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les ennemis ne s'en preualussent et en fissent trophée. Pareillement il y auoit gens qui eussent eu charge de mettre le feu et brusler toutes les munitions , ensemble d'effondrer aux caues tous les vaisseaux à vin : autres de mettre le feu en chacune maison, pour brusler nos ennemis et nous ensemble. Les citoyens l'auoient ainsi tous accordé , plustost que de voir le Cousteau sanglant sur leur gorge et leurs femmes et filles violées et prendre à force, par les Espagnols cruels et inhumains.
Or nous auions certains prisonniers que monsieur de Guise renuoya sur leur foy , ausquels tacilurnement on auoit voulu qu'ils conceussent nostre dernière volonté et desespoir, lesquels estant arriués en leur camp, ne différèrent de la publier : qui fut cause de refréner la grande impétuosité et volonté des soldats, de non plus vouloir entrer dans la ville pour nous couper la gorge, et s'enrichir de nostre pillage. L'Empereur ayant entendu ceste délibération de ce grand guerrier monsieur de Guise , mil de l'eau en son vin, et refréna sa grande cholere, disant qu'il ne pourroit entrer en la ville sans faire vne bien grande boucherie et carnage, et espandre beaucoup de sang, tant des defendansque des assaillans , et fussent tous morts ensemble , et à la fin il n'eust sceu auoir autre chose que des cendres : et qu'après on eust peu dire que c'eust esté vne pareille destruction que celle de la ville de lerusalem, faite jadis par Titus et Vespasian. L'Empereur donc ayant entendu nostre dernière resolution , et voyant le peu qu'il auoit auancé par sa batterie, sappes et mines, et la grand' peste qui estoit en tout son camp, et l'indisposition du temps , et la nécessité de viures et
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d'argent, cl que ses soldats se desbandoieiit et par grandes troupes s'en alloient ; conclud en fin se retirer, accompagné de la cauallerie de son auanl-garde, auec la plus grande part de son artillerie et delà bataille. Le Marquis de Brandebourg fut le dernier qni deslogea , soustenu de quelques bandes d'Espagnols, de Boëmiens, et ses compagnies d'Allemans, et y demeura aprt^s vne iournée et demie, au grand regret de monsieur de Guise , lequel fit sortir de la ville quatre pièces d'artillerie qu'il fit tirer sur luy à tort et à Irauers, pour le haster d'aller : ce qu'il fit bien tost , auec toutes ses troupes. Estant à vn quart de lieuë de Mets, fut espris d'vne frayeur, craignant que nostre cauallerie ne luy donnast sur la queue : qui fut cause qu'il fit mettre le feu en ses poudres de munition , et laisser quelques pièces d'artillerie, et beaucoup de bagage qu'il ne sceut faire mener, pource que l'auant-garde et la bataille et les gros canons auoient rompu etetîondré les chemins. Nostre gendarmerie vouloit à toutes forces sortir de la ville pour luy aller donner en queuë : mais monsieur de Guise ne le voulut iamais permettre , ains au contraire leur dist qu'on leur deuoit plustost applanir les chemins, et leur faire des ponts d'or et d'argent pour les laisser aller, ressemblant au bon pasteur et berger, qui ne veut perdre vne seule de ses ouailles.
Voila comme nos chers et bien aimés Impériaux s'en allèrent de deuant Mets, qui fut le lendemain de Noël , au grand contentement des assiégés, et loiiange des Princes, Seigneurs, Capitaines, et soldats, qui auoient enduré les trauaux de ce siège l'espace de deux mois. Toulesfois ne s'en allèrent pas tous, il s'en fallut
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plus de vingt mille, qui estoient morts tant par l'arlillerie et coups de main, que de la peste, du froid, et de la faim (et de despit et grand rage qu'ils ne pouuoient entrer en la ville pour nous couper la gorge, et en auoir le pillage) et aussi moururent grand nombre de leurs cheuaux, desquels en auoient mangé ià plus grand part, en lieu de bœuf et de lard. On alla où ils auoient campé, où l'on trouua plusieurs corps morts non encore enterrés , et la terre toute labourée, comme l'on voit le cimetière sainct Innocent durant quelque grande mortalité. En leurs tentes, pauillons et loges, y auoient laissé pareillement plusieursmalades. Aussi boulets, armes, charrettes, chariots et autres bagages, auec vn grand nombre de pains de munition, gastés et pourris par les neiges et pluyes ; encore les soldais n'en auoient pas que par mesure et compas. Et semblablement laissèrent grande prouision de bois, du reste des maisons qu'ils auoient démolies et abbaltues, des villages à deux et à trois lieuës d'alentour : pareillement plusieurs autres maisons de plaisance , apparlenans aux citoyens, accompagnées de iardins et beaux vergers , remplis de diuers arbres fruitiers : aussi sans cela ils fussent tous transis et moris du froid, et eussent esté contraints de leuer plustost le siège. Moiidit seigneur de Guise fit enterrer les morts , et traiter leurs malades. Pareillement les ennemis laissèrent en l'Abbaye de S. Arnoul beaucoup de leurs soldais blessés, qu'ils n'eurent moyen de faire emmener. Mondit seigneur de Guise leur enuoya à tous viures à suffisance, et me commanda et aux autres Chirurgiens de les aller penser et medicamenler : ce que nous