CHAPITRE XllI
DES CAVSES ET SIGNES DES FIÉVUES PVTniDES '
Apres auoir donné la définition et diuision des fiéures putrides, il faut venir à leurs causes et signes, expliquant la façon que les humeurs se pourrissent au corps.
Et desia nous auons enseigné que la cause matérielle des fiéures putrides , est la pourriture de l'vn des humeurs desquels nostre corps est composé, ou de plusieurs d'iceux, ou de tous ensemble. La cause efficiente est l'vne des cinq cy deuant expliquées , mais principalen^nt celle que
Le début de ce chapitré répond presque exactement au début du ch. 3 du livre'^primitif. Il n'y a guère queles premières lignes qui diffèrent.
« Cii. III. ■ — Des fiéures pittndes , premièrement de leurs causes el espèces en gênerai.
« La cause matérielle des fleures putrides est la pourriture de l'vn des humeurs, desquels est composé notre corps, ou de plusieurs d'iceux, ou de tous ensemble. La cause efficiente est l'vne des cinq cy deuant expliquées , mais principalement la seconde appelée putréfaction , de laquelle pour ce il faut maintenant parler vn peu plus amplement.
» La putréfaction est excitée en nos corps, et tous autres qui Sont mixtes el composez des quatre éléments , quand la chaleur qui deusl régir les humeurs est au contraire maistrisec par iceux, par faute de compétente euentilation. Ainsi voyons-nous iournellemcnt les chairs gardées , etc. »
A partir de cet endroit, le tcîdo se suit presque mot pour mot jusqu'à la fin du paratjraphc.
DES FIliVRES.
( nous auons appelée putréfaction, qui I n'est autre qu'une corrupiion qui ari riue aux corps mixtes composés des quatre elemens, par le moyen de la chaleur, laquelle au lieu de régir les humexirs se laisse maislriser par iceux, à faute d'vne siiffisanlc euentilalion et euaporalion. Ainsi voyonsnous iournellenient les cljairs gardées pour l'vtilité (lu mesnage , se pourrir tant en hyuer qu'en esté , lorsque l'air est chaud et humide , espais et non euenlilé : ou bien lors qu'elles sont enfermées en vn lieu remugle »
et estroil. De là vient que les hommes sanguins, pour 1 abondance du sang qui est chaud et humide, sont plus suiets à pourriture que le reste des hommes , si pour la moiudre occasion du monde ils sont piiués du bénéfice de l'euenlilalion , tant insensible qui se fait par les pores du cuir , que sensible et manifeste qui se fait par la contraction et dilatation des artères semées par tout le corps , et par l'inspiration et expiration instituée pour le cœur, principalement à celle fin d'attirer vn air frais et nouueau en nous, et chasser de nous celuy qui est fuligineux. C'est pourquoy nous pouuons à bon droit dire que la merc de pourriture , s'il faut ainsi parler , est l'humidité, et le pere la chaleur, non pas toute sorte de chaleur, mais pelle qui est infectée des vapeurs fuligineuses retenues dans le corps par faute de leur euentilation. De là nous apprenons que toutes choses qui empeschentla liberté delà transpiration peuuent exciter en nousla pourriture, et par conséquent engendrer les fiéures putrides.
Or ccscauscssontouinternesou externes. Externes, comme densité et
• Remugle , humide.
io3
conslriction du cuir causée par l'application de choses astringentes , refroidissantes, desseichantes et emplastlques, laquelle cause propremcMit et en vn mot est appelée conslipaiion. Les internes sont pliKsieurs. premièrement la plelhoro , c'est à dire plénitude et exces.siue abondance d'humeurs, tant à l'esgard des vaisseaux, qui est nommée plenitudo ad vasa , que pour lo regard des forces, laquelle est appelée plenitudo ad vire^. En second lieu , la lenteur, crassitie, viscosité el glutinosilé des humeurs, lesquelles ou occupent et empeschenl toute la capacité des vaisseaux , ou bouchent et estoUpent les orifices d'iceux, en sorte que l'entrée de l'air qui nous enuironne est défendue, et l'issue des vapeurs fuligineuses empeschée, d'où s'ensuit que la transpiration n'estant pas libre, mais fort contrainte, ameine la pourriture dans les humeurs, et ceste cause en vn mot est nommée obstruction 1.
Après auoir ainsi succinctement expliqué les causes principales des fiéures putrides , il faut venir à leurs signes 2. Entre lesquels prehaierement
1 Après l'étude des causes, le reste du chapitre de l'édition de 157-3 était consacré à celle des différences; celles-ci au Contraire ont été traitées dans le texte posthume au chapitre qui précède celui-ci. Voyez la note de la page 101.
