‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 55 sur 515 · DES MOVENS DESQVELS ON SE SERT A GVERIK LES FIEVRES · texte numérisé non relu

DES MOVENS DESQVELS ON SE SERT A GVERIK LES FIEVRES

Il faut parler en ce chapitre des înslruinens ou remèdes qui peuuent seruir à obtenir la fin des trois indications que nous auons expliquées au chapitre précèdent. Car ce n'est pas tout de dire qu'il faut se seruir de remèdes froids pour estcindre la fiéure, qu'il faut couper la cause de la fiéure par son conlraire , et qu'il est nécessaire de restablir et conseruer les forces du malade : il faut sçauoir par quels insl rumens ou moyens nous pouuons venir à la fin de ces desseins. Or ces inslrumens sont trois , autant qu'il y a de sortes de remèdes en la partie de médecine qu'on appelle thérapeutique , sçauoir la diele , la chirurgie, et la pharmacie.

La dicte n'est autre chose que l'ordre et la reigle qu'on doit garder, non seulement au boire et mauger , mais aussi en l'vsage des six choses que les médecins appellent non naiureUcs , qui sont Vuir , le boire et le manger, le dormir et le veiller, l'exercice et le rppos, la moderalion aux affections et passions de l'ame, et l'excrelion et re iention, ou replelion et inanilion. Par la chirurgie, nous entendons les operations de la main qui seruent à la guerison des fleures. Et par la pharmacie l'vsage des medicamens, soit purgatifs, soifalteratifs, qui doiuent estre employés à la cure des mesmes fleures.

Pour ce qui est de la diète dos fié ures,nous pouuons définir en gênera qu'elle doit estre rafraîchissante et humectante tant que faire se pourra

LE VINGTIÉI^E LIVRE,

ayant esgard à la nature du malade, à son aage, à sa coustume, et au >aïs où il est. Et à fin de particulariser ceste règle , et rendre nostre doctrine plus claire et intelligible, nous disons que l'air que hument les malades doit estre froid et humide : que si la saison ne le permet , il faut le préparer par l'art de médecine , arrousautla chambre du malade d'eau fraîche, semant par icelle des fueilles devioliers de Mars, de vigne, de laictues, des fleurs de nénuphar et de roses , et choses semblables : d'autant que par ce moyen l'air estant rendu froid et humide , imprime à tout le corps les mesmes qualités, et bien d'auantage au poulmon et au cœur , ausquels il est porté directement par la respiration : ce faisant on modère l'intempérie chaude et seiche de la fiéure par la première indication , qui est de guérir le mal par son contraire. Pareillement la qualité des viandes doit estre froide et humide, pour les mesmes raisons, prenant garde que telles viandes soient aisées à cuire , et de bon suc , et qu'on en donne en telle quantité qu'elle suffise à entretenir les forces et la vertu du malade, et en temps où elles puissent tousiours profiter, et ne nuire iamais. Les meilleures viandes et plus communes des febricitans sont bouillons, iaunes d'oeufs , gelées, pruneaux cuits,pomraes cuiltes , orges mondés , et autres viandes légères faciles à digérer, et qui ne chargent point l'eslomach. Le boire des febricitans doit estre de l'eau boiùllie , de la ptisane faite auec reglisse , orge et choses semblables , et quelquesfois de l'eau meslée auec quelque syrop rafraîchissant et humectant , comme est le A iolat, et de nénuphar. Galien , au neufiéme de la Méthode , recommande l'eau froide

DKÎ5 FI

pour la liéure , mais auec certains (liorismes el prccautions qu'on peut aller voir à loisir dans le mesme auteur. Pourlevin.il leur doit estre del'endu , sur tout s'il est puissant, généreux, fort, fumeux et grossier.

Pour ce qui est des veilles et du sommeil , elles doiuent eslre modérées, en sorte toulesfois que le sommeil soit plus long que les veilles : car combien que les veilles rafraîchissent d'auantage les parties intérieures, et le sommeil les extérieures , à cause que par les veilles la chaleur s'cspand au dehors , et par le sommeil se retire au dedans : si est-ce toutesfois qu à cause de beaucoup de biens et commodités que le sommeil apporte à l'esprit et au corps , comme d'aider la coction , reslablir les esprils, fortifier les puissances de l'ameet du corps, esleindre la soif, arrester les voniissemens , la toux et le flux de ventre, bumecler le cerneau et tout le corps : à cause, disie , d'vn plus grand bien , le sommeil des febrioitans doit estre plus lon^f que les veilles. Quant à ce qui est de l'exercice du corps ou du repos, il est tres-asseuré que l'exercice eschauffant et les humeuis el les esprits, que le repos est à préférer , et qu'il doit eslre recommandé aux febricilans, puis qu'il rafraischit et humecte , blas niant la façon de faire de Prodicus et Herodicus et de leurs sectateurs, lesquels par l'exercice de luiler el de courir, qu'ils faisoient faire aux febricitans, les tuoient plustost que de les guérir.

Les passions et perturbations de l'ame ne sont aucunement villes aux febricitans: au contraire le repos et la tranquillité de l'espril leur est nécessaire , ostant par ce moyen le trouble des humeurs et des esprits, qui suruient par l'excès des passions,

telles que sont la cbolere, la lalousie» le chagrin, la tristesse et le desespoir : la ioye modérée par accident, car par icelle le sang se retirant du cœur , qui est le siège de la fiéure, es autres parties du corps, et principalement aux extérieures, elle est cause que le cœur se rafraîchit aucunement, et par conséquent diminue l'intemperic chaude de la fiéure. Il n'y a point de passion qui fust plus propre aux fleures que la crainte, laquelle rafraîchit les bumeurs et les esprits , si ce n'est qu'elle apporte beaucoup déplus grands accidens auec elle : et de fait nous lisons que plusieurs personnes 1 par crainte et frayeur subito et non preueuë, ont perdu tout à fait la fiéure, par vn extraordinaire rafraichissemenl du cœur et des parties contenuesen iceluy, causé de l'excès de ceste frayeur. Ce que i'adiousle pour donner à entendre qu'il ne faut pas pour esleindre la fiéure vue petite crainte, el telle qu'elle arriue communément : mais qu'il faut vue frayeur extraordinaire et excessiue , qui ait non seulement le pouuoir de faire retirer le sang , les esprits et la chaleur des parties extérieures vers le cœur, mais aussi de rafraîchir la chaleur du cœur saris l'esleindie neantmoins tout à fait: en quoy on descouure la difficullé et le péril de ce remède.

