‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 64 sur 515 · DE LA FIÈVRE SYNOQVE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE SYNOQVE

Cy dessus nous auons rapporté la différence qu'il y auoit entre la synoque simple et la synoque putride , et auons dit que celle -cy estoit vne fiéure cont inue, excitée de la pourriture du sang qui est contenu dans les grands vaisseaux situés entre les aisncs et les aisselles. Or ce sang qui se pourrit est modéré, tempéré, et composé d'vne égale permislion et meslange des quatre bumeurs : ce que ie dis à fin qu'on la reconnoisse des autres fiéures continues, lesquelles ont cela de propre, que si le sang n'est modéré et également mesié des autres humeurs, ont des sensibles redoublemens et exacerbations, ou tous les iours, ou de deux l'vn,oude trois l'vn, selon qu'ily a en la masse du sang vne humeur qui excède et surabonde , ainsi que nous dirons cy après. Mais lors que le sang est proportionné d'vne égale partie des autres humeurs , pour lors ceste fiéure n'a aucuns redoublemens sen-

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*ibles , si ce n'est lors que les vapeurs putrides qui s'esleiicnl. de ce sangsY'uaporeiU plus on moins : ce qui Tait et produit trois dej^rés de Heure, qui sont comme autant de dilîerences d'icelle, sçauoir, l'homotone ou acmastiqiie^ l'epacmastique, et la paracmastique, desquels uous auons parlé cydcssus au chapitre de la synoque simple. Quelques aulheurs ont voulu nier qu'il y ait aucune fiéure synoque putride, d'autant (disent-ils) que le sang ne se peut enflammer et pourrir qu'il ne se tourne incontinent et dégénère ou en bile, ou en atrabile, ce qui fait indubitablement changer l'espèce de la fleure Mais pour toute response, ie les renuoye à Galien au huitième de la Méthode, chap. 3, au second dea Différences des fiénres, chapitre 2 et 11, et au troisième des Crises cliap. 4, ausquels lieux ils pourront voir que Galien admet ceste fiéure pour deux ou trois raisons qui n'ont point de repartie.

Les causes de ceste fleure ont esté expliquées cy-dessus au chapitre 13, là où nous auons dit que c'estoit ou la constipation , ou l'obstruction , les quelles estoient cause que la pourriture se mettoit dans le sang, principalement en iceluy qui est moins pur et net. On pourroit icy s'enquérir s'il est possible de subsister auec la pourriture du sang, qui nous sert de nourriture, etcomment il se peut faire qu'estant vne fois pourri, il puisse se corriger et reuenir en grâce et en faneur auec la nature. A cecy ie respons que iamais tout le sang ne se pourrit, si ce n'est par vne extrême ou insigne pourriture, de laquelle il n'y a point d'appel , pour eslre icelle tout à fait ennemie denostrevie : mais toulesfois et quand que la pourriture se met dans les veines , elle pourrit à

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la vérité tout le sang, mais non pa toutes les parties du sang. Car iceluy estant composé de trois autres humeurs, et en outre d'vne certaine sérosité: en premier lieu, la partie plus prompte et plus preste à .se pourrir reçoit la pourriture , et puis ensuite les autres parties les vnes après les autres, selon qu'elles ont plus ou moins de disposition : et ainsi la pourriture s'introduit au sang et y demeure, iusques à ce que toutes les parties du sang plus disposées à pourrir ayent esté consommées et dissipées, et la fléure entièrement esteinte : cependant la partie du sang la meilleure, et qui pour n'auoir pas eu disposition à la pourriture ne s'est point infectée auec les autres, demeure et perseuere en son entier pour la conseruation et entretien de la vie C'est pourquoy nous respondrons aux difflcultés proposées , que toutes les parties du sang ne se pourrissant pas, il en reste quelqu'vne saine et entière qui sert de nourriture à nostre corps.

Pour les signes de cette fiéure, ce sont les mesmes qui se trouuenten la synoque simple, mais en vn degré plus eminent et excellent. La chaleur est plus acre, le pouls plus grand, véhément, viste et fréquent qu'en la simple synoque, outre qu'il est inégal et de réglé, à cause, connue ftous auons dit au chapitre 13, que sa contraction est plus légère que sa dilatation. Les vrines en ceste fiéure sont rouges, espaisses , troubles, sans sédiment, et puantes. Bref tous les accidens et symptômes sont plus violens qu'en la simple synoque. Aussi est elle bien plus périlleuse, sur tout lors que dés le commencement il suruienl vn cours de ventre, car il abbat tellement les

1 /-'niiez Fei iicl , an liv. 4 de la Pailio., ch. G. — A. P.

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forces, que la nature ne se peut rendre la maistresss du mal. Il est vray que si ce cours de ventre venoit à cause d'vn grand amas d'humeurs, il poiuTOit accourcir la fleure, pourueu qu'il ne fiisl de longue durée : mais s'il vient de la malignité des humeurs, pour l'ordinaire il apporte la mort

Au reste ceste fiéure quelquesfois se termine au qualriéme iour, bien que rarement : le plus sonnent c'est au septième, et ce , ou par cours de

ï L'édilion de 1575 ne con ieiit aucune descriiilion de la Jicuresijnodie putride, chose d'aulaiit |)lus singulière, qu'elle a un chapitre exprès consacré à la cure de celle flèvre, comme nous le verrons au chapilre suivant. Tout au plus reni oulre-l-on au chapitre 9 quelques mots'qui y ont rapport, et qui se retrouvent d'ailleurs dans ce livre nouveau au chapilre 17. Mais dans l'édilion de 1579, au chapitre déjà cité du livre des Tumeurs, Paré avait essayé de donner une idée de la sijiiocUe puiride qu'il rattachait alors au phlegmon ; voici ce texte :

« Que si le phlegmon est en vne parlie interne, ou fort grand, ou voisin de quelque partie noble, de sorte qu'il puisse enuoyer de soy conlinuelleracnl au cœur quelque portion et vapeur de sa sub.slauce pourrie, et non par la seule qualité de chaleur contre nature, par continuation des parties de l'vnc l'autre , il fera l'espèce de fieure que nous disons Synoche puiride, si le sang, qui par contagion se pourrit dans les grands vaisseaux , est composé d'égale meslange et permislion des quatre humeurs.

» Ceste heure se connoi^l à ce qu'elle n'a aucune rémission ou cxaccrbalion, encores moins d'inlermission. Elle lient le fcbricilant oultie les vingt-quatre heures, ne linissant point lors à la mode des intermittentes par vomissemens , sueurs, ou moileurs, ou peu à peu insensiblement, mais perseuerant dure iusqucs à ce qu'elle se termine et quile du tout le malade. Elle ne surprend sinon ceux qui sont de bonne nature , en tempe- ,

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