2 Ce paragraphe est constitué en grande partie par le chapitre 4 tout entier du livre primitif. Voici comment débutait ce chapitre :
« Cn. IIII. — Les signes des fieures putrides en (jenercd.
« Les fieures putrides sont distinguées et cogneues cn cccy d'auec les éphémères, c'est qu'elles ne suruiennciit point., etc. »
Et ie texte suivait à peu près mot pour ^^àTjusqyî lai h'n'd'u paragraphe ,1 l'cx-
I04 LE VINCTI
nous mettrons cosluy-cy; c'est que ces ficures sont dislinguées des cpliemeiTs, en co qu'elles ne suruiennent point subitement d'vnc cause externe et euidente, comme font les éphémères, mais viennent peu à peu, ayans pour auant-conreur vne inégalité et lassitude spontanée ( c'est à dire qui nous tient sans auoir trauaillé) vne paresse et pesanteur de tout le corps, vn sommeil turbulent , et souuent vne inquiétude du corps et de l'esprit qui empcsche de dormir, vne distension et boufement des hypochondres , vne respiration pénible, replelion, tension et tumeur des veines , douleur pesante de la teste et des tempes, accompagnée quelquesfois d'vne forte pulsation , degoust , altération, nausée, vomissement. Mais quand la fléure est tout à fait formée, elle se reconnoist à ce qu'elle donne vne chaleur bien plus acre, piquante et mordante que l'ephemere ou la synoque simple , principalement en l'augmentation et estât de ses accès. Elle est accompagnée d'inégalité de pouls et de respiration , car la contraction de l'artère qui fait le pouls se sent bien plus légère que la dilatation. Car comme ainsi soit que plusieurs fumées et vapeurs s'excitent et s'esleuent de l'humeur enflammé par putrefaclion ou chaleur pourrissante, Nature par la contraction du pouls déprimant l'artère, se haste à les chasser dehors, n'estant au reste si pressée d'attirer l'air froid par la dilatation. le dis le mesme de la respiration, dont l'expiration est bien plus courte que l'inspiration , à cause de la nécessité qu'a le cœur et le poulraon de mettre hors l air fuligi-
ccption de l'avant-dcrnière phrase du texte actuel : h dis le mesme de ta respiration, etc., qui manquait eu 1576.
ÛME LIVRE ,
neux , acre et piquant qui est à l'en tour d'eux. L'vrine n'est pas semblable à celle des sains : mais ou bien elle est crue , ou elle est trouble , ou bien acre, ou accompagnée des signes de pnurrilure d'humeurs, ou d'vneodeur puante et fétide.
Cesfiéures-cy sont tousiours pires que les éphémères et les synoques simples : il est vray qu'entre icelles , celles qui sont intermittentes ne sont pas si mauuaises que les continues , lesquelles ne sont iamais exemptes de péril, esfans presque tousioursaccompagnées de très sinistres et mauuais accidens, lesquels plus ils sont fascheux,plus ils demonstrent que la fléure est périlleuse. Elles sont pareillement bien plus dangereuses es corps cacochymes qu'aux autres , comme aussi à ceux qui se nourrissent de mauuaises viandes et mal saines , et qui vsent de quelque grand desi eglement en leur façon de viure.
Enfin ceux qui ont les entrailles mal faites et mal habituées, ou qui ont quelque partie noble intéressée et vicieuse, c'est ù dire mal constituée et disposée , sont bien en plus grand danger lors qu'ils tombent en ceste fléure que ne sont ceux qui ont les viscères bien sains, forts, robustes, et doiié^ d'vn bon tempérament.
Il y a finalement des signes pour connoistre les fiéures putrides les vnes d'auec les autres : par exemple si l'on obserue vne chaleur ardente , et vne soif insupportable, non seulement on colligera que c'est vne fléure putride, mais que c'est celle quenous appelions fiicurc chaude : de mesme si elle ne prend que de deux iours l'vn , ou de trois l'vn , on s'asseure que la première est faite de bile , et l'autre de melancholie, et ainsi des autres, desquelles nous parlerons en leur lieu.
DES FI
CMAPITRE XIV.
DE LA CVRE DES FlÉvnES PVTniDES EN GENEHAL.
Comme ainsi soit qu'il y a beaucoup (le causes concurrenles on la fiéuic putride, aussi y a-il en sa cure Loaucoup d'indications à prendre, veti que chaque cause doit estre ostéc par la deuë administration de sou contraire.
