‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 57 sur 515 · DES FIEVRES EN PAKTICVLIER , ET PRE- MIEREMENT DE LA FIÈVRE EPHEMERE · texte numérisé non relu

DES FIEVRES EN PAKTICVLIER , ET PRE- MIEREMENT DE LA FIÈVRE EPHEMERE

Après auoir parlé des fiéures en gênerai , il faut descendre au particu-

1 Ce chapitre répond au chapitre deuxième du livre primitif, et ce chapitre deuxième avait lui-même passé entrés grande partie dans le onzième chapitre du livre des Tumeurs en gênerai dès l'édition de 157!). Nous aurons donc à instituer dans ces notes une double collation , poin- indiquer les portions du texte qui ont varié ou qui sont restées les mômes dans ces diverses publications.

lier d'icelles, et commencer à celle qui est la moins périlleuse et de moindre durée. C'est Yephemerc , ou iournaliere, ainsi appellée pourcequede sa nature elle parfait son cours et son temps en vn seul accès, qui ne dure pas d'auantage que vingt-quatre heures, qui est l'espace d'vn iour naturel, ce qui a pareillement fait qu'elle a esté nommée diaire, qui vaut autant à dire chez les Latins qu'e/)/ie»}(?re chez les Grecs, et iournaliere aux François.

Cy-deuant nous l'auons appellée «pirituelle ou «;)/n7î/ei<se, d'autant qu'elle s'allume aux esprils du cœur, qui luy seruent de suiet et de matière.

On peut donc la définir, vnc intempe-

DES FI^VRFS.

rature chaude ci seiche allumée attx esprits vitaux, par l'espace de vingt-quatre heures feulement. Son temps est fort court, parce qu'estant allumée aux esprits, comme en vne matière ténue, subtile et fort aisée ù dissiper, elle ne peut subsister d'auantage : ne plus ne moins que nous voyons que le l'eu qui se prend à la paille, ou à quelque autre matière déliée et subtile, s'tsleint incontinent el est de fort peu de durée.

Sa cause est tousiours externe , et vient de dehors , appelée pour ce suiet des médecins Procathartique : c'est pourquoy elle est fort diuerse , bien qu'elle se puisse rapporter à quatre chefs principaux, sçauoir : premièrement aux choses de dehors qui touchent le corps extérieurement: secondement aux choses qui entrent dans le corps : tiercement aux choses qui apportent passion et altération à l'esprit ou au corps , ou ensemble àl'vn et à l'autre : en quatrième lieu aux symptômes et accidens contre nature. Au premier point se rapporte l'air chaud et estouffant , l'air trop froid et trop sec, les bains d'eau froide ou alumineuse, qui pour estouper les pores du cuir eschauffent les esprits par accident. Au second appartiennent les alimens et les medicamens chauds et acres , le vin , les espices et choses semblables , mesme les alimens bien tempérés, mais pris en trop grande quantité et sans me sure. Le troisième comprend tous les mouuemcns et changemens naturels, comme la faim , la soif, la lassitude , ire, fureur , tristesse , longues veilles, etc. Le quatrième regarde principalement la douleur, qui pour estre vn symptôme tres-ordinaire, ne laisse pas pour cela d'eschauffer grandement les esprits, et introduire en

iceux une intempérie chaude et seiche. En vn mol , toutes les causes nommées cy-deuant, communes à toutes les espèces de fiéures, peuuent exciter la fiéure ephcinere , excepté la pourriture ou putréfaction qui est reseruée seulement pour la gênera tion des tiéures putrides '. Le bubon

1 Tout ce début ressemble iioiir les idées au début du chapitre 2 du livre primitif; mais le texte en est un peu durèrent, ainsi qu'on va en juger. -

« Cn. II. — De la fieure epliemere.

» Fieure éphémère ou diaire, est vne intemperature chaude et seiche allumée és esprits vitaux, ainsi nommée quasi comme iournaliere, du vocable latin dics, qui signifie iour : parce que de sa nature elle parfait son cours en vn accez, qui ne dure pas d'auantage que vingt quatre heures, qui est l'espace d'un iour naturel, et ce à cause qu'elle est allumée en un subiet ténu , aisément et en peu de temps drssipable , sçauoir, és esprits.

» Les causes des fleures éphémères sont, lassitude, ebrieté, ire, fureur, tristesse, longues veilles, grande refrigeralion , adustion, baings, mutation de vie déclinant à chaleur par application ou prise de médicaments acres , comme venins ou alimens chauds : bref toutes les causes nommées cy deuaiit causes cDQcientes, communes à toutes les autres espèces de fleures, peuuent exciter la fieure diaire, excepté la seconde appelée pourriture ou putréfaction : car icelle nous auons dit estre propre seulement pour la génération des fieures putrides. »

Le texte est ensuite presque absolument le même jusqu'aux endroits signalés dans les notes suivantes.

