CHAPITRE III
DES SIONBS DES MÉVRES EN GENERAL
Encore que la connoissance dos fléures appartienne au seul médecin ,
VËtîS.
et qu'il n'y ait rien de plus difficile en la médecine que le traité des signes , si est-ce que ie ne laisseray pas d'en parler vn petit mol en passant et tascheray d'en dire quelque chose si vulgairement et grossièrement , que le chirurgien pourra s'en informer médiocrement, et en tant qu'il en a besoin, pour le soulagement des malades qui se trouueront pressés en l'absence du médecin.
Or le signe n'estant rien qu'vne marque euidente et manifeste , qui nous conduit en la connoissance d'vne chose obscure et cachée , il est à croire qu'en la recherche des signes nous deuons trouuer quelque chose qui soit plus euidente et plus manifeste que la fiéure : autrement nous ne pourrions pas bien nous instruire en sa connoissance. Donnons donc quelques marques qui soient plus aisées à descouurir que la fleure, et qui nous puissent donner certitude, les ayant apperceuës en quelque corps ^ <|ue la fiéure y est par nécessité.
Mais deuant que ce faire , il faut se ressouuenir qu'il y a deux sortes de signes, les vus appellés Diagnostiques, qui seruent à reconnoistre la fiéure présente^ les autres Prognosiiqucs,qui déclarent l'euenement do fiéure , quelle elle doit estre, mortelle ou salutaire, longue oubriefue,etquandet comment elle doit et sepeut terminer.
Quant aux diagnostiques, il y en a de certains propres et inséparables :
il y en a d'autres qui sont trompeurs, douteux , equiuoques et moins asseurés, A ceux-cy nous ne deuons pas beaucoup nous arrester : si fait bien aux autre8,qui ne trompent gucres le iugcment du médecin docte et expérimenté. Quand ie dis qu'il y a en la fiéure et aux maladies des signes diagnostiques certains, asseurés, propres
LE VIKGTIÉMR LIVRE,
et inséparables, îe n'eiilens pas dire que chaque maladie ait vn tel signe qui soit seul, ainsi que l'on dit en philosophie que le rire est vn signe seul propre et asseuré de l'homme : mais ie veux dire que toute maladie a vn amas de quatre ou cinq signes , plus ou moins, qui se rencontrans ensemble valent vn signe propre , tel qu'on l'appelle en philosophie. Par exemple, si ie vois vn malade qui ait vne douleur poignante au costé, difficulté de respirer, auecla toux et la fléure, ie puis dire en asseurancequ'il a le signe propre et inséparable de la pleurésie, et par conséquent qu'il en est malade.
De mesme est-il de la fleure, laquelle n'a pas vn seul signe pour sa connoissance,mais plusieurs qui concourans ensemble nous la font asseurément feconnoistre.
Le premier de ces signes , c'est la chaleur: car comme enseigne Galien au premier commentaire qu'il a fait sur le sixième liure des Eindemies , article 28. si le goust est l'indice des saueurs, de mesme la chaleur receuë par le toucher est indice et signe de la fiéure, puisque la fiéure n'est qu' vne chaleur. Or ceste chaleur n'est pas simple , naturelle et douce , mais acre, piquante, et surpassant la nalu relie : et au reste diffuse et estendue par tout le corps , si ce n'est qu'elle soit empeschée des'espandre par tout.
Ce qui arriue en trois manières. Premièrement , au commencement des accès des fleures qui ont des frissons, par le reflux et concours du sang et des esprits aux parties intérieures :
car en ce faisant les parties extérieures demeurent comme priuées de chaleur. Secondement, és fiéures que l'on appelle epiales, esquelles à cause de la multitude des humeurs crues
amassées dans le corps, les parties qui ont les humeurs plus subtiles et ténues s'eschauffent, cependant que celles qui sont les plus grossières demeurent froides et sans chaleur. Tierccmenl és fiéures nommées lypiries , esquelles quelque partie noble intérieure estant assiégée de quelque inflammation ou erysipele , il arriue que le sang et les esprits sont arriués des parties exlernes aux internes , comme par vne ventouse , en sorte que la partie intérieure affeclée brusle , tandis que celles de dehors demeurent sans chaleur. Mais quoy que ce soit, la chaleur surpassant l'ordinaire, soit qu'elle soit espandue par tout le corps , soit qu'elle soit attachée à quelques parties principales, est vn des signes de la fiéure. le dis vn des signes , car il y a des fiéures qui ont, comme enseigne Hippocrates aux Epidémies , vne chaleur qui paroist douce au toucher: et c'est pourquoy Galien a adiousté d'autres signespourla connoissance delà fiéure, c'est à sçauoir le pouls, les vrines, la soif, et les veilles.
Pour le pouls il est tousiours fréquent en la fiéure , et plus la fiéure est grande , et plus le pouls est viste et fréquent. Mais pour sçauoir ce que c'est qu'vnpouls fréquent, il faudroit prendre ce discours de plus loing, ce qui n'est point nécessaire icy , ayant dessein d'instruire seulement le chirurgien, qui n'a que voir en ce traité. Non plus qu'en celuy des vrines , qui seruent quelquesfois à la connoissance delà fiéure : mais si peu seurement, que les médecins les plus expérimentés sont contraints de confesser que c'est vn signe très fallacieux, ïoulcsfois si auec vne chaleur acre,vn pouls fréquent, onapperroit
DES FJÉVRKS.
(les vrines crues , ou grandement teintes de bile, on peut comme en asseurance prononcer qu'il y a de la liéure. El encore bien d'auantage, si auec les signes susdits le malade est trauaillé de quelque soif extraordinaire, et de veilles desreglécs et non accou^tumées, et dont on ne sçauroit en reietter la cause sur quelque chose euidente et manifeste. Voila les cinq signes comme propres et inséparables de la fiéure, du premier desquels Galien parle au commentaire cité du sixième des Epidémies , du second et troisième au liure second à Glaucon, au premier liure des l' resages des pouls , chapitre premier , et au troisième des Crises chap. troisième :
du quatrième et cinquième au Commentaire troisième du troisième des Epidémies^ art. 31.
le viens aux signes prognosliques, qui sont ceux qui font plus paroistre le iugement e( l'expérience du Médecin. Car par iceux non seulement il se conûrme ès remèdes qu'il faut faire au malade : mais aussi il s'acquiert vne telle authorité sur luy, et prend vn crédit si grand , que quoy qu'il puisse proposer , il y trouue le malade très ol^eïssant Mais ces signes icy estans en très grand nombre, et de très difficile intelligence à ceux qui ne sont consommés en l'art de Médecine, ils m'obligent de les passer sous silence, et d'aduerlir le chirurgien de n'entreprendre iamaisleprognostic des fleures, estant choses au de là de sa capacité et de son art.
Qu'il en laisse la charge au prudent médecin, n'estant pas petite loUange à vn homme de sçauoir se taire en temps et lieu.