‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 12 sur 482 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DE LA COMMOTION OV ESBRANLEMENT ET G0NCV3S10N DV CERVEAV.

D'auantage faut entendre qu'outre les susdites fractures , il se fait vne autre disposition appellée Commotion, ou esbranlement et concussion du cerueau, qui cause semblables accidens que les fracturés du Crâne 2 .-

1 Celte sentence était d'abord restée confondue dans le texte ; mais dans les dernières éditions , A. Paré l'a jUgée digne d'être mise mieUt en relief, et il l'a répétée dans une note marginale.

2 Gai. 2. de là composition dés medicamens, chap. 6, et surrApTi. 5fe, sect. 7.— À. P.

laquelle Commotion se fait pour àuoir tombé de haut en bas sur chose solide et dure , ou par coups orbes , comme de pierre Ou d'vne masse , où d'vn coup de lànce, ou l'air d'vn cOup d'artillerie, bu du tonrierre tombatit près delà personne, voire delà main, ou autres semblables. Qu'il soit vray, Hippocrates au 5. liure des Epidémies en escrit ceste histoire qui s'ensuit.

Vne fort belle pucelle fille de Nerus, àagée de vingt ans, estant frappée par manière de ieu sur l'os du Bregma, de la main estendue d'vne sienne amie , fust incontinent sut-prise de Vertigine sans respirer. Aussitost qu'elle fust de rétour en sa maison , vne fiéure aiguë la saisit , auec douleui: de teste et rougeur de la face, et au septième iour elle vùida par l'oreille dextre vn bon verre de boue puante et rougeastre , et luy sembla estre allégée. Mais de rechef là fiéure suruint, et lors fust assoupie ne pouuantparler,auecconuulsiOn de la partie dextt e de la face et difficulté d'halener. Aussi là conuulsion et tremblement de tout le corps ensuiuit, la langue liée, l'œil immobile, et ati neufiéme iour elle mourut.

D'auantage noteras que le i)àtiënt, iaçdit qu'il y àit vnarmet ou autre habillement de teste, lorsqu'il sëra frappé, neantmoins par grand effort et esbranlement de la leste , se peuuent rompre veines et àrteres , non seulement celles qui passent et entrent par les sutures, mais aussi aucunes de celles qui vont par cy et par là entre les deux tables, au lieu dit Diploé, tant pour suspendre et attacher la Dure mere contre lé Crané, à fin (Jue le cerueau ait son mouuement plus libre , que pour porter le sang et aliment au Cranc: au lieu qu'iceluyn'a moelle , ains est nourri du sang con-

^4 LR IIVITIK

tenu au Dlploé , ainsi qu'auons déclaré en l'Anatomie. Dont s'ensuit flux desangjqui découle ou entrel'oset les membranes, ou entre les membranes et le cerveau . et en cest endroit le malade sent grande douleur,et la veiie s'obscurcist : lequel sang estant hors de ses propres vaisseaux se corrompt et putrefle. Ce qui est approuué par Ilippocrates en l'Aphorisme , Si ù\ve)iirem sanguis prœlcr naluram K Dont plusieu rs accidens aduiennenl,comme esbiouïssement de veuë, vomissement, lequel se lait parlacoUiganceet amitié qu'a l'estomach auec le cerueau , par les nerfs de la sixième coniugaison, lesquels descendent du cerueau, et se vont insérer à son orifice supérieur, et de là en toute sa substance : au moyen dequoy, par la société qu'ils ont ensemble, se comprime, resserre en soy, et comme se x'enuerse, et alors iettepremierement ce qui est contenu en sa capacité, et d'abondant, ce qni y peut affluer des parties qui luy sont voisines et alliées , comme du foye et vessie du fiel : entre lesquelles choses la bile, comme la plus mobile, et par légèreté naturelle prompte à suiure ce mouuement par le haut, sort la première, et en plus grande abondance , qui est la vraie cause du vomissement bilieux , tant rechanié par les Médecins, és solutions de continuité qui aduiennent tant au Crâne qu'au cerueau. Quelque temps après suruient inflammation aux membranes, et au cerueau : à raison du sang qui sort des veines et artères rompues pour la violence du coup, et espandu par la substance du cerueau, se corrompt et pourrit incontinent. Telle in-

1 Paul. jEgin. — Cornélius Celsus. — Mipp. Al)h. 20. liu. C— A. P.— L'édition de 1561 ne cile eu cet endroit ni Paul d'iEginc niCelse.

MfC LIVRE ,

flammation est communiquée à toutes les parties du corps, se fait fleure aussi tost , aussi aduient resuerie, par altération du cerueau et assopissement , par aliénation , lesquels accidens és playes de teste sont fort dangereux, suiuantl'autoritéd'Ilippocrates en l'Aphorisme, /n capitisictu.ohsLupescentia et desipienlia malum^ : et stupeur, qui est diminution de mouuoir et sentir, faite par l'obstruction des voyes et conduits de l'esprit animal : puis aposteme et pourriture au cerueau, auec tres-grande difficulté de respirer, qui prouient du cerueau offensé, qui fait que le thorax , qui est propre instrument de la respiration , ne peut faire son office , pour-ce que les muscles qui ont mouuement du cerueau et de l'espine médullaire , par l'esprit animal enuoyépar les nerfs, ne peuueut esleuer ledit Thorax, parce qu'ils sont priués de la faculté de mouuoir : et par tels accidens la mort s'ensuit 2.

