‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 429 sur 515 · VOYAGE DE LA BATAILLE DE DREVX · texte numérisé non relu

VOYAGE DE LA BATAILLE DE DREVX

Le lendemain après la bataille don née à Dreux le Roy me commanda

d'aller penser mon.sieur le Comte d'Eu, qui auoit esté blessé d'vn coup de pistole à la cuisse dextre, prés la iointure de la hanche , qui auoit fracassé et brisé l'os femoris en plusieurs esclats , dont plu.sieurs accidens luy suruindrent, puis la mort: qui fut à mon tres-grand regret. Le lendemain que ie fus arriué , ie voulus aller au camp où s'estoit donné la bataille , pour voir les corps morts. le vis à vne grande lieue d'alentour la terre toute couuerte : on auoit en estime de vingt cinq mille hommes ou plus :

tout cela fut depesché en moins de deux heures.

le voudrois,monpetil Maistre, pour l'amour que ie vous porte , qu'y eussiez esté pour en raconter à vos escholiers et à vos enfans.

Or cependant que ie fus à Dreux, ie visitay et pensay grand nombre de gentils-hommes, et panures soldats, et entre les autres beaucoup de Capitaines suisses. l'en pensois quatorze estans en vue seule chambre , tous blessés de coups de pis loles et d'autres insf rumens à feu diaboliques, el n'en mourut pas vn des quatorze. Monsieur le Comte d'Eu estant mort, ie ne fis grand seiour à Dreux. Il vint des Chirurgiens de Paris, qui faisoienl bien leur deuoir vers les blessés, comme Pigray, Cointeret, Hubert, et autres: et iem'en retournayàParis, où ie retrouuay beaucoup de genlils-hommes blessés qui s'y estoient retirés après la-dite bataille, pour estre pensés de leurs blessures , où ne fus sans en voir plusieurs.

' La baliiille fui donnée le 19 décembre.

KT

voY vr.r: de la i! atailmî de sioîsr-

CONTOVl!. — 15G9.

Pendiint la balaillc de Montcontoiir, le Roy Charles estoit au Plossis lez Tours , où il enlenilit Taucir gaignée. II se relira grand nombre de gentils-hommes el soldats en la ville et fauxbourgs de Tours, blessés, pour se faire penser et medicamenter : où le Roy et la Royne mere me commandèrent en l'aire mon deuoir, auec les autres Chirurgiens qui lors csloient en quartier, comme Pigray, du Bois, Portail, et vn nommé Siret, Chirur- , gien de Tours , homme bien entendu en la Chirurgie, estant alors Chirurgien de Monseigneur frère du Roy :

et pour la mnltilude desnaiirés, n'eslions gueres à repos, ny les Médecins pareillement.

Monsieur le Comte de Mansfcid , gouuerneurde la duché de Luxembourg, Cbeualier de l'ordre du Roy d'Espagne, fut grandement blessé à la bataille, au bras senestre, d'vn coup de pisloUe qui luy rompit grande partie du coude , et s'estoit retiré à Bourgueil , prés Tours. Estant là, enuoya vn gentilhomme vers le Roy, le supplier bien affectueusement luy vouloir enuo\ er vn de ses Chirurgiens pour le secourir de sa blessure. Le conseil fut tenu quel Chirurgien seroilqu'on y enuoyeroit. Monsieur le Mareschal de Montmorency dist au Roy et à la Royne , qu'il seroit bon de luy enuoyer son premier Chirurgien , et leur remonslra que ledit seigneur de Mansfeld auoit esté vue grande .partie cause du'gain de la bataille. Le Roy dist tout à plat, qu'il ne vouloit que l'y allasse , et vouloit que ie demeurasse prés de luy. Adonc la Royne

\Gi:s.

mere luy dist que ie ne ferois qu'aller et venir, et falloit auoir esgard que c'estoil vn seigneur estranger, qui estoit venu de la part du. Roy d'Espagne pour son secours. Alors il me permit y aller, pourueu que ie reuinsse bien tost. Adonc il m'enuoya quérir, et pareillement la Royne mere , et me commandèrent d'aller trouuer ledit seigneur Comte de Mansfeld , la part où il seroit, pour luy seruir en tout ce que ie pourrois faire pour la guarison de sa blessure. le l'allay trouuer, accompagné d'vne lettre de leurs Maiestés. L'ayant veuë , il me receut de bonne volonté, et desiors donna congé à trois ou quatre Chirurgiens qui le pensoient : qui fut à mou très-grand regret, par ce que sa blessure me sembloit estre incurable.

Or audit Bourgueil s'estoient retirés plusieurs gentils-hommes ayans esté blessés à ladite bataille, sçachans que Monsieur de Guise y estoit, qui auoit esté aussi fort blessé d'vn coup de pistolet au traucrs d'vne iambe , et estans bien asseurés qu'il auroit de bons Chirurgiens pour le penser, et aussi qu'il est débonnaire el fort libéral, qu'il les assisteroit d'vne grande partie de leurs nécessités. Ce que véritablement faisoit volontiers , tant de leur manger et boire , que autres nécessités : et de ma part , de mon art estoient soulagés et aidés : les vns mouroient, autres guarissoient, selon leurs blessures. Le comte Ringraue mourut, qui auoit vn coup à l'espaule semblable à celuy qu'eut le Roy de Nauarre deuant Rouen. Monsieur de Bassompierre , colonel de douze cens cheuaux , fut semblablement blessé de pareil coup el endroit que celuy de monsieur le comte de Mansfeld , que ie pensay, cl Dieu le giiarisl. Dieu benisl si bien

^26 APOLOCIK

mon œunro , que dans trois sepmaincs ie les ramcnay ;» Paris, où lallut faire encore (juelques incisions au bras (ludit comte de Mansfeid , pour extraire les os qui estoient grandement fracassés, rompus, et carieux.

Il guarist par la grâce de Dieu, et me fit vn honupslc présent , de sorte que ieme contentay bien fort de luy, et luy de moy, comme il m'a fait paroistre depuis. Il escriuit vne lellre à monsieur le duc d'Ascot, comme il esloit guari de sa blessure, et aussi monsieur de Bassompïerre de la sienne , et plusieurs autres que i'anois pensés après la bataille de Montcontour, qui luy conseilloit de supplier le Roy de France me permettre d'aller \oir monsieur le Marquis d'Auret son frère : ce qu'il tif.

Page 1