C'est pourquoy nous disons qu'en g-eneral , il n'est pas seulement besoin d'altération par les choses rafraichissantes, à fin de corriger l'intem perle chaude de tout le corps, comme aux éphémères: mais qu'il faut en cuire vser de coction et euacuation de l'humeur pourri, qui est la matière de la fléure ^ En vn mot, quelquesfois il est besoin de tirer du sang-, vne autre fois de purgei les humeurs vicieuses et peccantes : tantost il faut esuentiler la matière qui se pourrit et qui fait les obstructions, aussi fautil par fois rafraîchir, desseicher, inciser, deterger, fortifier. Mais comme toutes ces choses ne peuuent estre
> Ce début répond presque exactement à celui du chap. 5 du livre primitif. Le lecteur peut en juger.
« Ch. y . — La cumlion des fteures putrides en (jenend.
» Les fleures putrides, pour leur curation en gênerai , n'ont besoing de simple altéralion par choses réfrigérantes , pour corriger l'intempérie chaude de tout le corps, comme és diaires : mais en oultre de concoclion et euacuation de l'humeur pourry, qui est matière de Heure. »
Mais après ceci le texte posthume a ajouté des détails assez longs, et nous ne retrouverons la fin du chapitre primitif qu'au 'A'- paragraphe du chapitre actuel.
iîvnr:.<;, io5
faites toutes à la fois, îlfautsuiure le conseil que Galion donne à l'onzième de la Méthode chap. 10 , qui est qu'en la résolution et analyse des causes, ce qui est le dernier trouu(5 doit estre mis le premier on exécution, lors qu'il est question de la cure des maladies. C'est donc ce qu'il faut faire en la cure des fiéures putrides: il faut commencer à osier la cause qui a esté" Irouuée la dernière en ordre de la génération d'iccUes : par exemple, il faut euacuer la matière qui fait obslruction. Car si la fiéure ne peut estre ostée tandis que la pourriture demeure, qui est la vraye et propre cau.se, et si la pourriture ne peut cesser tandis que l'esuentilation est empeschée , et si l'esuenlilation ne peut estre libre tandis queTobsl ruction perseuere, il faut conclure qu'auant toutes choses, il faut ester les causes qui empeschent la transpiration, qui est l'obstruction ou constipation. Or l'obstruction estant en partie faite, en partie se faisant tous les iours , ce seroit trauailler en vain qui voudroit oster l'obstruction qui est desia faite, douant que d'empescher celle qui se doit faire tous les iours. Car encore bien qu'on tasclie de vuider les humeurs qui font l'obstruction , mesme quanil on osteroit tout à fait l'obstruction , ce n'est toutesfois rien d'auancé, puis que l'on n'empesche pas que les humeurs n'affluent derechef pour continuer l'obstruction. C'est pourquoy il faut s'arreslor à ceste maxime, que pour commencer la guerison des fiéures putrides, il faut douant toutes choses osier l'humeur superflue qui est propre à faire l'obstruction : car ce faisant on emposche qu'il ne se face aucune obstruction dans le corps.
Voicy donc six ou sept chefs qu'il
106 LE VlNGTl
faut obseriier en la cure des fiéurcs putrides. Le premier, est qu'il faut ester les causes euidenles et manifestes , s'il s'en Irouue quelqu'vnc qui puisse au{?inenler le mai. En second lieu, il faut prescrire \n régime de viure propre et conuenable, suffisant d'entretenir les forces, et ne fomenter pas le, mal. Tiercemcnt, il fautretrarielier la causeanlecedente eneuacuant les humeurs superflues et vicieuses par les voyes con uenables, sçauoir par la saignée, ou par la purgation, ou par les deux ensemble. Quatrièmement, il faut dégager les obstructions s'il y en a , et procurer par toutes sortes de remèdes propres et conuenables, la transpiration et l'euentilalion des humeurs. En cinquième lieu , il faut corriger les indispositions du corps et des parties nobles, qui engendrent tous les iours de nouuelles humeurs vicieuses, ou qjiii corrompent les bonnes. En sixième lieu , si la matière d'elle mesme ne chasse les mauuaises humeurs, il faut les euacuer , ou bien , si faire se peut , les corriger et les ramener à quelque meilleure trempe. Enfin, il faut corriger l'intempérie du corps et des humeurs, oster la pourriture , restablir les parties en leur premier estât , et rendre à celles qui sont débilitées et affoiblies leur première force et vigueur.
