‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 77 sur 515 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

DE LA FIÈVRE EPIALE, ET DE tA LYPIKIE.

Nous auons remarqué cy-deuant, ce me semble, que la pituite nalu-

1 Là s'arrête le paragraphe dans le texte primitif; la phrase qui suit appartient au livre posthume : après quoi le dernier paragraphe est copié presque c.Kactcmcnl sur l'édition de 1575, où, comme dans celle-ci, il termine le chapitre.

l44 LE VINGTIi;

relie, douce ou insipide, cstoit cause de la fiéure quolidiane inlermitlenle exquisileel légitime, laquelle nous auons expliquée au Chapitre 25 : il reste maintenant à dcnionstrcr que les autres espèces de pituite non naturelle, telles que sont la salée, l'acide et la vitrée, font l'autre espèce de fiéure quotidiane illégitime ou bastarde. Mais nous auons deux sortes de cesle fiéure bastarde : l'vne plus douce et moins fascheuse, qui est engendrée de la pituite salée ou acide , l'autre plus importune et fascheuse , qui se fait de la pituite vitrée. Pour la première qui se fait de la salée ou acide , nous n'en dirons autre chose , à cause qu'icelle approche fort de la condition et nature de la quolidiane légitime, c'est pourquoy il faut fort peu d'indications et de remèdes. Qu'on se remette seulement deuant les yeux que la pituite acide se fait par vue véhémente froideur, la salée par vue chaleur estrangere, la douce et insipide par vue froideur médiocre : que l'acide excite la faim , la salée la soif , et la douce le sommeil : et que l'acide demande des medicamens qui la puissent cuire et adoucir , et la salée des purgatifs qui la chassent hors du corps. Ce faisant, il sera aisé d'appliquer les remèdes de la quotidiane légitime à la quotidiane bastarde , qui sera faite ou de la pituite acide, ou de la salée.

Pour l'autre fléure bastarde qui se fait de la pituite vitrée, elle est nommée Epiale d'vn nom grec qui signifie chez les Latins Algorcm^ c'est à dire froideur véhémente , telle qu'on la ressent en cesle fléure. Or elle est definie fiéure quolidiane bastarde , laquelle apporte au corps vu ressentiment de grande froideur, et de peu de chaleur, engendrée de la pituite

MU ttVRtî,

vitrée qui se pourrit en partie. Par ceste définition nous apprenons premièrement, qu'il y a en cesle fiéure vn inégal sentiment, d'autant que les parties tout ensemble ont froid et chaud : mais ce froid est violent , et la chaleur est douce et modérée. Car cesle fiéure estant engendrée de la pituile vitrée , laquelle est l'humeur la plus froide et la plus humide de tout le coips, il adulent qu'à cause de cesle grande froideur les parties du corps ressentent le froid : et à cause que ladite humeur se pourrit , les mesmes parties ressentent du chaud: mais le chaud est moindre que le froid , à cause qu'il n'y a qu'vne petite portion de l'humeur vitrée qui se pourrit : le reste estant sans pourriture demeure froid et humide , d'où vient ce grand ressenliment de froid.

Nous dirons en second lieu , que l'humeur vitrée s'engendre en nostre corps , ou à cause des alimens qui sont grandement froids et piluileux, ou à cause de la chaleur nalurelle qui est foible et languide.- mais ceste humeur ne peut s'y engendrer en grande quantité, pource qu'vnefroideur telle qu'il en faudroit pour amasser vne grande quantité de cesle humeur vitrée , esteindroit tout à fait la chaleur naturelle. Or tandis que ceste humeur ainsi amassée dans le corps ne se remue point , et ne s'esmeut point , elle n'apporte point de grande froideur aux parties , d'autant que les parties sont accoustumées à la sentir : mais lors qu'elle vient à se porter el à se mouuoir par les parlies sensibles , c'est lors qu'elle apporte le ressentiment de froideur iusupporlable , sans aucune fiéure, si cela adulent sans qu'elle se pourrisse : mais si elle se vient à pourrir, alors elle excite la fiéure. Finaleuieul nous pouuons ap-

DES FfEVniîS.

prendre par la définition susdite, que ceste humeur se peut pourrir ou en partie , ou totalement et entièrement.

Que si elle se pourrit entièrement, elle apporte vue liéure vrayment quotidiane, dont la guerison est fort peu différente de celle que nous auons apportée cy-deuant. Si elle se pourrit en partie, elle engendre la fleure f^yna/f, et voila la cause du sentiment inégal qui est au corps durant l'accès de ceste fleure : car la portion d'humeur qui n'est pas pourrie cause le iroid , la portion qui est pourrie enuoye des vapeurs chaudes par tout le corps, qui donnent la conuoissauce de la fleure. Elle arriue à la vérité Ires-rarement, et le commencement de son accès est par des baaillemens , frisson violent, petit pouls et tardif, vrines crues et aqueuses : l'accès arriue tous les iou rs, s'eslend quelquesfois iusques à vingt quatre heures , quelquesfois moins : mais tousiours il est plus rude que celuy des quotidianes légitimes , et apporte des symptômes et aeeidens plus violens.

