‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 422 sur 515 · ET V · texte numérisé non relu

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liorameselhoaiinesde remarque : Iiiy lut fait response que c'estoienl tous pauures soldats. Alors dist qu'il n'y auoit point de danger qu'ils mourussent , les comparant aux chenilles, sauterelles et hannetons qui mangent les bourgeons et autres biens de la terre, et que s'ils estoient g-ens de bien, ils ne seroient eu son camp pour six liures par mois, et partant qu'il n'y auoit nul danger qu'ils mourussent. D'auanlage, disoit qu'il ne parliroit iamais de deuant la ville qu'il ne la prist, par force ou par lamine, quand il deuroit perdre toute son armée : à causedu grand nombre de Princes qui y estoient enfermés, auec la plus grande part de la noblesse de France, desquels il esperoit qu'ils payeroient au quadruple sa despense, et iroit encore vne fois à Paris pour visiter les Parisiens, et se faire Roy de tout le royaume de France.

Monsieur de Guise auec les Princes, Capitaines et soldats, et generalemen t tous les citoyens de la ville, ayans entendu l'intention de l'Empereur qui estoit de nous tous exterminer : alors il ne fut permis aux soldats et citoyens, et mesme aux Princes et Seigneurs, de manger marée fraîche ny venaison : pareillement aucunes perdrix, becaces, alloiiettes, francolins, pluuiers et autres gibiers, de peur qu'ils eussent acquis quelque air poslilent, qui nous eust peu donner vne contagion : mais auroient à se contenter de l'amonilion, à sçauoir du biscuit, bœufs, vaches salées, lards, ceruelas, iambons de Maïence : semblablement poissons, comme molues, merlus, saulmons , alouses , tonnine, balaine, anchois, sardines, harencs:

aussi poix , féues , ris , ails , oignons , pruneaux, fromages, beurre, huile m.

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et sel : poyure, gingembre, maniguet, et autres espiceries pour mettre en nos paticeries : principalement des chenaux, qui sans cela auroient vn tres-mauiiaisgoust. Plusieurs citoyens ayans des iardinsenlaville, yauoient enterré grosses raues, nauets, carottes et porreaux, qu'ils gardoient bien et chèrement , pour l'extrême neces • site de la faim. Or toutes ces munitions estoient distribuées par poids, mesure etiustice, selon laqualilédes personnes, parce que nous ne sçauions pas combien de temps le siège dureroit. Car ayant entendu de la bouche de l'Empereur qu'il ne partiroit iamais de deuant Mets qu'il ne l'eust prise par force ou par famine : alors les viures furent retranchés, en sorte que ce qu'on distribuoit à trois soldais estoit baillé pour quatre : et défense à eux de vendre le reste qui pouuoit demeurer de leur repas, mais permis le donner à leurs goujats.

Et se leuoient tousiours de table auec appétit, de peur qu'ils fussent suiets à prendre médecine. Et auparauant nous rendre à la mercy des ennemis, auions délibéré démanger plustost les asnes, mulets et chenaux, chiens, chats et rais , voire nos bottes et collets, et autres cuirs qu'on eust peu amollir et fricasser. Généralement tous les assiégés délibérèrent de valeureusement se défendre auec toutes machines de guerre : à sçauoir, de braquer et charger l'arlillerie (à la pantiere de la brèche) de boulets, cailloux, clous de charrette, carreaux,et chaisnes de fer : aussi toutes espèces et différences d'artifices de feu, comme boettes, bariquades, grenades, pots, lances, torches et fusées , cercles entourés de chaussestrappes , fagots bruslans : d'abondant eau boïuUante et plomb fondu,

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et poudre de chaux viue, pour leur creuer les yeux. Anssi ciisl-on percé les maisons de coslé et d'autre pour y loger des liarcuiebtisiers , pour les ballre en flanc et les liastcr d'aller, ou les faire du tout demeurer. Pareillement on eust donné commissiou aux femmes de depauer les rues, et leur ieller par les fenes'.res des miches de saincl Eslienne, busches, tables, tréteaux , bancs et escabelles , qui leur eussent effondré la ceruelle. D'auanlageil y auoit vn peu plusauantvu gros corps de garde remparé de charïetles et palissades, tonnes et tonneaux, et bariquades remplis de terre pour seruir de gabions, entrelardés de fauconneaux et faucons, pièces de campagne, harquebuses à croq , et harquebuses et pisloles, et artiGces de feu , qui leur eussent rompu Ïambes et cuisses, de façon qu'ils eussent esté battus en teste, en flanc et en queuë : et où ils eussent forcé ce corps de garde , il y en eust eu d'autres aux carrois des rues , de cent pas en cent pas, qui eussent esté autant mauuais garçons ou plus que les premiers : et n'eusl esté sans faire beaucoup de femmes vefues et orfelins.

Et si la foi luoe eust tant voulu contre nous, qu'ils eussent fendu et rompu nos corps de gardes , il y eust eu encore sept gros hocs et basliilons ordonnés en quarréet en triangle, pour combattre tous ensemble, accompagnés chacun d'vn Prince , pour leur donner hardiesse de mieux combattre et mourir tous ensemble, iusques au dernier souspir de leur ame. U'auantage, ilsesloient tous résolus que chacun porteroit leurs thresors , bagues et loyaux, et leurs meubles les meilleurs et plusricheset plus beaux, pour les brusler en la grande place elles mettre en cendres , de peur que

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