‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 41 sur 515 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

COMME LES'OEMONS NOVS PEVVENT DECEVOin.

Or iceux démons peuuent en beaucoup de manières et façons tromper

noslre terrienne lourdesse , à raison de la sublililé de leur essence, et malice de leur volonté : car ils obscurcissent les yeux des hommes , auec espaisses nuées qui brouillent nostre esprit fantastiquement, et nous trompent par impostures salaniques , corrompans noslre imagination parleurs bou ffonneries et impiétés. Ils son t d octeurs de mensonges, racines de malice, et de toutes meschancelés à nous séduire et tromper, et preuaricateurs de la vérité : et pour le dire en vn mot, ils ont vn incomparable artifice de tromperies , car ils se transmuent en mille façons, et entassent aux corps des personnes viuanles mille choses eslranges , comme vieux panneaux, des os, des ferremens, des clous , des espioes , du fil , des cheueux entortillés , des morceaux de bois, des serpens, et autres choses monstrueuses, lesquelles ils font souuenlesfois sortir par le conduit de la matrice des femmes : ce qui se fait après auoir esbloiii et altéré nostre imagination , comme nous auons dit.

D'aucuns sont nommés Incubes et Sticcitbcs : Incubes , ce sont domons qui se transforment en guise d'hommes, et ont copulation auec les femmes sorcières : Succubes , ce sont démons qui se transmuent en guise de femmes. Et telle habitation ne se fait pas seulement en dormant, mais aussi en veillant : ce que les sorciers et sorcières ont confessé et maintenu plusieurs fois, quand on les executoit à mort '.

1 Ce paragraphe a été modifié et amplifié en 1585. Les éditions précédentes portaient simplement :

.. D'aucuns sont nommés incubes el succubes, comme 7ious auons dicl: iceux sont nommés Incubes qui par fausse imagination deçoiuent les femmes en dormant , el succubes ceux qui dcçoinenl les hommes. »

tÈ DIX-NEV]

Sàîrict Aiigtislin n'a pas du tout nié que les diables transformés en forme d'homme ou de femme puissent eiércer lés œuures de Nature , et aUOir affaire àviéc lés hommes et femines pour les ailechér à luxure, tromper et déceiioir < : ce que les anciens n'ont point seulement experi monté : mesme dë noslrè teni(]is, cecy est arrlué en plusieurs prouinces , à diuerses personnes auèc lesquelles les diables ont eu affaire, transfigurés en hOmtne et fettime.

lacobus Ëucff en ses liures De conééplu et géneràtione hominis 2, tfesrhoîgUé qlife de son tettipS Vue fentnle pëtdue eut affaire auëc vil ésptit malin la nuit , ayant face d'hottime , et que subit le ventre ïuy enfla, et pensàht estre grosse, tomba en vnë ûi estrange maladie, que toutes sés entrailles tombèrent, sans que par aucun artifice dé médecin ny dé chirurgien peUsl estre secourue.

Il est éstrit le semblable d'vn séruiteiir boucher, léqUél estant profondément plongé en vaines cogitations de luxure, fut estOnhé qu'il apperceirt subit déuant lUy vn diable en figure de belle femme , auec lequel ayant èU affaire, ses parties génitales comrtiëncërent â s'enQamber , de façon qu'il luy sembloit auoir le feU ardent dedans lé corps, et mourut misérablement ^.

Or c*est vue chose absurde à Pierre de la Palludé, et Martin d'Arles, soustenir qu'au giron dé la femthe les

1 En la Cité de Dieu, au 22 , 23. chapitre, iè. liure. — A. P.

2 Chap. aefttiéf, llu. i>. — À. P.

3 Ici se terminait le chapitre dans les édiliôhS dé 1673 et 1575. Le lorig paragraphe qùisDitèl qtli fi ét6 iJldcé Ici fefi lS79, faisait àuparaVimi laflrl du fchapi(^é 3l ; et en eiïfct sa place est hièh plus logique itii kn'à l'autre endroit.

iME LIVRE,

diables laissent couler de la semence d'vn homme mort, dont vn enfant peut estre engendré , ce qui est manifestement faux : et pour reprouuer ceste vaine opinion , ie diray seulement que la semence qui est faite de sang et esprit , laquelle est apte pour la génération , estant peu ou rien transportée , est incontinent corrompue et altérée , et par conséquent sa vertu du tout esteinte, par-ce que la chaleur et esprit du cœur et de tout le corps en est absente, si bien qu'elle n'est plus tempérée, ny en qualité, ny en quantité- Pour ceste raison , les médecins ont iugé l'homme qui auroit la verge virile trop longue, estre stérile, à cause que la semence estant escoulée par vn si long chemin , est ja refroidie auant qu'elle soit receuë en la matrice^ Aussi quand l'homme se desioint de sa compagne trop subit, ayant ietlé sa semence, elle peut estre altérée en l'air qui entre en la matrice, qui cause qu'elle ne produit aucun fruit- Ainsi donc l'on peut connoistre combien Albert le Scoliaste a lourdement failli, lequel a escrit,que si la semence tombée en terre estoit remise en la matrice , il seroit possible qu'elle conceuroit. Autant en peut-on dire de la voisine d'Auerroïs, laquelle ( comme il dit ) l'auoit asseuré par serment, qu'elle auoit couceu vn enfant de la semence d'vil homme qu'il auoit ietlée dans vd baing , et s'estant baignée en iceluy elle en deuint grosse. Aussi il ne vous faut nullement croire que les démons ou diables qui sont de nature spirituelle, puissent connoistre charnellement les femmes : car à l'exécution de cet acte , la chair et le sang sont requis , ce que les esprits n'ont pas. D'auantage, comme seroit^il possible que les ësprils q[ui n'ont point de

