LIVRE
Sonde ouuerte en sa partie extérieure^.
Le chirurgien la passera ointe d'huile en la verge iusques à la vessie, puis la tournera vn peu vers le costé fenestre^, et le serviteur situé à la
que le patient ne vienne pas par un regard de côté à apercevoir ce qu'elles cachent , que pour éviter d'être sali par le sang. C'est ainsi que le maître doit se préparer, afin que l'opération se fusse plus rapidement. »
Les instruments que Marianus veut ainsi cacher dans les manches , étaient la sonde, l'explorateur, les deux conducteurs et le bouton. Comme il ne parle plus que des instruments en argent, le cathéter ou itinéraire , le rasoir et le cochléar étaient sans doute confiés aux aides. Quantaux latéraux, je dois avertir que le texte est fort obscur ; le voici: Ibidemque Forceps occuUendus est , quem uUimo pi-opter affinitatem quatn secum duo Latera contraxerant , in hujus modi extralione commode subsequciur. J'ai traduit comme s'il y avait subseqnentur.
• Le cathéter de Marianus, exactement copié par Franco , offre une courbure plus forte que celui-ci.
^L'édition de 1564, suivie encore par celle de 1575, disait: vers le cosié droit. Le changement du texte a eu lieu en 1579.
OPERATIONS DE CHIIlVilGlK.
main dextrc, alors esleiiera de sa main senestre les testicules en haut vers le costé dexire : cela lait , le chirurgien fera l'incision sur la sonde , à costé senestre , euitant la cousture du perineum, et pareillement ne la fera trop près du siège K Or l'incommodité
• Marianus ne procède pas aussi vite que Paré. Après avoir armé son opérateur comnne on l'a vu dans les notes précédentes, il veut que l'on examine l'urine du malade , afin de conjecturer la nature de la pierre : l'urine sanguinolente annonce une pierre rugueuse ou épineuse; l'urine laiteuse et trouble indique une pierre lisse et polie. Ensuite il faut introduire la sonde exploratrice pour reconnaître la pierre , et, .si l'opéraieuv n'est sinpidc ou de plomb, pour apprécier son volume, et y conformer l'ouverture du dilataloire. Enfin , toutes les précautions bien prises, le médecin dispose ses aides au nombre de trois: l'un, de sa main gauche passée par-dessus la cuisse , embrassera les testicules , et les relèvera en haut vers le pubis ; et de la main droite, les doigts rapprochés et égalisés, il tendra la peau vers le côté de la fesse gauche, pour attirer le raphé de ce côté, et faire que l'incision ne tombe pas sur le raphé, ce qui serait mauvais : en effet, l'expérience a fait voir que l'incision pratiquée sur ce point serait mortelle. Des deux autres aides, l'un mainlienl le pied gauche du malade, et l'autre le pied droit.
