‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 464 sur 515 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

l'uUMMÉ a la DEXTETRITÉ d'aPPRENDRIÎ TOVTES LANGVES.

Nous voyons l'homme auoir telle dextérité, qu'il ne sçait seulement pas apprendre les diuers langages qui sont entre ceux de son espèce, mais aussi apprend ceux des oiseaux : ce qu'on voit par expérience d'aucuns bons compagnons, qui contrefont Ions chants des oiseaux , et la voix de toutes besles , comme nous auous dit cy dessus, et entendent le jargon de plusieurs autres animaux.

Et pour vérifier cecy, Apollonius,

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philosophe , qui estoil excellent en ceste science , vn iour estant en vne grande compagnie de ses amis où il regardoit des passereaux qui esloient branchés sur vn arbre, ausquels il vint vn autre d'ailleurs, qui commi'nça à gazouiller au millieu d'eux, puis s'en va , el tous les autres le suiuirenl: Apollonius ayant veu cela (el tous ceux qui esloient auec luy) disl : Ce passereau a annoncé à ses compagnons qu'vn asne chargé de forment esloit tombé prés la porte de la ville, el que le bled esloit versé en terre. Et ceux qui ouvrent cela , voulurent expérimenter s'il disoil vray, et allèrent sur les lieux , où trouuerent la chose comme il auoit dit, et quant-el-quant les passereaux , qui esloient venus pour manger le bled.

Or quant aux Corbeaux , Pies et autres oiseaux , qui parlent pour desguiser leur ramage, el leur gazoiiillemenl, et sifflement , et son de voix humaine , ils ont bien tosl dit tout ce qu'ils sçauent , el qu'ils ont appris de longtemps. Et quoy qu'ils sçachent gazouiller, ils demeurent tousiours bestes brutes sans raison. Mais à l'homme , la raison luy a esté donnée naturellement de monter plus haut que celle des bestes, desiranttousiours sçauoir, el ne se contentant point seulement d'auoir la connoissance des choses qui appartiennent à la vie présente : mais s'enquiert des choses plus hautes, et des célestes et diuines : qui est vn certain argument que la nature de l'homme, et l'ame qui luy est donnée , est bien différente à celle des autres animaux , laquelle ne peut nullement eslre conneuë. L'Homme a en son ame trois principales puissances nécessairement concurrentes à toute louable et vertueuse action : à sçauoir ' i'entendemonl, la volonté, el la me-

E r UE r, EXCELLE!

moire : vne pour comprendre ce qu'il faut faire, l'autre pour l'exécuter: et la mémoire , comme lidele tutrice, qui garde ce qui a esté concUul et arresté en l'entendement. Aucuns p'uilosophes l'onl appelée le tliresor de science, d'autant qu'elle est comme va cabinet auquel est gardé ce que nous apprenons et voyons. Ces puissances et perfections sont grâces singulières, et dons spéciaux, prouenans de la sagesse diuine du sainct Esprit, qui ne sont données aux besles : lesquelles puissances seront cy après plus amplement déclarées au Liure de la Gcncration^ parlant des Facultés de l'ame.

Et pour conclusion , l'Homme est ingénieux, sage, subiil, memoralif , plein de conseil , excellent en condi-

CE DR L*1I0.AIMK. 769

lion, qui a esté fait du souucrain Dieu, et luy seul entre Ions les animaux a esté orné de raison et d'intelligence, de laquelle tous animaux ont estépriués:et en luy reuit vue image de l'essence diuine, qui ne se trouue en nulle autre créature

Sentence d'JEuripide^.

L'homme a bien peu de force corporelle, Mais sa prudence et raison naturelle Ya iusqu'au fond de la mer capliuant : Sur terre aussi s'eslcnd iusqu'aux espèces, Où plus y a de ruses et linesses.

1 Ce paragraphe est de 1685.

2 Les vers qui suivent se lisaient déjà en 1579, mais sans ce litre, et de plus ils ne présentaient pas un rhythme régulier; ils ont été arrangés ainsi en 1585.

APPENDICE

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