DES IVtOlSSTllftS

corps, ptltsséiit êstfë esprls dé l'amour des femmes, et qll'ils titiisSetil engetidrei* eti idëllës ? et aussi dû il n'y a point (Ib parties gtitieriitltcs , il n*y îi aussi point de COliloticlloil : ttt oïl il n'y a Viatide llfe bt-etlildgfc , il n'y a point de setnfence : atissi là 0(1 il n'a esté nécessaire iiuoir siltcessibn et repetlptctnenl, Ifl ?fàlure n'a point baillë le tlesir d'engelidrer. D'atiarl^ tâgè , les démons sont imtnortels et eteftiels : qll'orït-ils ddlic riecessilê de cëste getiei'ation , puis qu'ils il'Oflt aff£th-é de successeurs, d'&utant qu'ils sèfotit toiifeioili-s ? Ëilcbi'e n*est-il eh la puissance de Sdtan, ny .1 seë ahgés, d'en ci-eer de nouilelies : et si airisl estoit , depiiis les Oéfflorts sbtlt cfeéS , ttii^iis eussent péù eh ëngëhdrër d'dutres , il y aUroit bieh de la diablerie sus les champs.

01' quatit à moy, iè croy que ceste prétendue ctiliabitatîtih est Ihlagiuaire, procédante d'vhe impression illusoife de Satan ».

CttAPiTHE Xtt.

EXEilll*l-Ë DE PlVSIEVP.^ ÎLltSlONS DIABOLlÇjVËS.

Et àfih qu'on hé pèhse qhèï'al-tiflce du Diable soit ahcièh, il à éhcdres pratiqué de hùstre terhps eh semblables sôrtëà , comme plusieurs 0ht Veh , et beaucoup d'hommes doctes oht escrit , d'vhe Ibft belle ieurie fllle à

ICétle tlèl-rtîère phrase est dfe 1385 ; on pciil ^•cfft!it•(il^é^ t|irellc itisistc sur ce qUc l'aiiteitr avait déjà dit dans le paragraphe précédent, mais que cette conclusion est tout-à-fait en désaccord avec ce qu'il semblait avoir eu intention d'établir an Coirlmencement du chapitre.

Ët Prodiges.

Constance, laquelle auoit nom Magdalcine , semante d'vn fort riche citoyen de ladite ville, laquelle pu blioit par tout que le diable vne nuit l'auoil cngrossie : et pour ce regard les Poteslats de la ville la firent mettre en prison, pour entendre l'issue de cost enfrintehient. L'heure venue de ,ses couches , elle sentit des tranchées " et douleurs acdOuthnlées dès femmes qui veulent accoucher : et quand les matrones furent pfestesde receuOir le frilit, et qu'elles pchsoieht qhe la matrice se déust ouurir Jl commença à sortir du corps d'icelle fille , des clous de fer , des petits tronçons de bois, de voire, des os, pierres, et cheueiix i des estoupesi et plusieurs autres choses faritastitiues et estranges, lesquelles le didble par soh artifice y auoit appliquées , pour decéuoir et erababoiiiner le vulgaire populace, qui adiouste légerettieht foy en prestiges et trohiperies.

Boistuau affirme qu'il produiroit plusiéui-s autres histoires semblables, recitées iion seulement des philosophes, mais aussi des ecclésiastiques , lestjuels confessent qué les diables par la permission de Dieu , ou pour punitiori de nos pèches , peuuent ainsi abuser des hommes et des femmes : mais (Jue de telle conionction il se puisse ehgendrer quelque créature humaine , cela n'est pas seulement faux, mais contraire 3 nOstf e religion , laquelle croit q[u'il h'y eut ohcqites homme engendré sans semence humaine , reserué le fils dè Dieu. Mesmes, comme disoit Cassianus, quelle absurdité ,rephgnancc , et confusion seroit-ce en Natiire s s'il estoit licite aux diablés de coriceuOir Q'Iiommes j et les femmes d'eux : combien^ de la création du monde iusques à pteserit^ les diables eussent produit de mons-

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