Pour la cure , il faut mesme régime de viure qu'aux légitimes, sinon qu'il faut qu'il soit vn peu plus eschauffant , altenuatif et incisif. Il ne faut nullement parler icy de la saignée, de peur que la pituite se rendant plus tenace et visqueuse , n'apporte vne fleure tres-longue et tres-difflcile à guérir. Il se faut seruir de medicamens qui eschauffentet qui incisent, commençant toulesfois par les plus légers, pour puis après venir aux plus forts. Du commencement donc on donnera le syrop aceleux, l'oxymel, auec les décoctions de bourrache, buglosse , beloine, les cinq racines aperiliues, calament, origan , et autres. En après on donnera l'oxymel composé et scillitiquc, le syrop d'hys-

iir.

sope, debîzance,dcsdeux et des cinq racines, qu'on dissoudra dans vn apo zemepreparéauechyssope, calament, origan, thym, slœchas, absinthe, racines d'enula campana, d'ireos, et autres de pareille vertu. Ayant ainsi préparé les matières , il faudra venir à la purgalion, à fin de vuider ce qui aura esté bien cuit et préparé , et ce auec diaphœnic , diacarlhami, les deux hieres, ou pillules conuenables. Cela fait , derechef il faut recourir aux alleratifs, à fin d'eschauffer et d'inciser, et puis après aux purgatifs, n'obmeltant pas par interualle l'vsage des clysleres ou suppositoires vn peu acres. Bref on recommande les esluues seiches, lors que les signes de coction apparoissent , lesquelles on peut préparer auec menthe, origan, r osniarin, calament, sarriette, thym , slœchas et autres, qu'on fera boijillir dans quatre portions d'eau de riuierc, et vne de vin bl me. Par le moyen de ce remède, la pituite crasse et espaisse est atténuée , et puis après euacuèe par les sueurs, mais que le malade no s'en serue qu'à ieun , et après awoir purgé le ventre, ou auec vn purgatif le iour précèdent, ou auec quelque clystere. Il sera bon sortant des estuues de frotter le corps assez doucement , et principalement le long de l'espine du dos, que l'on frottera auec huile ; de iasmin, de camomille , d'aneth, de nard , de noix muscade , et autres semblables. Après cela qu'on donne au malade vne dragmc de trium piperum, ou diacalamenlhe , ou mithridat , ou theriaque , ou de quelque opiate vsuelle qu'il prendra en bol , ou bien délayée auec vn peu de vin blanc.

Deuant que de finir ce Chapitre , ie diray vn mot de la fleure que les Grecs ont appellèe Lypirie, pource qu'il

LE VlNGTllblli LIVRIC,

semble que la cbalcur défaille en icelle. A la vcriti' io nie Uouuc bien cmpcsché ù quollo sui lc île Gcures ie la dois rapporter, voyant les Arabes estre contraires tout à fait aux autheurs grecs, ceux-cy larapportant à vnc grande inilammation, ceux là à vne pituite crasse et visqueuse. Pour nioy,aprés auoir bien esplucbéles raisons des vns et des autres, ie trouue qu'il y a deux sortes de fiéure Lypirie, l'vne proprement ainsi appellée , et l'autre appellée improprement et par ressemblance. Celle qui est proprement appellée Lypirie , est celle des Grecs , qui est vne Genre continue , causée par l'inflaramalion véhémente de quelque partie intérieure, ou par vne ferueur desmesurée d'humeurs chaudes, bouillantes et malignes , en laquelle les parties intérieures bruslent, cependant que les extérieures demeurent toutes froides : ce qui arriue pource que la chaleur du dedans attire à soy comme vne ventouse la chaleur des parties externes. Or telle fleure n'appartient nullement aux fiéures pituiteuses : c'est pourquoy il n'est point besoin d'en donner icy la guerison : il faut les reseruer pour les symptoraatiques, qui suiuent l'inllammation de quelque partie noble. Il faut seulement parler de celle que nous auons dit estre improprement appellée Lypirie, et ce pour ressemblance qu'elle a auec la précédente , qui est en ce que le dehors demeure froid, tandis que le dedans brusle. Car estant engendrée d'vne pituite espaisse et visqueuse , la chaleur et les vapeurs sont tellement retenues et suffoquées, qu'elles ne peuuent s'estendre à l'extérieur : d'où il arriue qu'on sent de la chaleur au dedans du corps, mais au dehors ou y sent du froid. Les auUes veulent

qu'elle se fasse d'vne pituite moins espaisse, qui se pourrissant au centre du corps y allume le feu , mais qui enuoye à l'extérieur si peu de fumées et de vapeurs, qu'elles n'ont pas la force d'eschautler beaucoup ni longtemps les parties: c'est pourquoy elles demeurent tousiours froides.

A cçste fiéure icy ie ne connois point d'autre curation que celle de l'Epiale et des autres quotidianes. Le régime de viure est de mesrae façon , les purgations pareilles , les alleratifs de mesme vertu. Lesautheursqui en ont traité ordonnent le syrop aceteux et l'oxymel , pour préparer la matière, y meslant toutesfois les choses qui fortifient et corroborent l'estomach, comme le syrop de roses seiches et de berberis. Après cela ils purgent le corps auec l'aloë , la hiere et la rheubarbe. Par fois ils ordonnent le vomissement, vne autre fois les diurétiques , le plus souuent des clysteres acres et forts. Bref, ils gardent le mesme ordre qu'en l'epiale , et font prendre au malade lesestuues seiches, les sueurs ,les frictions, onctions, opiales et antidotes qui ont esté spécifiés cy dessus.

Ce qui doit suffire pour la conclusion des fiéures pituiteuses.

Page 1