CHAPITRE XVIII
DE LACVRE PARTICVLIERE DE GANGRENE.
La cure de la gangrené faite par fluxion de sang et autres humeurs qui suffoquent la partie, ainsi que l'on voit souvent advenir aux grandes inflammations , se doit faire en euacuant et seichant promptement le sang et humeurs corrompus qui sont arrestés en la partie dolente, auecques plusieurs scarifications et incisions grandes, moyennes, petites, profondes, et superficielles, selon qu'il sera besoin et nécessaire : à fin que ladite partie se puisse euentiller et flabeller, et les vapeurs corrompues exhaler.
L'on fait les incisions quand le mal est grand , profond , et prochain à pourriture, et les scarifications quand il commence à putréfier. Car d'autant que le mal est grand , il a besoin de remèdes grands et violents '. Parquoy si ledit mal va iusqu'aux os, faut di-
' Hipp. Aph. Extremis morbis, etc. — A. P.
Mn I.IVIIE ,
uiser le cuir et la chair de plusieurs et profondes incisions, que pourras faire auec rasoir à ce projjre et conuenable K Toutesfois se faut donner garde de loucher les nerfs et vaisseaux notables , s'ils ne sont du tout pourris et corrompus. Car en ce cas faut faire incision, sans auoir esgard ausdits vaisseaux : mais s'ils sont entiers, les incisions soient faites entre lesdils vaisseaux sans les toucher, s1l est possible. Si la gangrené est moindre, n'est besoin que de scarifications seulement.
Apres les scarifications et incisions faites, faut laisser couler beaucoup de sang, à fin de vacuer la matière conioinle, descharger et seicher la partie. Puis appliquer remèdes qui ont faculté d'oster la pourriture par leur vertu calfactiue, desicratiue, resolutiue, detersiue, et aperitiue: et pénétrer au profond , à fin de consumer la matière virulente et corrompue , laquelle est arreslée et fixe en la partie gangrenée. Et à ceste intention , feras ablution auec lexiue faite de cendres de figuier ou de chesne , en laquelle on aura fait bouillir lupîns, tant qu'ils soient parfaitement cuits. Ou pour auoir remèdes plus parables , faut prendre de l'eau salée , en laquelle on aura fait bouillir aloës et egj'pliac 2, adioustanl à la fin de l'eau de vie. L'eau de vie et vitriol calciné est singulier remède.
1 Les éditions de J.'iGS et de 1564 donnaient en cet endroit la figure du rasoir, laquelle a été reportée depuis au livre des Playes en particulier, page 7 de ce volume.
^ Là s'arrêtait la formule en 1562 ; l'addition de l'cau-de-vie est de 1564. L'indication du mélange d'eau-de-vie et de vitriol calciné est bien postérieure; je la trouve pour la première fois dans l'édition de 1579,
DES COISTVSIONS ,
filtre,
2C .Vceli oplirni ib. j.
Mellis rosali § . iiij.
Syrupi acelosi. § . iij.
Salis comm. 5 . v.
r.uilianl simul, adde aquie vitaî ib. fi .
D'icelles ablutions faut lauer par plusieurs fois la partie : car elles sont de grande efficace aux gangrenés.
Cesdites ablutions faites, appliqueras egypliac sur plumaceaux : car c'est le plus excellent et premier en dignité entre les remèdes conuenables aux pourritures, pource qu'il fait séparer la chair pourrie d'auecques la saine , faisant escarres : desquelles en tel cas ne faut attendre la cheute, mais plustost les couper et oster ce qui sera corrompu auec rasoir ou cizeaux : puis y remettre dudit egypliac tant de fois qu'il sera besoin, ce que connoistras à la couleur de la ciiair, à la feteur et sensibilité des parties subiacentes. La description dudit egypliac (duquel i'ay tousiours connu grands effets en tel casj est telle: