous la table vne grande terrine où il y auoit encore quantité de charbon , non du tout bruslé. Quoy veu , fut de tous conclu et arreslé que la cause de tel desasire ne prouenoit d'ailleurs que de la fumée maligne du charbon ardent, qui les auoit ainsi assopis et estouffés. Parquoy leur ayant posé la main sur la région du cœur , et tant par la chaleur qui y resloit encore assez manifeste que par le petit battement qui s'y apperceuoit, ayant conneu iceux estre encore en vie, fut aduisé de les secourir promplement. Pour à quoy paruenir, on leur fît par artifice ouurir la bouche ( qu'ils tenoient fort close, et les dents serrées) en laquelle, tant avec vue cuiller qu'auec vne syringTie, on ietla de l'eau de vie rectifiée en laquelle on auoit fait dissoudre de la hiere et theriaque,pour la leur faire aualler : lors ils commencèrent à se mouuoir, et ielter certains excrcmens pituiteux
parfiimcurs empoisonneurs fuaseril clwssés hors (lu /imjfiume de rrance, et envoyés iiucc Ici l'urcx el iiifl lcles.
et visqueux , tant par la bouche que par le nez : puis commencèrent à raller, comme l'on oit choux boiiillans dans vn pot. Adonc on leur fit aualler des medicamens vomîtoîres, et bonne quantité d'oxymel, leur battant de la main et genoùil assez rudement sur le dos, vers la dernière vertèbre d'iceluy et première des lombes, auquel lieu respond l'orifice du ventricule se retournant en la partie postérieure : à fin que tant par la vertu de ces vomitoires, que par la conuulsion de l'estomac, ils fussent contraints à rendre gorge : ce qui aduint, et ietterenl du phlegme visqueux, de couleur iaune , aucc sang spumeux. Pareillement leur fut ietté auec vn tuyau de plume d'oye de- .
dans le nez, de la poudre d'euphorbe, à fin de stimuler la vertu expulsiue du cerueau à se descharger , et par ce moyen tost après esternuerent , et ietterent grande quantité de morue par le nez : à quoy ils furent encore d'auantage esmeus par de l'huile de menthe, tirée par quinte-essence, leur en estant frotté le palais , voire iusqu'à la gorge et gosier , d'vne plume de laquelle l'empan auoit esté graissé de quelques gouttes de ladite huile.
Au reste leur fut pourueu par frictions faites aux bras , cuisses et Ïambes, et le long de l'espine du dos :
aussi par clysteres acres et forts , par le moyen desquels se deschargea leur ventre copieusement : et lors commencèrent à parler et reuenir à soy, et à boire, et manger , et retourner à leur natiirel peu à pou : en l'exécution de toutes lesquelles choses fusmes merueilleusement bien aidés par lacqtics Giiillemeau , Chirurgien iuré à Paris', et maistre lean de Saint-
' Ls nom de Guiiicmeau n'a &16 ajouté ici
Germain, raaislre Apolicaire à Paris, Iionune de bien et secourable des malades. Sur l'aprés-disnee furent appelés Monsieur Thibault, et Monsieur Hautin, Docteurs Regens en la faculté de Médecine (hommes doctes, tant en la Médecine qu'en la Chirurgie] pour consulter auec nous de ce qui resloii: à faire : lesquels ayans de point en point approuué tout ce que nous auions fait , furent d'aduis auec nous de leur pouruoir quant au reste , par cardiaques restauralifs et conforlalifs d'esprits , pour suruenir aux parties tant vitales qu'animales manifestement offensées.
Le reste de la consultation fut consommé sur la recherche de la cause d'vn tel effect : car que les hommes puissent estouffer de la fumée de charbon allumé , ce n'est cbose fort nouuelle , alieguans auoir leu dans Fulgose, liure 9. chap. 12, Volaterran liure23,dans Egnatius, que louian Empereur se bastant pour aller à Kome, en temps d'hyuer , se sentant las et trauaillé du cbemin , s'arresta pour loger en vne petite bourgade, nommée Dadastanes , qui est entre Galatie et Bilhynie,où il coucha en vne chambre nouuellement bastie et enduite de chaux, où l'on auoit fait brusler force charbon pour seicber ladite chambre : fut sur la minuict estouffé de la vapeur dudit charbon, le huitième mois de son Empire, quiestoit le trentième de son aage, et le vingtième iour d'Aoust.
