ET SOMMEIL
L'assoupissement est contraire aux grandes veilles, et tous deux sont contre nature : voire mesme que l'assoupissement quelquesfois suruient aux febricitans en suite des grandes veilles, après leur auoir ordonné trop inconsidérément les narcotiques et somnifères : mais nous ne parlons point de cest assoupissement là, ne croyant pas qu'il y ait aucun sage el prudent médecin qui face ceste faute :
il n'y a que les empiriques et igno-
DES FràvUES.
mns qui, pour n'auoîr aucune coiinoissante, uy delà maladie, ny du teniperamenl et des forces du malade, peuuent ielter les febricitans en ce danger. Nous parlerons donc de l'assoupissement qui suruieiit aux fiéures, qui se reconnoist en ce que les malades se resueillent à peine , et estans resueillés retombent au sommeil tout inconliiient-
ïel sommeil contre nature est excité de quelquesmauuaises et malignes vapeurs quise congèlent aucunement dans le cerneau, et s'y espaississent en partie ; cependant que celles qui sont les plus ténues, desliées et légères se dissipent tout à fait. Il y a des fiéurfs qu'on appelle soporeuscs , à cause qu'elles apportent tousiours auec elles de grands assoupissemens :
et cela vient de ce que y ayant quantité de pituite à l'entour des entrailles, l'ardeur de la tiéure venant à la fondre et liquéfier, enuoye grande abondance de vapeurs crasses et espaisses au cerneau , lesquelles par après se resoudent et conuertissent en humeurs qui apportent l'assoupissement.
Quand on voit ces grands assoupissemens, il faut resueiller le febricitant, tanlost auec les choses qui puissent eschauffer les esprits animaux engourdiset gelés, tantost auec celles qui resueillent la paresse de la vertu expuUrice , tantost auec celles qui atténuent , incisent et euacuent la pituite qui abreuue le cerueau.
C'est pourquoy on agitera le malade çà et là , on luy fera des frictions fortes et dures, que l'on continuera longtemps , on parlera sonnent à luy , on luy fera des ligatures douloureuses aux bras et au dessus des genoiiils , on le pincera , on luy tirera les cheueux , on le venlousera auec scarifications profondes , on luy met-
tra desvesicatoirescn diuers endroits, entreies espaules, derrière les oreilles, et au sommet de la teste. On luy donnera des clysteres acres et piquans.
On luy mettra du castoreum dissout auec fort vinaigre dans les narines, sans oublier les sternutatoires et masticatoires. L'on loue fort en cesle extrémité la confection dite anacardina, dissoute auec vinaigre scilli- •.
tique. Si tout cela ne profite , à peine trouuera-on d'autres remèdes.