Dans le livre des Tumeurs , il avait bien fallu rattacher au phlegmon l'histoire de ces fièvres ; en conséquence le chapitre commen-' çait ainsi :

« Cil. XI. — X)c< espèces des fiéures qui snruicivicnl nuplile(jmoii,et curalion d'icelles.

» ICntre les accidens qui plus cojj^mè-

go LE VINGTIJ

mesmc, c'est- à-dire rinflammation et phlegmon des glaiuliiles , ioint auec vne vlcore manilesle, et piouenant d'vne cause maniCesle , excite cesle liéUie diaire : coiiiiiie au conlraife , s'il est sans vlccre, prouenan t de cause lalenic et inteiitMire , comme iuflammadon et autre vice de parlie noble, cerneau, cœur et foye, excite vne autre espèce de fiéure , et pire que la diaire , comme escrit Hippocrate en l'Aphorisme 55. du liure 4. où il dit : Les fleures qui suruiennent aux tumeurs des ylandules sont toutes malignes, excepté les diaires. Lequel aphorisme toutesfois n'est pas vray en tout et par tout : comme îl est aisé à connoistre par les bubons qui suruiennent aux enfans , et par les bubons vénériens, lesquels, bien qu'ils soient sans vlcere manifeste ,

mènt accompagnent les phlegmons , et plus generalemenl affligent les malades, sont les liéures , c'esl à dire, intemperalures chaudes et seiches , excitées et allumées au cœur, et d'iceluy départies à tout le corps, pal- les conduits des artères. Icelles au phlegmon sont ou diaires, ou synoches non putrides, ou synoches putrides. Fiéure est vne ebullition de ferueur et d'inflammation , que les Grecs appellent Feu : car de quelque espèce que ce soit, est tousiours fondée en chaleur contre nature. De la nature et cu^ ration desquelles le diray icy briefuement ce que i'en ay apprins de messieurs nos maistres les Docteurs en médecine, auec lesquels i'ay hanté et pratiqué.

« Fieure éphémère ou diaire, etc. «

A partir de cet endioil, le texte suivait à très peu près celui de l'édition primitive; seulehienl, à la lin du premier paragraphe, après ces mots, is espyiis, l'auteur ajoutait: el ne yisl point eu pourriuire , mais en vn esprit exlmlatif embrasé. De même au deuxième paragraphe, parmi les causes de ces fièvres , il ajoutait: lu fuirn, densalivn ou asiriclion de

cuir. Et enfin, là même où le texte primitif

lE LIVRE,

sont toutesfois ordinairement sans fiéure dangereuse : aducrlisscment que doit bien noter 1q ieune chirurgien.

Les signes communs de la Heure éphémère sont , chaleur douce , haliteuse et suaue à l'attouchement : le l)ouls viste et troquent , quelquesfois grand et fort, quand la diaire est causée de courroux et de fureur , autres fois petit lors qu'elle est causée de fascherie, tristesse, faim, froid, crudité , au reste égal et bien réglé. Les signes Ires-certains et palhognomoniques sont, si la fiéure est suruenrie non lentement et peu à peu , mais subitement et inopinément de quelque cause externe et euidente, sans que le malade aye esté premièrement degousté , sans auoir senti vne lassitude spontanée, sans pro-

et le texte posthume se rejoignent, à l'occasion du bubon, le texte intermédiaire était un peu différent :

« Le bubon mesme , c'est à dire l'inflammation et phlegmon des glandules , excite cette fiéure, selon l'aphorisme qui dit , que les fléures qui suruiennent aux'^tumeurs des glandules soht toutes malignes , excepté les diaires. Lequel aphorisme doit estre bien entendu, el pris auec la distinction de Galien , disant cela s'entendre seulement des tumeurs qui viennent aux glandules sans cause manifeste. Car autrement, les Déures qui en suruiennent ne sont tousiours dangereuses : comme nous voyons par les bubons qui suruiennent souuent aux enfans, et par les bubons vénériens , qui sont sans inflammation , ou corruption de foye : car tels sont ordinairement sans fléure dangereuse ; aduertissemenl que doit bien noter le ieune chirurgien. »

Et enfin un peu plus loin, celte phrase du texte actuel qui se retrouve aussi dans le texte primitif: te ne. fais mention des vrines, se trouvait supprimée.

