CHAPITRE VII
DE LA OVATRIÉME ESPECE DE FRACTVRE , QVI EST INCISION , APPELLÉE d'hIPPO-
CRATES MERQVE ov SIEGE : aulremcnt figure délaissée du baston duquel l'os aura esté frappe.
Il y a semblablement plusieurs espèces d'incisions faites au Crâne : aucunes superficielles , autres moyennes, pénétrantes iusques au Diploé,
* Paré traite ici beaucoup trop brièvement des enfonceures du crâne, pour lesquelles il semble regarder l'opération comme toujours indispensable. Bérenger commence par distinguer les grands enfoncements qui lèsent le cerveau par compression, de l'enfoncement de simples esquilles qui piquent et blessent les membranes. Or, l'enfoncement, même considérable, n'entraîne pas toujours des accidents assez graves pour obliger le ehirurgien à agir.
« J'ai vu pour ma part, dit-il, une grande et notable compression sans fracture manifeste, dans un autre âge que l'enfance; la peau n'était point divisée et il y avait pourtant une concavité notable à la tête, et les malades ont été guéris parles emplâtres, sans fâcheux accidents. Je traite en ce moment un enfant qui a l'os fortement déprimé, et il n'y a aucun accident fâcheux.
» Quelquefois la compression produit des songes pénibles, j'en suis témoin parce que je l'ai vu une fois sur un certain Ricio, cocher des dames de la noble famille des Pio, à Carpi, lequel, à l'âge de vingt-cinq ans , eut le crâne enfoncé d'un coup de clef: dans ses songes il se croyait attaqué par des ennemis et jetait des cris ; mais il avait peur et criait même dans la veille, et cnlin il avait des momcns de sommeil et de veille où il était tranquille et ne criait pas. D'après ces l signes, mon père fit une incision à la peau,
autres pénétrantes toutes les deux tables : aucunes sont auec perdition de la substance d'os : aucunes sont lon-
qui n'avait reçu qu'une contusion avec un peu de gonflement, et l'os mis à nu fut trouvé rompu et enfoncé. Le lendemain avec line scie fine, on fit l'opération comme la cure l'exigeait, et ayant extrait une certaine quantité d'os, on porta en-dessous un élevatoire, et l'on releva tout l'os enfoncéqui était un très grand morceau et qui ne bougea plus de sa place. Une demi-heure après l'homme avait repris son ancienne intelligence, et il guérit ensuite avec les soins convenables. » Fol. 24.
Il avait vu aussi comme A. Paré que ces grands fragments peuvent encore se reprendre, parce qu'ils adhèrent toujours en quelques points au reste du crâne ou à la duremère. Le crâne reçoit en eUetsa nourriture des vaisseaux du péricràne et de la dure-mère.
« Que le crâne reçoive sa nourriture de la dure-mère, j'en ai fait l'expérience à Florence sur un enfant de douze ans ou environ, fils d'un teinturier, qui avait reçu un coup de pied d'un mulet. Il y avait un fragment du crâne détaché de toutes parts, de l'étendue d'une grande hostie, et enfoncé audedans de l'épaisseur d'un couteau. Je fus appelé avec maître Alexandre de Ripa, physicien, et un certain Tanfura, chirurgien, et ayant vu l'os enfoncé, nous voulions le relever avec les instruments convenables. Mais dans nos tentatives nous vîmes une veine notable rompue d'où sortait une grande quantité de sang, ce qui rendait le cas fort périlleux , et nous abandonnâmes l'os qui empêchait le sang de couler, espérant le relever plus tard : et dans le cours du traitement nous vîmes que l'os était toujours vivant , et qu'il n'arrivait point d'accidents graves Je restai seul chargé de la cure , et jei vis l'os se consolider par les cotés à l'aide d'un cal ; je le laissai, et l'enfant guérit parfaitement bien.
i> J'en avais vu auparavant d'autres exemples, et j'en ai vu encore depuis, que j'omets pour cause de brièveté.
» il|'ai vuaussiplusieurscompressions surla
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gues, autres courtes : aucunes larges, les autres estroites : aucunes sont faites auec vn instrument aigu, com-
tête d'cnfans,survenues par une chute ou par la maladresse des sages-femmes, et que j'ai guéries sans qu'il survînt de ces rêveries. Je crois que c'est que la compression n'était pas assez forlepour les produire.» Fo/. 25,recto.
