CHAPITRE VIII
DES FOA'^RSIIS.
Les Fourrais ne sont pas de moindre admiration que 1rs mousches à miel, en leur industrie, prudence et diligence, de sorte que Salomon n'a pas eu honte d'enuoyer les paresseux à l'escole d'icelles. Or ce seroit chose incroyable si n'en auîons l'expérience pour lesmoing, que ces bestioles tant petites puissent amasser les biens qu'elles amassent pour leur prouision, et tenir entre elles vn tel ordre qu'elles tiennent, Pline dit qu'il y a entre elles ordre de république , mémoire, soing et cure 2. N'est-ce pas vn passetemps de leur vojr mordre les fruits qu'elles veulent porter? s'ils sont trop gros, elles se tournent en arrière , et s'appuyent contre leurs espaules, et les poussent de leurs pieds. Et à celle fin que les semences qu'elles cachent en terre ne puissent germer et reprendre, elles les rongent auant que les mettre en leurs greniers. Et si les grains sont trop gros , et qu'ils ne puissent facilement
' Ces derniers mots : et du qu'elles sont oompagmtbles, elCi, sont une addition de 1 585. 8 Pline, liu, 11 Cl 30. — A. P,
entrer par leurs trous, elles les partissent par le milieu : et s'ils sont moiïillo.s de pluyo, elles les mettent dehors et les font soicher. Elles labourent do nulct quand la lune est pleine, et cessent au défaut d'icello, en quoy elles monslrent qu'elles entendent quelque chose en Asti'onomie.
Mais en leurs œuures, quel labeur et quelle diligence y a-il? Et pourtant qu'elles amassent leur prouision de diuers lieux, et que IVue ne sçait rien de l'autre, Plino lesmoigne qu'elles ont certains iours de foii'es pour se connoistre l'vno l'autre. Vn chacun peut penser quelle course et quelle diligence il y a entre elles. Mais qui 1rs coplempleroit , ne diroil-il pas qu'elles parlent ensemble et qu'elles intcrroguent ot respondenl l'vne h l'autre? Ne voyons-nous pas les pierres et caillons rongés et engraués en leur chemin , de la trace de leurs pieds, et le sentier qui est fait par leur œuure? En quoy nous pouuons bien connoistre combien la diligence et exercice valent et peuuent en vue chacune chose : car si les pieds tant petits que ceux des Fourmis, vsent et cauent les pierres par force et par continuation d'aller et de venir, que peut le continuel labeurdeshommcs?
Mais outre tout cecy , il est encore escrit d'elles qu'elles s'enseueiissent les vues les autres , comme les hommes, Plutarque s'accorde en ce que Pline en a escrit ', mais aussi il monstre mieux en spécial et par lo menu, les grandes vertus qui sont en celles petites beslcs , desquelles il parle ainsi.
« Mais comment est-il possible de parler assez dignement de la disci-
« Pilno, liu, 10, ch. 80. ■ Opuscule, A., Pi
Plutarque , 8.