« Les choses étant ainsi , l'opérateur s'agenouille en face des parties honteuses du malade , commence par raser les poils entre l'anus et les couillons ; puis il examine soigneusement où l'incision devra se fairej car cet examen mal fait entraînerait deux dangers , d'une part un écoulement involontaire d'urine, si l'on intéressait l'orifice des muscles qui ferment la vessie ; ensuite un péril de mort peut-être , si l'incision était portée trop bas près de l'anus, à cause de la lésion des veines hémorroidales qui verseraient beaucoup de sang, et aussi parce que l'action du dilataloire s'étendrait Irop vers la partie membraneuse de la vessie. C'est pourquoi , et pour n'avoir rien
qui pourroit venir pour la faire sur la cousture, ce seroit que la playe no pourroit estre après si bien reunie ny consolidée pour la callosité d'icelle cousture , ei qu'elle est exangue, et que l'vrine passe par dessus, qui puis après flueroit perpétuellement par
de pareil à craindre, nous désignerons le lieu lui-même , entre l'anus et l'extrémité de l'os femoris, qu'on appelle aussi le milieu des deux extrémités. »
( 11 est essentiel de s'arrêter ici , pour remarquer que l'06- fernoris , dans le langage de Marianus , signifie l'os iliaque ■ et que le milieu des deux exirémiiés de ces os indique manifestement la symphyse pubienne. Ceci bien entendu , je continue. )
« Le lieu ainsi désigné, l'opérateur se relève, et de sa main gauche, ou s'il estgaucher de la main droite , il saisit la verge ; de son autre main il introduit L'Uinéraire dans le canal ; et dirigeant son extrémité vers l'ombilic ( et complicando inslrurnenturn versus umbilicum) , il le fera pénétrer jusque dans la cavité de la vessie. Embrassant alors la verge avec la main gauche , il la ramènera vers soi; puis avec le doigt auriculaire [sic) de la main droite, il palpera à diverses reprises le point désigné pour l'incision sur l'itinéraire; pour cela il faut que le périnée soit tendu, et s'il ne l'était pas, on appuierait de la main gauche sur l'itinéraire , pour obtenir la tension désirée. El; enfin d'un seul coup, à droite s'il est droitier, à gauche s'il est gaucher, il fera une incision longitudinale ; en eUet cette incision suivant la direction des libres, des muscles et des rides de la peau , en rendra la consolidation plus facile. C'est pourquoi je ne puis retenir mon étonnement de voir les autres écrivains, et toi surtout, Cornélius Celse, recommander de faire l'incision seloa la largeur des fibres et des plis de la peau , et tomber ainsi directement dans l'inconvénient qu'ils voulaient éviter. N'esl-il pas hors de toute espèce de doute qu'après une telle incision , soit que le malade repose les membres étendu», soit qu'il affecte toute autre position, le simple rapprochement des
4^2 LE QVINZIÉME LlVttE ,
la playe. L'autre incommodité qui pouiToit aussi venir, faisant l'incision trop près du sicge , seroit que l'on pourroit en tirant la pierre , rompre quelque rameau des veines hcmorrhoïdes,quîcauseroit vn flux de sang qui mal aisément en cesle partie est estanché : dont aucuns par telle faute ont perdu la vie. Pareillement il y auroit encore danger en tirant la pierre, qu'on dilacerast grandement le inuscle sphincter, et lé corps de la vessie K Parquoy l'incision se fera deux doigts près le siège, et selon le long des filaments , à fin que puis après elle se reprenne mieux etplustost. Ladite incision, faite du rasoir, doit estre seulement de la grandeur d'vn pouce :
jattilies écârlfe notablèmént lies lèvres de la plaîe ? ce cjui en cas pareil, et à raison du suintemenl très fréquenlde l'urine, favoriserait éminemmeni la foriïialSon d'une fistule. Au contraire en incisant selon la longueur des fibres et la direction des rides , ce serait unt chose admirable que la promptitude de la consolidation , les lèvres de la plaie demeurant accolées. Donc pour ne pas tomber dans Ven-eur signalée , que l'incision soit faite suivant la longueur, et que l'on presse siir le rasoir jusqu'à ce que l'opéràteur le sente logé dans la gouttière creusée sur la convexité de l'itiuéraire , et que là même il le fasse couper un peu, de manière à diviser là paroi intérieure du canal. La longueur de l'incision doit être de la largeur de l'ongle du pouce, ou un peu plus. »
1 Franco craint aussi la non-réunion d'une plâîe qui léserait la commissure ; mais de plus il a peur qu'elle n'amène des comMl^ions cl inflammaiions. Quant à la recommandation de ne point trop s'approcher du siège. Paré a suivi en cet endroit les idées de Marianus Sanctus; Franco avait bien posé le même précepte , mais non point par cette crainte futile de la lésion d'une veine hémorroïdale , et seulement en vue du danger réel d'atteindre le rectum .
Ouvrage cité, p. 123 et li'i.
pource qu'on l'augmente puis après par vn bec de corbin et par le dilataloire, cl mesmemen t par la pierre lors qu'on la tire. La raison pourquoy on fait la playe au commencement si petite, c'est pource que ce qui est coupé ne se réunit si bien ny en brief temps que ce qui est dilaceré et deschiré Car la dilaceration se fait selon la rectitude et longitude des fibres nerueux.