Passant ensuite à l'histoire des simples esquilles enfoncées qui piquent ou compriment les membranes, il établit qu'il faut scier le crâne sur le côté, agrandir la fissure et extraire l'esquille : il n'y a pas d'autre moyen de guérison.
» J'en ai eu un exemple notable sur un certain PhilippeDonella de Carpi, qui était resté un an entier avec un gros fragment enfoncé sous les os. La plaie, qui était fort longue, s'était cicatrisée en entier, hors à ses extrémités où il restait deux orifices qui ne voulaient pas se fermer et qui versaient de la sanie au moins depuis six mois. Il avait été traité par son frère, qui était assez bon opérateur, et par mon père. Appelé après eux, je rouvris la blessure dans toute sa longueur et la dilatai encore dans sa largeur. J'enlevai une portion du crâne sur le côté, et je trouvai surla dure-mère une grosse et longue esquille que j'enlevai. Je mondifiai la plaie, et je guéris complètement mon malade qui encore aujourd'hui se porte bien. » Fol. 25, verso.
Il y a quelquefois de ces esquilles enfoncées qui ne piquent ni ne lèsent en aucune façon les membranes. Il n'y a pas d'accidents fâcheux; mais un médecin habile reconnaît leur présence, parce que le traitement se prolonge plus qu'il ne devrait, qu'il sort du pus de dessous les os et qu'il n'y a pas de graves accidents; car il y en aurait si la suppuration venait de toute autre cause. Dans ces cas , s'il y a une large ouverture , la nature finit par expulser ces esquilles; mais il vaut mieux venir à son secours; J'en ai extrait plusieurs fois, dit Bércnger, dans des cas de ce genre.
Enfin de semblables esquilles peuvent provenir d'une trépanation faite avec de mauvais instruments , de telle sorte que i'o«
me la pointe d'vne dague, poinçon ou de hallebarde , ou autres semblables. AiicupeS sont compliquées auecques Contusion , Fissiii-es et Embarrures et autres açcidens : et selon icelles différences faut pareilleriient diuersifler la cure. Et partant en aucunes d'icelleS seront appliqués Rugines, Trépane et autres instruniens, selon que la nécessité le requerra, comme auons dit par cy deuant.
Or il faut icy noter, que s'il adulent qu'il y ait grande plàye après auoir coupé du tout l'os, et que portion du cuir musculeux fust demeurée sans estre entièrement coupée : en tel cas ne faut paràcheuer de couper ledit cuir, ny séparer l'os (qui sera du tout coupé) d'auec le Pericrane , mais réduire lesdils os et cuir ensemble en leur lieu. Ce que Celse commande
s'éclate et qu'il reste sous le crâne de petits fragments. « J'ai vù ce cas d'une esquille enfoncée par l'action du trépan, sur vousmême, grand prince (on sait que son livre est dédié à Laurent de Médicis), étant un de ves médecins. Nous manquions d'instruments, en sorte que la trépanation fut faite comme on put, et une petite esquille s'enfonça sous les os. Cependant avec la grâce de Dieu et l'habileté des médecins, l'os fut extrait, et vous fûtes rendu à la santé. »
* Même observation que pour les autres citations de Celse. L'édition de 1561 dit simplement : Ce que ie feis au capitaine Hydron , etc.
En conséquence, on peut présumer que Paré était arrivé de lui-même à ce mode de traitement, et c'est là un des points où il avait laissé derrière lui les chirurgiens de son siècle. Bérenger deCarpi même n'aurait osé se comporter ainsi. Dans les simples plaies à lambeau , il conseille bien de réunir par suture, en laissant à la partie la plus déclive un orifice pour l'écoulement du pus, et cette conduite lui a souvent réussi; mais tout aussitôt il ajoute :
•< Note cependant, lecteur, ce que J'ai dit,
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et feis au capitaine Hydron, lequel puis peu de temps fut blessé en ceste ville d'vn coup d'espée au milieu de l'os coronal. Et estoit ledit os coupé du tout iusques à la Dure-mere , de grandeur et laj geur de trois doigts ou enuiron , tellement qu'il se renuersoit sur le visage et ne tenoit plus qu'au Pericrane et cuir musculeux, enuiron trois doigts : et promptement voyant icelleplaye, fus quasi d'opinion de paràcheuer du tout le couper : mais consideray qu'Hippocrates et les autres bons praticiens ont lousiours prohibé de ne laisser le cerueaù descouuert, s'il est possible : puis i'essuyay le sang qui estoit tombé sur la Dure-mere, laquelle on voyoit fort mouuoir à l'œil : puis renuersay la pièce qui estoit séparée , la posant en son lieu : et pour la mieux tenir, feis
que la suture convient quand il n'y a ni lésion des os, ni lésion dupéricrâne; si on la faisait dans ces cas, elle deviendrait une cause de mort; pource qu'alors il faut déterger et ouvrir, et non coudre et fermer les plaies.