Mais icy ne nous faut tant soucier de la preune des anciens, attendu que de récente mémoire, en la maison de lean de Begine, maistre Orféure à Paris, demeurant sous la tournée du
qu'en 1579, bien que l'histoire ait paru en
r-K VJNGT-SEPTIKME LIVRK
pont au Change, moururent trois de ses seruiteurs, pour auoir fait du feu de charbon en vne petite chambre où il n'y auoit point de cheminée : et qui en voudroit faire recherche, on trouueroit grand nombre de telles histoires.
Quant aux causes, celles cy furent mises en auant. Aucuns estimèrent tel accident se faire seulement par la vapeur du charbon allumé , laquelle enclose en vn lieu non ventilé, donne à celuy qui la reçoit tels ou presque semblables accidens comme fait la vapeur du vin nouueau, sçauoir douleur de teste et verliginosilés. Car ces deux vapeurs ont puissante de bien tost remplir l'origine drs nerfs , et faire grandes conuulsions , parce qu'elles sont chaudes et de substance espaisse. Et parlant Hippocrales, parlant des accidensquiprouiennenl de la vapeur de vin, a hardiment prononcé ces mois : Siebrius quispiain derepente ohmutuerit, conmdsus moritur, nisi febre corripiatur, aut nisi vocem recuperel iunc cum crapulœ soluunttirK Si quelqu'vn ayant fort beu , iusques à s'estre enyuré, perd la parole à coup et soudainement : si la fiéure ne luy suruient, ou s'il ne recouure la parole à l'heure qu'il peut et doit auoir cuué, dormi, et digéré son vin, il meurt par conuulsion 2. Autant en peut on dire de la vapeur du charbon occupant Je cerneau de ces deux malades, lesquels soudainement faits muets , immobiles et insensibles comme yurongnes , fussent morts , si par remèdes chauds mis en syringues par la bouche et le nez , on n'eust atténué l'espaisseur de la vapeur, et
1 Aphor. 5. — A. P.
« Celte traduction de l'aphorisme a 616 ajoutée en 1679.
DKS RAPPORTS.
cxcilë la faculté expullrice pour iet ter hors ce qui liiy nuisoit. El combien qu'il semble de prime face , que par rinspiralion do la vapeur maligne le poulmon soit blessé plus que toutes autres parties, toutes fois que le plusg-rand mal qui en aduieiit aux poulmons en ce cas cy venoit principalement pour la connexion et mutuelle amitié et accord qu'il a auec le cerneau, lequel esloit grandement offensé : car ces deux malados tout subit furent faits muets, priués de sens et de mouuement, chose qui adulent au malade quand la première origine des nerfs est occupée do quelque matière estrange que ce soit, et non pas quand les poulmons sont offensés. Et tout ainsi que les apoplectiques ne meurent sinon que par faute de respirer , combien que le poulmon en soy ne soit offensé : ainsi de ceste maladie ces deux malades fussent morts faute de respirer, non pour vice du poulmon , mais pour le cerueau et nerfs blessés, qui donnent à tout le corps mouuement et sentiment, et principalement aux instrumens de la respiration.
Lesautresestimoientquetcllechose pouuoit aduenir , non du vice du cerneau, mais par défaut de l'esprit vital, lequel n'estant plus porté du cœur au cerueau, à cause des conduits du poulmon bouchés, ne pouuoit plus fournir de maliere à l'esprit animal.