Doncques après auoir fait l'incision sur la sonde auec le rasoir tranchant des deux costés , tu mettras dans la playe l'vne de ces verges d'argent, appelées conducteurs ( pource qu'ils seruent de guide aux autres instrumens que l'on veut introduire en la vessie) laquelle en son extrémité a vne petite eminence et rondeur, qui s'insère et entre dans la cauité de la sonde descrite cy deuant 2. Ladite verge est marquée AA. Puis en faut couler vne
1 Ainsi qu'on l'a vu dans la note précédente , Marianus recommande aussi une petite incision , et Franco suit le même précepte; mais Paré est le seul qui en ail donné une raison aussi mal fondée. J'ai entendu des chirurgiens de notre temps reproduire celte idée de Paré , et professer que les déchirures guérissent plus vite que les incisions. On ne saurait s'élever trop fortement contre une assertion aussi dangereuse qu'elle est mal fondée.
^ Paré oublie ici un des temps de l'opération de Marianus. Après l'incision faite , l'opérateur « fait tenir à quelqu'un le rasoir dans la plaîe même , tandis qu'il prend l'explorateur qu'il introduit dans la gouttière de l'itinéraire, en le glissant sur les côtés du rasoir légèrement incliné, et qu'il pousse ainsi jusqu'à l'extrémité de la gouttière. Quand il sera arrêté à cette extrémité , il se trouvera dans la cavité de la vessie même; et s'il y a de l'urine , elle s'échappera à travers l'explorateur. Cela étant fait, le chirurgien retiendra d'une main l'explorateur en
OPERATIONS
autre par dessus icello , qui aura en son extrémité vue cauitéct petite hoche comme vn fourchon, qui embrassera et coulera iusquos à l'extrémité de la première. Ledit second conducteur est marqué BB.
Les fiyuresdes Conducteurs sont telles, et en a de deux Jaçons *.
place, et de l'autre main il retirera l'itinéraire Lors de la verge. »
Cet explorateur ou guetteur, comme l'appelle Franco , n'était autre qu'une sonde rrargent à peu près droite, mais aplatie à l'extrémité, de manière à offrir une sorte de tranchant mousse, tout-à-fait propre à se glisser dans la goullière de l'itinéraire ou cathéter. Telle est au moins la description qu'on peut en donner, d'après la figure de Marianus Sanctus; l'>anco ne l'a point représenté.
* Ces conducteurs ont été ditrércmmcnt
E CUIllVllGIE. 483
Puis on tirera hors la sonde, et seront lesdits conducteurs poussés dedans le corps de la vessie, les lournaus sans dessus dessous : et alors on doit mettre les cbeuilles au pei luis d'icelles. Les autres où ne sont icelles che-
figurés par Franco , et les figures de Franco ne s'accordent pas même toul-à-fail avec celles de Marianus, du moins dans l'édition d'OITcnbach. Selon Marianus, c'étaient deux stylets assez gros, en argent, sans cavité intérieure ni extérieure, longs chacun des deux tiers d'une palme, recourbés à leur extrémité externe , droits dans le reste de leur étendue. A l'extrémité externe était attachée une petite clavette , comme celle que l'on voit dans les ligures de Paré , qui s'introduisait de même dans un trou du conducteur. Voici d'ailleurs comment Marianus enseigne à s'en servir.
« L'itinéraire retiré , il prend un des conducteurs et l'introduit le long de l'explorateur, pour ne pas être exposé à quitter le chemin de la vessie. Ce premier conducteur introduit, il retire l'explorateur, devenu désormais inutile , et porte le deuxième conducteur dans la vessie en le glissant le long de l'autre. Après quoi les saisissant entre l'index et le médius, il ajuste les clavettes, et les écarte l'un de l'autre assez pour que l'ouvreur ou dilataloire se puisse loger entre eux. Il met donc entre eux le dilatatoire , de façon que celui-ci les regarde par ses côtés [pci- costas) , et le pousse ainsi dans la vessie , par un effort continu et uniforme , de peur que des variations dans celte impulsion n'irritent la nature; faisant cependant toujours attention à ceci , que l'un des conducteurs reste collé au côté droit , l'autre au côté gauche du dilatatoire, de façon que les côtes {costœ) de celui-ci semblent glisser sur eux dans la vessie , et qu'il n'est besoin de le pousser que pour la petite portion de sa surface qui déborde latéralement les conducteurs. »
Les deux chevilles ou claveltcs avaient pour effet, comme l'auteur l'explique très bien, d'empêcher les conducteurs de glisser eux-mâmes dans la vessie , lorsqu'on pousse
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liilïes son t plus aisées , et sont nommées espées par ceux qui font telles opérations. Puis seront fort serrées entre les doigts de l'operateur, lequel puis après doit entre ses deuxconducteurs pousser auec violence dedans la cauitc de la vessie vn autre instrument nommé bec de ame : puis l'ouurir des deux mains, le tournant à dextre et à senestre, çà et là, auec force, pour dilacerer et aggrandir la playe tant qu'il sera besoin , pour faire passage et entrée aux autres instruments qu'il faut encor y mettre. Toutesfois , s'il est possible de dilater assez la playe et extraire la pierre par ce mesme instrument pendant qu'il est dedans la vessie, ce seroit bien fait K
entre eux le dilalaloire, et qu'on ne les lient qu'entre l'index et le médius.
Franco a flguré un conducteur tout-à-fait arrondi et cylindrique, et un autre qui est creusé d'une gouttière longitudinale. Celuici devait entrer le premier, sa gouttière glissant sur l'explorateur, et servant plus tard à faire glisser l'autre.
A. Paré supprimant l'explorateur, fait glisser le conducteur à bec arrondi le long de la gouttière du cathéter, et le conducteur à fourche le long du cylindre du premier. Cette modilication, qui porte à la fois sur la forme et sur le nombre des instruments, ne peut guère lui appartenir puisqu'il n'avait jamais fait la taille; je répète donc ce que j'ai dit dans mon introduction, que probablement il suivait ici les indications de Laurent Colot. Toutefois il faut bien dire qu'il ne le nomme pas, et que toutà-l'heurc, en faisant allusion à une autre forme du conducteur , il leur donne le nom d'espées , d'après ceux qui font telles opérations. De tout ceci force nous est de conclure que le grand appareil était pratiqué en France dès 1564 par d'autres que par les Colot, et qu'il avait même déjà subi diverses modifications.
1 Voici une des plus notables modiflcations du procédé de Marianus Sanctus. Celui-ci,
\IE LIVRE
La figure du bec de Cane , caue en ta partie extérieure , est telle.
Et aussi si on ne peut, et qu'il faille dilater la playe d'auantage, la pierre estant trop grosse, adonc faut vser de cest instrument nommé dilatatoire lequel ayant mis dedans la vessie, sera pris par les deux bouts, les pressant ensemble : par cela on dilatera la playe tant qu'on voudra.
La figure d'vn Dilatatoire clos^.
comme on l'a vu dans la note précédente , après les conducteurs introduisait le dilatatoire; Francova suivi celte description, et voici que Paré recommande un autre instrument, qui suffit quelquefois pour terminer l'opération , mais qui d'autres fois demeure insuftisanl , et à défaut duquel il faut reprendre le dilatatoire de Marianus Siinctus. Ces modiOcations du grand appareil n'ont été notées par aucun historien.
1 Ce dilatatoire est le même que celui de Marianus, reproduit par Franco, et la figure est si nette, que toute description serait su-
OPERATIONS DK CHIRVRGIK.
Apres la dilaceration et dilatation , tu te seruiras du bec de cane cy-dessus escrit, oudecestuyquiest courbe'
Tenailles en forme de bec de cane courbé.