Mais il faut icy obscruer, deuant que venir à l'euacuation des humeurs vilieuses , qu'il faut préparer tant le corps que les humeurs K La prepara-
1 Nous revenons ici au texte de 1575, chap. 5 :
« Deuant que procéder à l'euacuation , il faut préparer le corps et les humeurs. »
C'est bien là le début de noire paragraphe actuel. Le reste su! t jusqu'à la Un , sauf quelques njodiQcations, et nous signalerons dans
HE LIVRE
lion des humeurs se fait en atténuant et subliliant ceux qui sont espais, detergeatit ceux qui sont lents, et incisant ceux qui sont viscides et gluans. le ne mets point icy en controuerse , s'il faut espaissir ceux qui sont trop liquides et ténus: l'en laisse la décision à ceux qui en ont fait des liures entiers'. La préparation du corps se fait en oslant et ouurant les obstructions, et rendant tous les conduits du corps, tant manifestes qu'insensibles, tant internes qu'externes , ouuerts, libres et transpirables. C'est pourquoy en vain en vne fiéure causée d'obstruction interne, ordonnet-on choses qui esmeuueut les sueurs et les vrines. Car par ce moyen on euacue l'humeur crud de la cauité des veines et entrailles en l'habitude et superficie du corps, auquel lieu, par défaut de chaleur suffisante, il ne se peut iamais cuire qu'à tres-grandfi peine et en fort longtemps : là où si on l'eust laissé à l'entour des entrailles il eut peu se cuire aisément, facilement et en peu de temps, à cause de la chaleur puissante qui réside en ces lieux-là : qui est l'occasion pour laquelle Galien au liure quatrième de la conseruation de la santé , et au liure premier à Glaiicon., défend fort sagement de tirer du sang à ceux qui ont des crudités au ventricule et veines de la première région du corps 2, d'autant que par telle euacuation le sang qui souuent est bon et loiiable tant en quantité qu'en qualité, des grandes veines est euacué et tiré, et iceluy qui est crud , corrompu et pourri, est attiré du ventricule dans
les notes suivantes celles qui ont quelque peu d'importance.
' Celle phrase manque en 15')'5.
' L'édition de 1575 ajoute : comme is veines mesarafques.
les grandes veines et vers les parties nobles. Que si la fiéure putride esloit causée, non d'obstruction interne, niais de la constipation du cuir, pour lors les modicarncns qui purgent sont inutiles , d'autant qu'ils al tirent l'iuj nieur pcceante de la superficie au dedans et centre du corps : en ce cas-là il faut donc se scruir des siuloriOques et diurétiques Toutcsfois il faut noter que si l'euacuation que nous tascbons faire par digerens et sudoritiques n'est sufflsanle pour euacuer toute riiumeur, qu'en tel cas il sera vlile d'vser de medicamens purgatifs et diurétiques : comme au contraire lors que la crudité des bumeurs qui sont en la première région du corps , sera cuitle, digérée et railiflée, il sera tres-necessaire non seulement de purger par en bas, auec potions et clysteres, mais aussi de prouoquer les sueurs et les vrines 2.
Quiconque voudroit icy spécifier par le menu tous les remèdes qui sont nécessaires et vtiles aux ûéures putrides, auroit besoin de faire vn discours plus long que celuy que nous auons entrepris pour toutes les fleures :
d'autant qu'il n'y a sorte de médicament qui ne puisse y estre approprié, à cause delà grande diuersité d'indications que nous auons dit deuoir estre prises en la cure de ces fiéures. Il eust esté aussi bien à propos de mettre icy en question si la saignée
• Celle fin de plirasc : en ce cas là il fniit donc se seniir des sudori/iqiies el diurétiques, manque dans le lexle de 1675.
* Ici se terminait en réalité le chapitre 5 de l'édition de 1575; toutefois , elle ajoulait une phrase finale pour servir de transition au chapitre suivant :
1 Apres auoir ainsi descrit les causes et espèces en gênerai , reste maintenant de parler de chacune en particulier. »
DES FIIÎVRFS.
est nécessaire à toutes pourries: car comme il est Ires-cer-
les fiéures
tain qu'elle conuient à celles qui se font du sang pourri , et aussi à celles qui se font des autres humeurs, et qui sont continues: de mesme peuton douter si elle est vlile aux fiéures intermittentes, qui ont leur siège non dans le sang ny dans les grands vaisseaux , mais dans les autres bumeurs non alimenteuses, et dans les petites veines csparses parla première région .
Mais le remets cette difficulté lors que nous paierons delà cure des fiéures intermittentes en particulier.