Parquoy,disoient-i!s, ces ieunes liommes mouroient suffoqués par faute de respiration , sans laquelle ia vie est nulle : car outre ce, qu'en tel cas le cœur ne se pouuoit descharger des e.xcremens fuligineux, le poulmon restant bouché de ceste crasse et espaisse fumée de charbon , l'inspiration ne sefaisoit bonnement , de tant qu'elle se fait d'air ambiens, qui pour
faire ce qui est requis, sçauoir est, tempérer l'ardeur du cœur, doit auoir quaire conditions: la première, qu'il soit attiré eu compétente quantité, la seconde, qu'il soit frais de qualité, la tierce, qu'il soit de consistence ténue et subtile , la quarte, qu'il soit de substance douce et bénigne. Or toutes ces quatreconditionsdefailloient pour lors à l'air qui estoit attiré par ces deux ieunes hommes : car premièrement il n'ostoit en quantité compétente, de tant qu'en ceste petite eslude , si peu qu'il y en auoit, esloit deuoré par le feu de charbon allumé, comme celny d'vne ventouse par la chandelle flamboyai) te : secondement, il n'ostoit frais de sa qualité, ains eschauffé et comme igniflé par l'ardeur du feu allumé : tiercement, il n'estoit de consistence ténue, ains crasse et espaisse, espaissi par le meslangeetpermixtion des vapeurs grossières du charbon : car telle est la natin-e de l'air et de tous autres corps ténus de leur nature, d'estre aisément altérés, et receuoir promptement la forme de tous corps qui les abordent : quartement, il n'estoit de substance douce et bénigne, ains maligne, à cause que le charbon est fait de bois allumé en vue fosse en terre, et estouffé, estant esteiut en sa fumée raesme, comme entendent ceux qui ont hanté les charbonnières.
Or toulesfois , pour conclure quelque chose sus ces opinions qui semblent aucunement différentes, tous deux auoieut raisons pertinentes de se maintenir en leur aduis. Car pour le moins il est tout euident que les conduits qui sont communs des parties pectorales au cerueau , estoient bouchés de la crassitie et espaisseur de telle vapeur charbonnière, dont aduenoit que les vues et les autres
LE VINGT-SEPTIEME MVRE
parties esloîenlmal affectées : comme ainsi soit que telles parties , ni autres quelconques de nostre corps, ne puissent demeurer en leur intégrité sans l'aide de l'autre , pour la grande colligance et intelligence qu'a tout le corps en soy eten ses parties. Parquoy les artères carotides et ventricules du cerneau , et bronchies du poulmon estans ainsi estoupées, et l'entrée au cerueau estoit déniée à l'esprit vital , et l'issue à l'esprit an'mal , dont s'ensuiuit le défaut de toutes les facultés nécessaires à la vie.
Rapport des filles, si elles sont vierges ou non i.
Or quant à faire rapport si vne fille est pucelle ou non, cela est fort difQ-
• Cet article est une addition de 1579.
Laurent Joubert a agité fort longuement celte question dans son traité des Erreurs populaires, publié à Bordeaux en 1670, liv. V, chap". 4, s'il y a certaine coynoissance dnpucellage d'vne fille , et il conclut par la négative comme Paré. Je renverrai à l'ouvrage môme ceux qui voudront suivre celte discussion; mais il ne sera pas sans intérêt, puisqu'il s'agit ici de Rapports, de reproduire trois rapports sur ce sujet qu'il nous a conservés. Le premier est fait par des matrones béarnaises.
A''ous louanne del Mon, et lotianneVerguire, et Beairix Laurade, de la parroquie d'Espoire en Bearn, matrones et meijroulieres , inlerrogades et esprouuades. Cerlifican à tous et à toutes que appartiendra, que par ordonnance deiuslice, et commandement du haut Magistral, monsieur Ion iuge del dit loc d' Espère, que lou quinzième tour del mes de May , l'an mil cinqcens quarante cinq, nous matrones susdittes , auen Irouuade, visilade ci reguardade Mariette de Gariynes, de l'aage de quinze ans ou enuiron, sus asso, que ladite Mariette disie , que ero forsade , desflorade , et depuiselade. De là ou nous meyroulieres sudiUes, auen tout visitât elreyardal, dam 1res canddous alacais, loucat dab las mas, et espiat dablous oucils, el
cile : loutesfois les matrones tiennent pour chose asseurée qu'elles le peuuent connoistre , parce qu'elles disent trouuer vne ruption d'vne laye , qui se rompt au premier combat venerique. Mais i'ay icy deuant monstre au liurc de la Génération ^ chap. 50. que de vingt mille femmes on ne trouue ccste taye. Partant nos matrones ne doiuent estre creuës pour leur imperilic : la preuue gist en l'expérience, et à la grandeur ou angustie du col de la matrice : mais elles y peuuent estre bien deceuës et trompées. Car selon la grandeu r du corps et de l'aage de la fille, l'ouuerture sera plus grande ou plus petite : parce que vne grande fille doit auoir son ouuerture plus grande qu'vne petite. Car toutes
arreuirai dab tous digls. Et auen trouuat, que non eron pas. Ion 1 broquadés podads , ny lou 2 haillon delougat , ny la 3 barbote abaissade , ny 4 l'cnirepé ridât, ny lou 5 reJJironvbert,ny lou G gingiberl ftndiit, ny lou 7 pepillon recoquillat , ny la 8 darne dau rnieclt retirade, ny tous très 9 desuiadés , ny lou iOvilipendis pelai, ny lou 1 1 guilleuard alargal, ny la i2 barreuidau desuiade, ny l'oz 13 berlrand romput, ny lou 14 bipendix aucunement escorgeat. Lou lou nous matrones et meyroulieres sudiltes aitisi disen per nostre rapport, etiugement adrect.