Par icelles tenailles sera cherchée la pierre, dilatant la playe pour l'empoigneret lors que l'operateur connoistra la pierre estre entre ces te-
perflue. Je noterai cependant que, dans le chapitre assez long que Marianus consacre à le décrire , il ne fait point mention de ses côus , costœ , dont il parle en détaillant le procédé opératoire, et que j'ai traduite indistinctement par côies ou côtés. Voyez la note de la page 483.
* Voici un nouveau changement dans les instruments. Marianus,etFranco qui le suit, figurent des tenailles que le premier appelle Forceps, et qui diffèrent essentiellement du bec de cane droit, en ce que chaque cuiller se termine par une pointe fort aiguë et recourbée. Manifestement ces pointes exposaient à blesser la vessie. Marianus décrit longuement leur dimension; Franco néglige CCS (lélaUs, d'aïKniil , dit-il, que ce sont des moindres poincls dudic art.
Les tenailles courbes sont une autre addition des opérateurs français. Je ne sais à qui elles appartiennent: Franco n'en parle pus.
nailles , promptement faut lier les branches d'icelles , et la tenir fermement, puis la tirer non tout à coup :
mais la faut tourner d'vn costé et d'autre , l'amenant dehors peu à peu auecques la plus grande dextérité que l'on pourra. Et ce faisant, se faut garder de trop comprimer et estraindre la pierre par lesdils instrumens, de peur de la comminuer et rompre en pièces,
Aucuns, à fm qu'elle n'eschappe d'entre les instrumens, mettent deux doigts dedans le siège, et gaignent le dessus de la pierre : chose qui aide grandement à la tirer, et que i'approuue. Les autres se seruent de ces deux pièces appelées ailerons , et les mettent à costé des tenailles: l'vne dessus et l'autre dessous : puis les ioignent ensemble, de sorte que la pierre ne peut aucunement eschapper, comme tu vois par ceste figure.
Figure des filerons et de la pierre prise en iceux auec le bec de cane i.
Les ailerons, que Taré appelait ailerons
Antre figure, où à l'extrémité des ailerons y a vne vis pour les mieux tenir . atiec vné pièce de fer pliée , pour encor les serrer d'anan" tage. Ladite pièce est marquée A.
dans les éditions antérieures a celle de 1585, sont une imitation des Inieres de Marianus, que Franco appelle les ;^7aTtt"a-. Ces latéraux étaient d'une construction vraiment pitoyable, et les ailei-ons constituent â cet égard
lE LIVRK,
En libU dei5 aîlei'oîis, on pfeiit Yser d'vti bec de cane, et l'exlfacllon en
un perfectionnement réel. Le but est d'ailleurs absolument le même. Yoici ce que dit Marianus :
« Cela étant fait (l'introduttion du dilalatoire enseignée toui-â-rheure) on rapproche les branches de l'Instrument pour obtenir une dilatation égale àu volume de la pierre, du moins autant qufe le médecin a pu le conjecturer par l'expldrhtion ; et à travers cette dilatation, on {jotte dans la vessie les tenailles, en les faisftnt glisser de même le long des conducteurs. Lés tenailles introduites, on retire les conducteurs , et on incline les tenailles d'un côlé 6t de l'autre pour trouver et saisir la pièrre ; et quand celle-ci sera saisie , on conlinufera à porter l'instrument de côté et d'autte , et on l'extraira sans apporter à cette manœuvre aucune violence , sous prétéxle de se hâter. J'entends parler des petitfei piettes , qu'elles soient lisses bU épineuses 5 mais si la pierre est grande, l'extraction n'Cst plus aussi simple. Voici comment il faut agir :
» Lors donc qu'on reconnaît le calcul si volumineux, qu'il ne pourra qu'à grand' peine ou même qu'il ne pourra jamais être extrait par la dilatation, il faut d'abord lier ensemble les branches des tenoilles, de sorte que la pierre ne puisse s'échapper de leurs cuillers ; puis le médecin prendra les deux latéraux, dont il introduira l'un par-dessous les tehaîlles jusqu'à ce qu'il soit arrivé pardessus la pierre ; l'autre sera introduit de même par-dessus les tenailles. »
Ici suivehl quelques détails qui ne pourraient être compris que par la ligure dP l'instrument , et d'où il résulte que ces deu* latéraux ne faisaient pas seulement office de deuxièmes tenailles, comme Franco semble le croire, mais qu'en se joignant l'un à l'autre , ils dilataient la plaie en avant de la pierre, au degré que le chirurgien jugeait convenable : vnum cum aliero aggregct (medicus) el criicem tmam coustitual, quam tauium poieril (lilature <iiianiutn ttd exiracHonem lapidi.i necessariam esse pre.ictisvril. Tarcette voie, ajoute Blorianus, on pourra extraire toute pierre.quelque volumineuse qu'elle soit.
