‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 53 sur 515 · DE I,A CVRATION DES FIEVRES EN GENERAL · texte numérisé non relu

DE I,A CVRATION DES FIEVRES EN GENERAL

11 n'y a maladie plus commune que la tîèure, mais il n'y en a point de plus difficile à guérir. Anciennement autant qu'il y auoit de médecins, autant y auoit-il de sortes de remèdes pour la traiter. Prodicus et Erodicus auoienl leur façon , Herophilus et Erasistratus la leur, Asclepiades vne antre , Themison vne autre : bref, autant de lestes, autant d'opinions.

Et en ce siècle icy où nous sommes .

nous voyons que les alchymistes tiennent vne autre forme de traiter les fleures, que ne font pas les médecins qui suiuent la doctrine de Galien, qui a esté celuy lequel a plus diligemment recherché les remèdes propres et essentiels à la flèure , et a si bien parlé de toutes les indications, qu'il nous a osté les difficultés où ont accoustumé de nous précipiter les diuerses opinions et iugemens des aulheurs.

Nous auons dit au chapitre 3. et 22.

de nostre Introduction à la Chirurgie, qu'il y auoit des indications nécessaires au chirurgien méthodique et rationnel qui veut entreprendre la guerison de quelque maladie : là i'ay discouru amplement de la nature des indications , combien de sortes il y en auoit , d'où elles estoient prises et puisées , et que par icelles seules on distinguoit le chirurgien qui trauaillé par méthode et raison , d'auec celuy qui trauaillé par bazard à l'aduenture, tels que sont les empiriques, charlatans, etaulresimposteurs. Cela mis et posé pour fondement, nous di-

LE VINGTIEME LIVRE

sons que pour guérir la fleure par raison, puisque c'est vrie maladie, que le chirurgien le doit taire par les indications prises des choses nalurcllcs, non naturelles et contre nature. Lesquelles choses toulesfois, à lin de les racourcir, se peuuent et se doiueut rapporter à trois indications principales , sçauoir à celle qui est prise de la maladie, à celle qui est puisée de sa cause, et à celle qui est prise des forces du malade.

Par la première, nous apprenonsque la tiéure ainsi que les autres maladies, se doit guérir par son contraire , estant yn axiome très certain en la doctrine d'Hippocrates et de Galien, que tout contraire se guérit par son contraire. Or est-il que nous auons escrit cy-dessus que la tiéure estoit "vne intempérie chaude et seiche, par conséquent il l'aut pour guérir la fiéure vser de remèdes rafraichissans et humectans. Donc la première indication nous apprend, que le chirurgien qui voudra entreprendre à guérir la fiéure, généralement parlant, ne doit se seruir que des remèdes qui rafraicbissent et qui humectent, estant impossible d'ester la chaleur que par les choses rafraichissantes , et de corriger la seicheresse que par celles qui mouillent et humectent.

Pour la seconde indication, elle est prise des causes du mal , lequel ne peut estre guéri si ce n'est en retranchant la cause , estant très véritable l'axiome des philosophes , que l'effet cesse , sa cause estant ostée. Il faut toutesfois icy obseruer qu'il y a des fiéures, telle qu'est l'ephemere et diaire , qui persistent encores que leurs causes soient ostées : et c'est pourquoy ceste indication n'a lieu qu'aux fiéures qui ont leurs causes présentes et qui sont en mouuement,

qui fomentent etentretiennent le mal par leur présence et par leur action , et qui donnent commencement, progrés et enlietien par leur effet réel et actuel ausdites fiéures. Lors que telles causes se présentent , alors le chirurgien par ceste seconde indic ation doit recourir à leur retranchement , à fin de couper le mal en sa racine : veu que ce seroit vn abus de le vouloir osier tandis qu'on laisseroit en force et en vigueur le principe et l'agent de sa génération. Partant toutesfois et quantes qu'il y aura vne cause présente, faut commencer la curation de la fiéure par le retranchement de ceste cause , quoy faisant on estera tout ensemble et la cause de la fiéure, et la fiéure mesme , sans autre plus grand appareil. Que s'il n'y a point de cause présente en la fiéure, comme il arriue à l'ephemere causée par l'ardeur du soleil , laquelle persiste hors la présence d'iceluy, alors il ne faut point s'amuser à ceste indication, mais il faudra seulement combattre par remèdes rafraichissans et humée tans l'intempérie chaude etseiche de la fiéme. Mais s'il arriue qu'en partie la fiéure soit faite , en partie qu'elle se fasse , c'est à dire que si la cause de la fiéure n'y est plus , mais qu'vne autre pareille cause vienne à entretenir la mesme fiéure , il faut premièrement osier ceste dernière cause , et puis il faudra combattre la fiéure faite de la première cause absente par la voye de la première indication, ie veux dire par les remèdes qui rafraîchissent et humectent.

Passons à la troisième indication , laquelle se prend des forces du malade :

icelle n'estant rien que le dessein qu'a le chirurgien de maintenir la vertu du febricitant, et luy donner la force

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do resjst.er a» mal iusqu.cs ù la fin , par le moycp (Je la Jioinio pourriture. Par .ceste in(,Ucalioji on orilonne yp ', reg-iiO-C (le viuj'e c.oïilraire la fleure et à ses causes, mais qui egl coi^fprjno et pr.oporliomé au l.cmperamep.t, à raage , et la cousljgime (^u febricitÇint ; (Bt souy.cjut jiows faisons tel estât de cje.tte iadication , (j.ue no.gs lajs- 3QI1S Jà J-es aeiïx a^.l^•esp,Q^>r embrasser jcest.e-cy : ,car apai^pe pgjgs avons .dit ailleurs, lo plus soument nous laissons la propre ,cure ,e,t pi incipalo de la fièvre , q^i est le ^-etrancliement de la ça^^&e , pow suiure cesle indication , et ^ous employer- à la conseruatlon de la force et vertu du febricitant.

Par exejnple, au commencement des accès de la fleure, en prenant indication de jla maladie, il n'y a rien si contraire que le manger , veu qu'il augmente la matière de la fleure :

loutesfois s'U aduenoit que Jles forces du malade fussent si débiles , que le malade ne peust résister à l'effort de l'accès , alors prenant indication des forces , et non d'autre chose , il fau- .droit nourrir- le malade et luy donner à manger, encore bien que la matière de la fleure s'en deust augmenter.

Deuant que finir ce chapitre, il faut pbseruer deux choses : la première, que les deux premières indications quelquesfois s'accordent ensemble, quelquesfois elles sont contraires entr'elles : si bien que l'indication qui oste la cause de la fleure , augmente l'intempérie de la fiéure. Au premier cas la chose est bien aisée, car il ne faut rien faire que rafraîchir et humecter , comme il arriue aux fleures bilieuses : car eu esgard à l'intempérie de la fiéure qui est chaude et sei-

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