CHAPITRE XXVI
DE LA FIÉVBE QVOTIDIANE CONTINVE K
La fleure quotidiaue continue est vn peu plus fréquente que n'est pas
' Ce chapitre répond esscnliellement au chapitre 12 de 1575, intitulé: Cure de la fleure qnoûdiane coiuinuë. Toutefois il y a quelques différences, que J'aurai soin de signaler.
rintermitlente : et quant au reste elle ne diffère point d'auec elle, soit en sa connoissancn, soit en sa curalion.
Toute la différence qu'il y a entre ces deux Céui es , c'est en leur foyer , celuy de la continue estant dans les grands vaisseaux, et celuy de l'intermittente dans les polils vaisseaux , au fond du ventricule , aux intestins , mésentère , et autres parties adjacentes de l'abdomen : d'où il arriue que la chaleur de rintermitlente est moindre que celle de la continue
Au reste lu connoi&tras la continue par les mesmes indices que l'internuttente,teresouuenant lousiours qu'elle n'a ny accès, ny frisson, ny intermis^ sion 2, et qu'entre toutes les fleures continues, il n'y en a point qui ait plus de ressemblance auec son inlermitlente que ceste-cy: d'autant que rintermitlente a si peu d'iaterualle et d'intermission , que durant ce repos mesme il semble que la Céure perseuere lousiours , si bien que Galien mesme auec tous les anciens Grecs ont douté si ceste Qéure intermittente n'estoit point continue, comme lu pourras apprendre du Chap. i du
1 Le premier paragraphe du chapitre de 1575 est fort différent quant à la rédaction, et plus encore peut-être relativement à l'une des idées principales. Tandis que le texte actuel déclare la fièvre quotidienne conti nue plus fréquente que l'intermittente , le texte primitif dit :
« Ceste (îeure est fort rare , de tant que bien difficilement aduicnt-il que la pituite pourrisse dans les veines , et grands vaisseaux, comme ainsi soit que nature la garde comme sang à demy cuit, pour la tourner en vray sang en cas de nécessité. »
2 Lit s'arrête tout ce que l'édition de 1575 contient sur le diagnostic; le reste du paragraphe appartient en entier au livre posthume.
lin. 2 des Dilfercnces des fiéurcsûc Galion.
La façon de guérir cosie fiénre continue est (liuerso, selon la diuersiléclcs temps de la maladie. C'est pourquoy au commencement il sera très à propos de lascher le ventre auec vn clyslere , ou quelque médecine douce , bien que ie voye la pluspart des Médecins d'à présent reculer la purgation iusques après la saignée Doncques après le clystere, il faut penser à la saignée , s'il y a iuste occasion de ce faire, comme si la tiéure est grande, si le pouls est haut et esleué, si les Yrines sont espaisses et rouges , .s'il y a quelque estouffement , si les forces le peuuenl porter : toutesfois quoy que ce soit, il ne faut pas beaucoup tirer de sang à la fois , mais partir et diuiser Teuacuation à deux ou à trois fois 2. Deux iours après la saignée , il faut donner vn minoralif pour tousiours soulager la nature , la descbargeant d'vne partie de son faix : ce qui se fait à commandement auec vne décoction propre contre la pituite, en laquelle on dissoudra du catholicon ( et non de la casse, qui est ennemie du ventricule et de cesle maladie, à cause de son humidité) et quelque peu de diaphœnicum. Car le catholicon , bien qu'il soit propre à purger la bile, si est-ce que dissout en quelque décoction atténuante et incidente, purge aussi la pituite. En après il faudra cuire la masse de l'humeur pituiteux par détersifs , incidens et apéritifs : le
1 Ceci est le texte presque pur de 1575; seulement celle fin de phrase : bien que ie voije la pluapan des Médecins, etc., est une addition du livre posthume.
' Ces mots : mais partir et diuiser l'euacnation, etc. , sont encore une addition du livre posthume.
DES riÉVRES.
miel rosal colilé et rhydromel détergent, incisent et ouurent : l'oxymel
tant simple que composé, le syrop aceteux , de byzcmtiis , capilli veneris, de duabus et quinquc radicibus. En fin faut donner vne bonne et passablement forte purgalion pour purger la matière, ainsi comme dit est préparée 1. On obseruera toutesfois , que si la chaleur de la fiéure est véhémente et acre, on doit con tempérer les syrops cy-dessus nommés auec de plus bénins et moins eschaulTans , tels que sont les syrops d'endiue simple et composé, l'eau d'endiue, de borrache, des capillaires, et autres de mesme faculté.
Au reste , souiiicnne-toy en ceste fiéure lousiours de roborer le ventricule , ce qui se fera commodément auec le niithridat. En ceste fiéure il faut fuyr l'vsage immodéré des potages , couUis, et choses semblables, d'autant qu'elles humectent trop le ventricule , et emplissent la teste de vapeurs : pour laquelle mesme raison il faut nourrir le malade de chair solide, de bestes de moyen aage: car celle des ieunes est pleine d'humidilé muqueuse et excremenlilielle.