sera plus subite, cl: auec moins de douleur
La pierre tirée par les moyens cy dessus , il la faut diligemment regarder pour voir si elle est en quelque on droit vsée et polie : ce qui se fait par la collision, confriction, et attrilion d'vne ou de plusieurs autres pierres.
Toutesfois le signe le plus certain comme par cy deuant auons dit ) c'est la sonde, qui se peut faire à présent auec vn des bouts de l'instrument descrit cy dessous : duquel lu te seruiras , tant de sonde que de curette.
Figure d'vn instnimmt d'aryenl nommé Curette, propre pour l'extraction d'une pierre , sonder s'il y en a d'autres , et aussi pour recueillir et amasser le sable, sang coagulé, et autres choses eslrauges qui seroieni en la vessie, la pierre tirée ^.
OPERATIONS DE CHIRVRGIE.
Si par iceluy on connoist en la ves-
1 Cette phrase manque dans les premières éditions, et se lit pour la première fois dans celle de 1585.
- Cette curette, invention française quant au nom et quant à la forme, semble avoir été faite pour remplacer les deux instruments queiMarianus décrit sous les noms latins (!Lç.J^erriculum,ç.iAbstergens ou Cocidear.
Le verriculum était un fil d'argent pareil au mandrin de nos sondes, terminé par une petite boule d'argent, pila argentea , qui ne devait pas dépasser au plus le volume d'une cerise. Le cochlear avait, suivant Marianus, la forme de la cuiller des Turcs ; on en aura une idée assez rapprochée, en se figurant une spatule à extrémité large, garnie d'un rebord soudé à angle droit avec la circonférence elliptique de la lame. Marianus nous apprend que les opérateurs vulgaires appelaient le premier instrument bucion , cl c'est manifestement de là qu'est venu le bouton des lîlhotomistes, tel que Paré le figure à l'autre bout de la curette. Franco a
SIC y auoir autres pierres, il les faut tirer comme douant : et les ayant ainsi tirées , faut mettre en la vessie l'autre bout qui est caue en façon de
commis ici une erreur assez grave j trompé par la méchante figure de Alarianus, il a pru que le verriculum était creusé en cuificr, et lui-même l'a représenté et décrit aycc cette forme. Il ne donne même au verriculum et au cor.hlear d'autres synonymes français qtie ceux-ci : le grand et le petit culier. Le texte de Marianus ne pouvait cependant laisser de doute. En ellet, outre la description fort claire de l'ipstrument, voici comment le docteur romain en explique l'usage :
« La pierre étant extraite, le médecin prendra aussi tôt le wcnratem, qu'on appelle aussi bucton , l'introduira dans la vessie , et le promènera par la circonférence de ce viscère pour rechercher s'il n'y aurait pas quelque autre pierre, attendu qu'on en a trouvé non pas une ou^deux , mais quelquefois quatre et jusqu'à huit! ce que l'on reconnaîtra facilement si le médecin, prenant dans sa main le calcul déjà extrait , l'examine avec diligt^nce; s'il le voit comprimé d'un côté et présentant là une facette polie comme par usure, ce qui provient du frottement de deux ou plusieurs calculs,» devraaussitôten allet chercher un second avec les tenailles, et l'examiner à son tour pour voir s'il estserablable au premier.
