CHAPITRE VI
CVRE VNTVERSELLE DES LVXATIONS.
Outre ce que nous auons déclaré cy deuant de la cure générale des fractures et luxations , il sera bon d'escrire encores maintenant ce qui appartient plus spécialement ausdiles luxations , t'aduertissant premièrement d'obseruer cinq intentions, ou respects , lesquels conuient faire par ordre et successiuement. Lapremiere,
> L'édition de 1575 ajoute : et des ligamens, ce qui a été effacé dès 1579.
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tenir: la seconde, tirer: la troisième, pousser: la quatrième, faire deuë situation : la cinquième , corriger les accidens.
La première intention, qui est tenir, se doit entendre de tout le corps, ou seulement d'vne partie. Tout le corps se doit tenir, lors que l'espaule est hors de sa place, ou les vertèbres, ou l'os de la cuisse. Il ne faut tenir que la partie , quand la luxation est à l'os furculaire, ou au coude , ou en la main , ou au gcnouil , ou au pied : et la raison pou rquoy on tient, c'est de peur qu'en tirant , le corps ne suiue la partie que l'on tire : et où il ne seroit tenu ferme , on ne pourroit bien réduire la luxation.
La seconde intention, qui est de tirer, c'est à fin qu'il y ait interualle libre et spacieux entre les os desioints : sur quoy il faut noter, qu'on doit mettre tousiours la partie en laquelle l'os est tombé, au dessus, et celle dont il est tombé, au dessous ou à costé'». Or les façons de tirer, c'est à dire, estendre , sont diuerses , selon que les muscles et ligamens sont puissans, et les os sont transportés en çà ou en là: et pour ce faire on s'aide seulemeçt des mains. Que si les mains ne sont suffisantes, on vse d'instrumens et machines propres à ce faire , comme tu verras par les figures cy après de-
1 La loi des extensions est d'une justesse admirable avec la remarque qu'y ajoute notre auteur; et c'est en l'oubliant lui-même qu'il a adopté tous les procédés des anciens. Essayez en elTet de mettre l'aisselle où est tombé l'humérus au-dessus de la cavité glénoide pour exercer les extensions dans les luxations scapulo-humérales, vous n'y réussirez qu'en élevant fortement le bras, et en le tirant du côté de la tête. Dans le procédé vulgaire, l'aisselle demeure au-dessous de la cavité, cl l'extension est irrationnelle.
ÉME LIVRE,
peintes. Mais pour euiter l'inconuenient qui pourroit venir de trop estendre, l'exlcnsion sera faite seulement tant que l'os soit vis à vis de sa cauilé.
La troisième intention est, qu'après que la partie sera suffisamment estendue, faut pousser , tourner, et virer l'os déplacé , selon qu'il .sera besoin. En quoy faut bien prendre garde de ne pousser en autre lieu qu'en sa boët te, parce qu'on pourroit faire passer l'os d'vne partie en l'autre: comme si l'os adiutoire ou femoris sont luxés en la partie antérieure, en les trop poussant, on les jette et fait-on passer en la partie postérieure, sans les faire entrer en leur iointc. Pour à quoy pouruoir, les os seront poussés par la mesme A^oye qu'ils sont sortis : laquelle chose se fait facilement aux luxations récentes, à cause des muscles qui se retirent vers leur origine, lors qu'ils sont aidés par la main du Chirurgien. On connoist l'os y estrc rais, quand entrant dans sa boëtte, il fait vn bruit sonnant clocq : et la partie qui estoit desloiiée/au toucher et à la veuë est semblable à la saine de figure, conformation et grandeur ^ : et la douleur est appaisée, et que la partie fait ses raouuemens naturels, à sçauoir flexion, extension prone et supine , la haussant et baissant] et tournant, comme elle faisoit auparauant estre luxée.
La quatrième intention, qui est de faire deuë situation , c'est^à fin que l'os qui aura esté réduit, se puisse contenir , et de rechef ne sorte de sa boëtte. En la luxation du bras^on le
1 Le paragraphe s'arréte'ici dans l'édition de 1575 ; celle de 1579 ajoute :'c« la douleur est nppaisée : et Ic rcstc nc date que de l'édition de 1685.
DES L
tiendra en escharpo : et en celle de la hanche, du genoiiil, et du pied, au lit : ainsi des autres parties qui sont declarc'es chacune à part soy. En quoy faut obseruer , qu'après la réduction faite , l'on doit appliquer estoupades et compresses baignées en oxycrat, et couuertes de œedicamens conuenables : aussi qu'elles soient proprement serrées et liées selon la partie luxée, n'oubliant à tourner les bandes à l'opposiie du lieu où l'os aura esté luxé. Semblablement lesdites compresses seront mises plus grosses au lieu d'où sera sorti l'os, qu'en vne autre part.
Car si on fait le contraire , il y aura danger de le repousser et jetter hors de sa place. Cela fait, on n'y doit toucher de quatre ou cinq iours, s'il n'y suruient douleur , ou quelque autre accident.
La cinquième intention est, de remédier aux accidens et affections compliquées, s'il en y a : comme douleur, inflammation, playe, fracture, et autres qu'auons dit au liure des Fractures.
Que si la luxation estoit vieille, c'est-à-dire, qu'elle eust demeuré long-temps sans estre réduite , et les ligamens fussent endurcis et desseichés, auant qu'on essaye de la remettre, il la faut adoucir et amoQir auec fomentations, cataplasmes, emplastres, linimens, et autres choses nécessaires : puis mouuoir et broyer, c'està-dire , agiter deçà et delà (non par violence) la ioinlure qu'on veut remettre, à fin d'eschauffer, dissoudre, atténuer, lubrifier, et subtilier l'humeur deflué sur icclle , pour mieux estendre les fibres des muscles, ligamens, et aponeuroses qui la lient.
AXIONS. 355
Mais si on voit qu'il y ait grande douleur , inflammation et tumeur , il n'y faut toucher que premièrement tels accidens ne soyent passés, comme auons dit.
Les os qui sont cntr'ouuerts, entrebaaillés, et aucunement séparés, seront reioints par bien bander , lier et situer la partie, commençant le bandage sur l'entr'ouuerture de l'os, puis situer la partie comme il est requis. Il adulent de très grands accidens à l'entr'ouuerture du talon , comme inflammation, douleur, conuulsions, et quelquesfois la mort:
parquoy ne doiuent estre négligées'.