» Ilipp. Aph. 14. liu, 6. — A. P.

2 Les chirurgiens qui ont précédé A. Paré se sont assez peu occupés de la commotion. Bérenger de Carpi , dans ses définilions.admot une commotion sans fracture , qui enlève subitement la voix au malade; et il cite un cas de mort sur le seigneur Hercule de Marschotis. Les accidents proviennent non seulement de la rupture des nerfs du cerveau , mais encore des veines et de la putréfaction du sang épanché , sans que l'on puisse connaître le siège de l'épanchement. Il cite d'ailleurs à l'appui de ses idées l'autorité de Celse.

Plus loin , au fol. 15, il revient sur ce sujet ; la commotion est due à unechulcde haut, un coup d'un instrument contondant ; les signes sont la perle de la voix, ce qui accuse la rupture des nerfs ; mais comme il y a sept paires de nerfs cérébraux , les accidents varient selon les nerfs lésés. Quant à la rupture des veines, elle ne produit les accidents que plus tard.

PLAYF.S KN

Tous lesquels accidoiis, ou la plus part , on a vcu aduenir au feu Roy Henry dernier decedé, lequel au touruoy receut va tres-graiid coup de lance au corps, qui lust cause luy esleuer la visière, et vn esclat du contrecoup luy donna au dessus du sourcil dextre , et lui dilacera le cuir musculeux du front près l'os Iransuersaleraent iusques au petit coin de l'œil senestre, et auec ce plusieurs petits fragmens ou esquilles de l'esclat demeurèrent en la substance dudit œil, sans faire aucune fracture aux os.

Donc à cause de telle commotion ou esbranlement du cerueau , il deceda l'onzième iour après qu'il fut frappé.

Et après son deces, on luy trouua en la partie opposite du coup , comme enuiron le milieu de la commissure de l'os Occipital, vne quantité de sang espandu entre la dure-mere et Piemere : et altération en la substance du cerueau , qui estoit de couleur flaue ou iaunastre , environ la grandeur d'vn poulce : auquel lieu fust trouué commencement de putréfaction : qui furent causes suffisantes de la mort aduenue audit Seigneur, et non le vice de l'œil seulement. Ce qu'aucuns ont voulu référer à la cause de sa mort : car on a veu plusieurs qui ont receu de plus grands coups que cestuy sur les yeux, neantmoins ne sont morts i.

Comme aussi on aveu de fr esche mémoire , à monsieur de saint lean , escuyer du Roy : lequel estant au tournoy qui fust fait deuant l'hostel de Guise , eut vn coup d'esclat de lance par dedans sa visière , de lon-

' J'ai fait voir dans mon Introduction, contre l'opinion de M. Villiaunic, que Paré avait assisté Henri II dans cette blessure , bien qu'il n'en soit fait aucune mention ici.

PARTrcvr.ïim. 25

gueur et grosseur d'vn doigt, sous l'œildedans l'orbite.penetran l de trois doigts ou enuircm dedans la teste : et le trailay auec bonne compagnie tant de Médecins que de Chirurgiens , par le commandement du Roy Henry défunt : entre lesquels estoient messieurs Valeran, Médecin ordinaire du Roy, Loys Duret , Rodolphe de l'Or, Docteurs Régents en la faculté de Médecine à Paris, et lacques le Roy •Chirurgien ordinaire du Roy : neantmoins la playe faite par vn si grand coup a esté guariepar l'aide de Dieu.

Et d'abondant en cest endroit ne veux laisser en arrière la tres-grande playe que monseigneur François de Lorraine, Duc de Guise, receut deuant Boulongne,d'vn coup de lance, qui au dessous de l'œil dextre, déclinant vers tenez, entra et passa outre de l'autre part , entre la nucque et l'oreille , d'vne si grande violence que le fer de la lance auec vne portion du bois fust rompue, et demeura dedans, en sorte qu'il ne peut estre tiré hors qu'à grande force , mesmes auec tenailles de mareschal:nonobstanttoutesfois ceste grande violence , qui ne fustsansfractured'os,nerfs,veines, artères et autres parties rompues etbrisées par ledit coup de lance , mondit Seigneur grâces à Dieu fust guari 2.

Dont conclurons qu'aucuns meurent de bien petites playes, les autres reschappent de tres-grandes , voire qui sont entièrement désespérées, tant aux Médecins qu'aux Chirurgiens.

» L'édition de 15GI porte: lacques le Boy el lelian d'.Amboise , Cliintrgiens ordinaires du lioij. Jehan d'Amboisea été rayé depuis.

^ Cette histoire fut publiée d'abord en 1552 dans la seconde édition des Playes d'hacquebuics, fol. 79. Voyez d'ailleurs ce que j'en ai dit dans la vie d'A. l'aré.

Mais telles choses se doiiient quelquefois référer aux températures, et principalement à Dieu , qui lient la vie des hommes en sa main.

Et te suffise de la commotion du cerueau, et des espèces de fracture du Crâne. Maintenant faut parler du Pfognostique.

Page 1