» S'il y avait plusieurs facettes, on jugerait qu'il y a encore d'autres pierres dans la vessie ; sinon on peut assurer qu'il n'en reste plus. Cette assurance une fois donnée, on prendra en dernier lieu Vabstergens ou cochlear, et le portant dans la vessie , on ramènera au-dehors les caillots de sang, en répétant cette manœuvre trois ou quatre fois et plus s'il est nécessaire , et prenant soin de ramener en même temps tous les fragments que les tenailles auraient pu détacher de la j)icrre , et qui deviendraient le noyau d'une nouvelle pierre.
» Tout cela étant fait dans l'ordre indiqué, on est sûr d'avoir véritablement terminé l'extraction de la pierre. »
488 LTE QVINZl
cueillier, et le tourner d'vn costé et d'autre pour prendre et attirer les choses estrang-es qui peuuent rester en la vessie, comme sang coagulé et arènes , qui puis après seroient cause de génération d'autres pierres.
Rembert de Douay , médecin de l'empereur César, en ses observations médicinales au liure 1. chapitre U, dit s'estre trouué douze pierres en la vessie d'vn homme,dont la plus grosse estoit d'vnenoix*.
Pour retourner h notre propos, où la pierre seroit trouuée trop grosse, et qu'il y eust danger de rompre et dilacerer le corps de la vessie , la voulant tirer, il la faut rompre auec bec de corbin, tels que ceux-cy^.
< Cette citation manque dans les premières éditions , et a été intercalée ici en 1685.
2 Voici encore un nouveau témoignage des travaux et des recherches de ces opérateurs obscurs du xv ou du xvf siècle, qui sont restés ignorés jusqu'ici, parce que les historiens n'ont pas pris la peine de descendre dans ces détails. A quelle époqueeut-on l'idée de briser la pierre dans la vessie , lorsqu'elle était trop grosse ? nous l'ignorons ; toutefois il est certain que ce fut avant Marianus Sanctus. Il a eneQ'etson chapitre lï qui est ainsi intitulé :
De frangenle in curam. non admitlendo.
« Ce serait ici sans contredit le lieu d'exposer la forme et la manière d'agir de ce qu'on appelle le brise-pierre [frangens) , si son application n'était pas si périlleuse et pour le patient et pour le maître. Même entre les mains d'un homme très exercé à l'opéralion, il expose le malade à la mortj c'est pourquoi je n'en dirai mot. »
Quel était ce brise-pierre si redoutable? Je n'oserais même former aucune conjecture à cet égard ; mais si les inciseurs vulgaires connaissaient le ôoifioH, verriculum, la
ÉME LIVRE,
La figure d'vn hec de corbin dentelé pour rompre les pierres en la vessie , lequel ferme à vis.
cuillère [abstergens quod alii cochlear nominani, dit Marianus), le brise-pierre, que Marianus rejette, et que son maître Jean de Romanis n'employait pas, enfin le crochet de Celse, les tenailles de Gaddesden, et le cathéter du chirurgien génois dont j'ai parlé dans mon introduction, que resle-t-il donc pour mériter au procédé de Jean de Romanis le titre de grand appareil? Ce que l'on peut lui accorder en propre, c'est l'idée de faire une très petite plaie à l'urètre , et de dilater le col de la vessie; et l'on voit que déjà du temps de Pai é,on avait des idées fort nettes sur la valeur de celte dilatation prétendue , et l'on savait qu'on ne dilatait qu'en déchirant.
Il est assez remarquable que Franco, qui avait lu Marianus, n'ait pas fait attention à ce chapitre du brise-pierre , et ait donné comme une idée nouvelle le broiement de la pierre quand elle est trop grosse. Il n'y avait là de nouveau, comme il a été dit, que les tenailles tranchantes qu'il avait imaginées pour cet objet.
OPERATIONS
jiuive bec de cnrbin