LA DIFFERENCE DES FIEVRES
Encore bien que les philosophes ayent accouslumé de faire suiure la diuision des choses après leur définition : si est-ce toutesfois que ie me suis reserué à parler de la différence des fiéures en ce lieu , et en apporter toutes les espèces , à fin d'auoir l'occasion et le moyen de parler de chaque espèce de fléure tout d'vne suite, et sans interruption d'autre matière.
Or les médecins n'ont pas tousiours esté, bien d'accord lors qu'il a fallu assigner les espèces et différences des fleures : c'est pourquoy Galien reprend les anciens pour auoir grandement erré en ce suiet : les vns pour auoir mis moins de différences de fléures qu'il y en a, les autres pour auoir rapporté celles qui sont accidentelles au lieu des essentielles : et les autres pour auoir supposé, au lieu des différences vtiles et nécessaires, celles qui sont purement inutiles et
sans proflt. De fait, que nous apprenons que les vnsontprisla différence des fiéures de leur inuaslon , disans que les vnes prennent sans frisson , les autres auec frisson : quclques-vns les ont prises en l'essence ou condition de la nature de la fléure , asseurant que des fiéures les vnes ont vne chaleur aigiië et mordan te au loucher, les auti-cs vne chaleur douce : quelques-vnes qui paroissent douces, et qui se font sentir peu après aigres et mordantes : et quelques autres enfin qui semblent aigres et aiguës , et qui deuiennent douces à la main. Il y en a qui prennent la différence des fiéures de l'intension de leur chaleur, appellant les vnes hru'^lanlea , et les autres ticdes et débiles : ou bien les diuisent selon les accidens et qualités qui accompagnent ladite chaleur. Par exemple , ils appellent les vnes seiches et salées, les autres venteuses et . horriUes à voir, ils en nomment quelques autres humides , ronges , pasles , liuides , malignes, vénéneuses , pestilentes, populaires, lentes, aiguës, contagieuses , et ainsi des autres. Bref, plusieurs croyent que la distinction des fiéures doit estre prise des humeurs dont elles sont faites, et par conséquent que les vnes sont sanguines, les autres bilieuses, les autres pi/witeuses ou phlegmatiques , et quelques avilvGS melancholiques. Mais pour dire la vérité de toutes ces différences , il n'y en a pas vne qui soit sans reprehension , veu qu'elles sont en partie ou superflues, ou défectueuses, ou inutiles, ou de peu de considération.
Nous auons dit cy-dessus que la différence des fiéures , selon Galien , doit estre prise du suiet ou matière où elles s'allument dans noslre corps, qui sont les esprits, les humeurs, et les parties solides, d'où il resuUo
trois genres de fiéiires, que l'on appelle spiriiucllc ou eplumerc , humorale^ et lu'ciique; la première (lesquelles s'allume aux esprits , la seeonde aux humeurs , la troisième aux parlies solides : et il n'y a aucune autre différence de fleures qui ne puisse eslre rapportée à l'vne de ces trois, comme nousverronsen la suite de ce discours.
l'adiousleray toutesfois pour plus grand esclaircissement de ceste doctrine, et pour nous accommoder à la capacité des ieunes chirurgiens, pour rinstruclion desquels nous auons ramassé ces préceptes des œuures des meilleurs aulheurs de la médecine , que toutes les fleures sont ordinaires ou extraordinaires. l'appelle ordinaires celles qui sont communes et vulgaires, et n'ont rien que les accidens communs qui les accompagnent souuent et fréquemment , sans soupçon
LE VlNGTIjÎMK LIVKE ,
d'vne cause plus cachée, ou d'effets prodigieux et eslranges. Les extraordinaires sont celles qui ont quelque chose par de-là les communes, soit en leur cause , ou en leurs effets , ou en leurs accidens, ou en quelque autre chose qui les accompagne, comme sont les fiéures pestilentes, les epidemiques, la sueur d'Angleterre, etc.
Pour les ordinaires elles sont essmtiellcs ou symptomatiques : les es-enliclles sont ainsi appellées à cause de leur origine qui vient d'elles mesmes, et non en suite d'vn autre mal , comme d'vne inflammation de quelque partie , ainsi que font les symptomaiiqves. Or ces fiéures essentielles sont de trois espèces, éphémères, h umorales., et hectiques , desquelles nous allons parler particulièrement, commençant aux éphémères.
if Epliemeres. chap. 7.
Esserilielles, et sont trois, \ Humorales, chap. 8. \ Hectiques, chap. 34.
Symplomatiques. cbap. 35.
Extraordinaires, chap. 36.