Le dernier article des choses non naturelles qu'on doit obserner pour la fiéure est la rétention et euacualion, la rétention des choses vtiles et profitables au corps, et l'euacuation des excremens et superflnités nuisibles, le ne m'eslens point d'auanlage au denombremep» de telles choses: ie diray seulement que si les excremens du ventre, les vrines, lessu( iirs, etc., sont retenus trop longtemps au corps

{^6 LE VINGTJÉ

du febricilani, qtï'îïs àiigriienterit là fiéui e , et la diminuent quand ils sont euacués en temps et lieu et en quantité suffisante : comme au conlrail-c , s'il suruient au febricitant vnc cuacUation d'humeurs froides au lieu des chaiidbs, il sent la fiéure s'en augmenter : et trouufe que ses forces s'abbatient, s'il luy arriue vne euacuation des cbôses qui doiuent éstre retenues au corps , et qui luy sont vtiies et nécessaires. l'ay rapporté en mon Introduction de cbirurgie , ebap. 17. ce sixième chef des choses natulelles à la repletion et à l'inanition, et ay particularisé les espèces et différences , lesquelles peuuent estre rapportées en ce lieu , et accommodées à noslre intention. C'est pourquoy ien'en diray rien d'auantage, et passeiay à l'autre instrument de la thérapeutique, qui est la chiruFgie.

Quand nous parlons icy de la chirurgie, nous n'entendons pas parlet de toutes les opérations de la main qui luy appartiennent , mais de celles seulement qui peuuent seruir à combattre et guérir la fiéure, telle qu'est principalement la saignée. Non pas que la saignée conuienne directement et proprement à la fiéure , mais indirectement seulement , par accident. Le propre de la saignée n'est pas de rafraîchir et d'humecter, mais de Yuider le corps et d'euacuer le sang , à quoy à la vérité succède le rafraîchissement, par la diminution qu'on fait du sang et de la chaleur qui l'accompagne. Elle peut toutesibis conuenir à la fiéure , par le moyen d'vne de ses, causes , qui est la plénitude , laquelle ne peut estre ostée plus piomplemenF et seurement que par la saignée. Pour toutes ces raisons, et pour deslourner quelqueslbis les fluxions qui Se font siit

iIE LIVRE ,

lès tjàHîes Uofalés éh la plUspal t Qéd fléut-eS , et aùsèi poUr dofihér alf ét vent a la chalfeUr qui est ËftlDuffée dans lé cOrffs, comme parfelllémfenf poin- désgager les obstructions , H polir beaucoup d'uiitres cotnmodîtés qti'appbtte la saignée dU cdfps, elle est très propre et Ires-nécéssairb àilx fiéiUcs.ért sorte (jU'il sorail prestjue impossible de lès guei if , si fce n'esttilt par Sdn moyen. Ët vbild pi:ihcipaiemérit l'operatidn fc*iir laquelle la chirurgie ëst ytlle àtix flêUrèS : blert qu'on se setUe enfcofo dé quelquës autres , mais tnoins puissantes et moins prbfltabies, fcotiinle sbnt l'aj)plicallon des sangsues , les scarifications faites aux ianibëë, vsUelle eh Egypte, Espagne , èt quelques lieUx d'Italie : lés ventouses et les cornets appliqués Sur les espaules, et presque sur tout le corps, auec oU sans scariflcalions et mouchetures : les sinapismes, vesicatoires et cautères, et autres choses semblables , lesquelles sont eUipioyées à là guérison des fleures , mais auec bieri peu de suiccés.

l'aurois beaucoup à discourir sutle Iroisiéhié instrument qui conuienl auxfiéures,qUiestlaPharmacie,sinôn qUe ie me reserue au particulier des fiéures. NoUs dirons toutesfois en général que la Pharmacie a beaucoup dé moyens à employer pour la guerison, qu'elle prend des lUedicamens tant purgatifs qu'alteratifs, qu'elle donne ou intérieurement ou extérieurement, soit pour tout le corps, soit pour quelqu'vne de ses parties. Les lauemens ou ciysteres, les breuuagespurgàlifs, les emeliques où VotnitolreS , les boluS,les pillulcs, scruent i osier la cacochymie , et à liurger le corps de beaucoup de supel-fluitéé qui nourrissent et entretiennent la fiéure. Lés jUleps et apozemes fafraifchissans ét

DES niîVRKS.

Inimectans , les epilhemcs , Ibmeutatious, linimens, bains, onguciis, comballcnt direclement les causes (le la iiéure et inlemperic chaude et seiche. Les alexiphurmaqucs et cordiaux corrigent la malignité des humeurs , donnent de la force et de la vigueur au cœur et parties nobles, et résistent à la pourriture qui se mesle d'ordinaire parray lesûéures. Bref, il n'y a rien en la pharmacie qui ne puisse aider à la guerisou dos fiéures, s'il est bien mesnagé par un docte et iudicieux médecin , qui sait mesrae tirer proflt des poisons et venins pour l'vtilité et salut des malades.

Page 1