tt Voila, dil Joubert , quatorze notes qui signifient le pucellage, selon les Bearnoises. Voyons maintenant la déposition des Parisiennes, qui font leur rapport d'vne qui estoit déflorée. »
JYousMarion Teste, lane de Meatix , lane de la Guiguns , el Magduleine de la Lippue, matrones tarées de la ville de Paris , certifions à tous qu'il appartiendra , que le quatorzième iour de luin , mil cinq cens trente deux, par l'ordonnance de monsieur le Prcuost de Paris, ou son lieutenant en ladite ville, nous sommes transporices en la rue de Frepaul , ou pend pour enseigne la pantouffle , ou nous auons veue et visitée Henriette Peliciere,ieune fille, aagee de quinze ans , oit enuiron, sur la plainte pur
DES R
les parties de nostre corps se doiucnt rapporter les vnes aux autres: vne
aagéedequinze ansl'aura plus grande que celle de douze.
loubert escrlt qu'à la ville de Lectoure en Gascongne, vne fille enfanta i\ neuf ans, et est encore viuanto, nommée lanno du Perio, qui fut mariée à Videau Bêche, en son viuant lleceueur des amendes pour le Roy de Nauarre audit lieu : qui est argument qu'aucunes filles sont plus aptes à auoir la compagnie de l'homme à neuf ans qu'autres à quinze, à raison qu'elles ont leur ouuerture plus ample. Aussi celle qui aura mis quelquesfois son doigt bien profondement au col de sa matrice pour quelque prurit qu'elle y auroit , ou y auroit mis
elle faite à tustice contre Simon le Bragard , duquel elle a dit auoir esté forcée et déflorée. El le tout veu et visité an doigt et à l'œil, nous trou uons qu'elle a les 1 barres froissées, le 2 haleron demis, la 3 dame du milieu retirée, le 4 ponnautdebiffé, les b louions deuotjez, G l'eiichenart retourné, la 7 babolle abbatue, 8 l'entrepent riddé, 9 l'arriére fosse ouuerte, le 10 guilboquet fendu, le 1 1 lippon recoquillé, le 12 barbidaut tout escorché, et tout le 13 lipandis pelé, le 14 guilleuard eslargi , les 15 balunaus pendons. El le tout veu et visité fueillet par fueillet, auons trouué qu'il y auoii trace de vit. El ainsi nous dities matrones certifions estre vratj , à vous monsieur le Preuost, au serment qu'auons à ladite ville.
« En voila quinze de bon conte , poursuit Joubert, qui respondent assez bien aux quatorze signes des Bearnoises , sauf le dernier Balunaus, qui n'a son respondant que le sçache. » Et enOn il ajoute la déposition des tnatronesdcCarcassonne !
lYous outras Guillaumine et lano iuradas de la ville bassede Carcassonne, pressas d'officiper monsieur Cofjicial del dit Carcassonne, per visitar Margarite d'Astorguin, si elle ero deflorado et desuerginado , disen et allesleu à iou» aquels et aquellos que aquestas leillras