» Toutefois je prends Dieu à témoin que j'ai vu un cas que j'ose à peine rapporter, vu sa gravité. Dans ma jeunesse, il arriva à Carpi qu'un certain Bernardino Spacino blessa Bernardino Vicentino ( tous deux étant soldats de l'illustre seigneur Marco Pio de Carpi ) avec cette arme qu'on appelle Roncha , et lui sépara l'os du front de haut en bas jusqu'aux sourcils , en sorte que l'os tenait à la peau, et que la peau détachée par en haut et sur les côtés ne tenait plus que vers les sourcils; et elle était renversée avec l'os frontal sur les yeux du blessé. Mon père fut appelé et commença par détacher l'os de la peau du front ; cette pièce d'os était longue et large comme le front tout entier , et la dure-mère n'était nullement lésée. Après l'avoir enlevée, il réunit le lambeau par suture, sans laisser aucun soupirail, et appliqua du blanc d'œuf avec des étoupcs. A la seconde visite il appliqua mon cérat humain , qu'il renouvelait tous les jours ; et le
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trois points d'aigiiille aux parlies siiperieijres, et mis des pelitcs lentes aux coslés de la playe, à fin de donner issue à la sanie. Et le tout fut si bien
blessé guérit en dix jours, comme si c'eût été une plaie simple ; et il a vécu long-temps après ; et on apercevait toujours le mouvement de diastole et de systole à l'endroit d'où l'os avait été enlevé. » Fol. 44 verso.
La méthode deFallope en cas pareil est bien plus étrange encore. Quand l'os est découvert, dit-il, il faut savoir que deux heures seulement d'exposition à l'airsuirisentpour le refroidiret entraîner la mortiflcation de sa surface; il faut alors commencerparenlevercelle surface altérée, et puis réunir la plaie par agglutination. Si l'instrument vulnéranl a entamé l'os de manière à découvrir le diploc , il est inutile de ruginer; mais il faut enlever la portion d'os qui lient au lambeau.
« Ecoulez une belle histoire que confirme le sentiment d'Hippocrate et de Galien. Il y a quelques années un écolier, durant la nuit, reçut une blessure à la tête: une partie du cuirchevelu était renversée, et un fragment du crâne était séparé des os. Tandis qu'on réchauffait la plaie, je vis que l'os n'avait point souffert ; il n'y avait point besoin de ruginer, parce qu'il était couvert de sang et que la plaie allait jusqu'au diploé; j'enlevai le fragment et je réappliquai le lambeau.
» Il y avait avec moi un certain écolier; de retour dans son pays, il fut appelle pour un domestique blessé de la même manière, mais plus grièvement, car une portion du cerveau était enlevée ; il lit comme j'avais fait, et son malade guérit.
» Bons dieux ! quel honneur s'attira celuici avec une détestable méthode! Je vous avertis de ne pas l'imiter, car s'il faut essayer la réunion par agglutination quand l'os est mis à nu, je ne dis pas qu'il en soit de même quand le cerveau est découvert ; il faut alors placer dessus une lame d'or, sur laquelle vous rabattrez la peau et le péricrûne ; parce qu'il convient à la nature de la chair humaine et de la membrane, comme vous comprendrez. Je ne vous dis donc pas d'imiter cet écolier, par ce qu'il en pour-
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adapté, que par la grâce de Dieu il en guérit, iaçoit qu'il eust encor plusieurs grands coups d'espée, tant au trauers d'vne cuisse, qu'au visage, et vn autre au costé droit près la mamniclle, passant le long des costes , pénétrant outre de l'autre part en la partie basse de l'Omoplate.
Et pour conclure , ne faut faire amputation de l'osny cuir musculeux qui couure le Crâne, et moins encores des os d'iceluy, sinon le moins qu'il sera possible , de peur que le cerueau ne soit descouuert.