DÈS Fl

i'oiia sofTitneil, oscHftlioiï et haïlléiii^nt, salis gvûîiûé dôtUeiir , saris iacialion (lu Corps et inqiiietiule, sanâ horreur et grand lïisson , bref sans aucutt aulfe fascbèux symptôme. le ne fais point Icy menlion des ti-irtes^ pôtir les caiises que i'ay dites cy-deniint , et aussi à rdlsoii que le plus sôuuetit ëù ces OéUres icy les \tittëi sbùl semblables à Celles des sains : oUtl-e qu'etl si peu de temps qUelesdite^ filHlt-eS duretit, il ne sô peut faire gthnH cbangemeut de la masse du sang , de laquelle l'vrine dëbnecônnoissancé, et non des esprits qui sont les prdpres suiels des Qêui-es éphémères. Cy-dessUs i'ay dit que ces te Mure n'a qu'vn afcés, lequel duie vn ioui- de sa propie nalurB, combien (jU'il s'estende queiquefefois iusques à ti-Ois oii quatre ioul s : ét albts elle se change facilement et degeiiere m fléure putride, si quelque ei'reUi* slirUieiit, ou pat- le défaut dU malade^ OU pat- quelque autre chose extérieure. Elle desinô Cl se termine ou pat insensible Iratlspiiaiion, ou par trie mOiteurelsueUtnalUrellB^ douce et lidb fétide oU puante » : 6u sorte qu'elle ne laisse apt-és elle aucun symptôme ny accideut de ceux qui ont accoustumé d'accompagnef lés tîéures , ou de leui- sUruiure.

L'ordre de la cure de ces fiéures est double , gênerai ou commun , et particulief â chaque Mnvé. La cure générale cohsiste 6s six choses nort na-

1 Le paragraphe s'arrêtait ici à la fois dans l'édition de 1575 et dans celle de 1579; cl de même aussi le suivant reprcnaltdircctemenl par ces mots : La cure (jeiierale , etc. Mais il faut ajouter que dans le chapitre de 1579 ces deux paragraphes se trouvaient séparés par une description de la fièvre synoquc non putride , que nous retrouverons plus loin au chapitre 9.

ÉVHIÎS. 9^ tut elles , qu'ori doit Ordonner par la voye de contrariété à la cause desdiles tiéures. En premier lieu, lesbains d'eau tiède et naturelle sont tresvtilesi poUrueu qtie le malade ne soit point pléthorique, plein d'excremens, ou autrement suiet à catarrhes et dcfluxions : pource qu'en fondant et liquéfiant les humeurs, et en relaschant les parties, on seroit cause d'exciter Ou augmenter le catarrlie :

c'est aussi pourquoy en tel accident on doit euiter les frictions et onctions faites auec les huiles tiedes^ qui d'ailleurs sont fort villes à ces Heures ^ principalement quand elles sont causées par trauail excessif , par adstriclion des pores, et par les bubons ». Que la nourriture soit rafraîchissante et humectante, faite de viandes légères, de bon suc , et aisées à cuire et à distribuer. Pour le boire on peut donner de petit vin , et bien trempé , d'autant qu'il rafraîchit , prouoque les vrines et les sueurs , humecte et fortifie l'eslomach , et recrée les esprits. Qu'on se donne toUlesfois bien garde de le donner lorsqu'il y aura douleur de testé , et tttiand la ûéure séra excitée

1 Le texte variait ici en 1575 et en 1579. On lisait :

<t Au ieste que côstc iegle tô soit générale, d'opposer à chaque cause dont ceste ûeure aura esté excitée , son contraire pour remède, comme au trauail le repos, aux veilles le dormir, à la colcre et fascherie toutes choses plaisantes , propos ioyeux et récréatifs : au bubon la curation de l'vlcere dont il aura esté excité , on après celle du bubon , enfin de la fieurc. Le vin médiocrement trempé, scion la coustume du malade, est vtile en toutes les causes de la fleure diaire, excepté quand il y aura douleur de teste, quand elle est excitée de courroux , et d' vn bubon, etc. »

Dans son nouveau traité, il a réservé cette règle générale pour la conclusion du chapitre.

^'2 LE VINGTI

de courroux el d'vn bubon: car, principalement en ces derniers cas , il faut retrancher tout à fait le vin , iiisques à tant que l'inflammalion ayant passé son estât vienne en sa déclinaison K

Pour la cure particulière, il faut tenir pour règle asseurée qu'à chaque cause qui aura excité la fiéuie , il est nécessaire d'opposer son contraire pour remède, comme au trauail le repos, aux veilles le dormir, à la cholere et fascherie, toutes choses plaisanleset agréables, propos ioyeux et récréatifs : au bubon la curation de l'vlcere dont il aura esié excité , en après celle du bubon, et enfin celle de la fleure, le ne parle point icy ny de la saignée, nyde la purgation , d'autant que la fiéure estant courte , sans péril, et sans l'impuretédu sang et des humeurs , tels remèdes généreux scroient icy hors de saison.

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