CHAPITRE XVI
EN QVOY DIFFKHE t.A GONORIÎUIJE Dli TA CHAVDE-PISSE
Aucuns ont iusques icy pensé que la cbaude-pisse eusl quelque chose de commun auec la gonoribée des anciens : mais elles sont fort différentes l'vne de l'autre , comme lu pourras voir par ce traité. Car la gonorrhée est vn flux de semence inuolonlaire, découlant de toutes les parties de
' Bien (juece chapitre paraisse, ét soit en réalité la suite des précédents, il est cependant d'une date bien plus ancienne; il avait été publié dans l'édition partielle de 1664, où il commençait le livre bes chaudes pisses et cariiosilez enyendrees au meal vrinul. Ce li- Vl-e étàit cohit)Osé de Ï4 chapitrés, que l'on retrouvera dans les 13 chapitres sùiVants à partir de celui-ci. Paré, pour le composer, àvait mis à profit la lecture du livre de Thierry sans en rien dire; et, quand il voulut faire un traité complet de la vérole, il n'eut donc qu'à analyser la première moitié de l'ouvrage de Thierry, et à faire venir son ancien extrait à la suite. En ei'fel, après l'àrlicie bet vlceres de 1 1 verye, cité dans une dés holes précédéntes, Thierry en a un autre consacré aux bubons vénériens, dont ttcllis verrions Paré pt-oDterun fteu plus laid: après quoi il entame l'histoire Z)e /'arc/cHide L'vrine, aulremenl appelLée pisse cliaulde, p. 211. C'est là que recommencent les nouveaux emprunts de Paré. Disons cependant par avance qu'ils sont moins nombreux et moins importants que pour l'histoire de la Vérole, et que taré va se montrer beaucoup plus original.
Avant d'indiquer quelles sont les idées ertiprurtlées à Thierry, il convient de mettre sous les yeux du lecteur la préface que Paré ftVail placée en avant de son livré dans l'édition de 1564.
Préface du Hure 8 rfe.< chuudes-pisses.
« Combien que ma première intention ne '
nostre corps aux parties genilales «, causée par la resolution et paralysie de faculté relenliue d'icelles parties, comme dit Galien ù la fin du liure (>. De locis affcctis^ou bien de trop grande abondance de sang et matière séminale dedans le corps^ qui ne se tournant point en gressc et habitude du corps , prend son cotirs vers les parties génitales.
Au contraire , la chaude-pisse , ou ardeur d'vrine, est vne sanie qui sort par la verge, de couleur iaUnastre, quesquesfois verdoyante, àutresfois
feust que de reuoir hion liiiré des playes failles par hacquebulles et autres basions à feu, pour à iceluy adiouster beaucoup d'expériences (confirmées par raisons fort solides) des choses aduenues en ces dernières guerres, tant pour la malignité et indisposition du temps que pour autres causes amplement trailtees en mon discours adressé au Roy, et fait par le commandement de Sa Maiesté, lequel i'ay mis au front de cest œuure : neanlmoins i'ay voulu, pourl'vtilité du public et l'adresse des ieunes chirurgiens (car c'est pour ceux-là que i'escry), mettre en lumière quelques autres petits œuures (petits puis-ie bien dire, car Ils ne seruironl que d arres de ma pratlique generalle que i'ay ia dédies au Roy* el promise à la republique françoise), lesquels, iaçoit qu'ils n'ayent rien de commun auec ma première intention : le croy pourtant que l'accroissement que i'ay mis à mon premier labeur n'apportera peu de fruit à nostre nat on : considéré qu'aux liures que i'y ay adiouslez ie ne Iraitte que d'aucunes parties de chirurgie» voire mais des plus mal aisées : et entre autres de là guerfton des chaude pisses, maladie autant fascheuse à guérir qu'elle est commUnë : ce que tu prendras autant en bonne part, comme de bonne affection ie désire qu'en la lecture de mes liures tu profliltes, el m'en sache gré. »
' L'édition de 1664 dohrté uhe tout autre terminaison à ce paragraphe. Après éés
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sanguinolente, approchant de la qualité d'vn pus non bien cuit et de mauuaise odeur, auec vne acrimonie qui le plus souuent ronge et vicere le canal de l'vrine , faisant érection de la verge et des parties génitales , auec douleur : pour-ce qu'eu ladite érection se fait vne contraction comme par vn spasme particulier .- tesmoins les patiens , qui disent sentir comme une corde qui leur tire la verge contrebas : et telle chose se fait au moyen d'vn esprit flatueux, qui remplit le canal ou le nerf cauerneux, et toute la substance du membre viril.
A cause de laquelle repletion se fait vne distension de la verge Outre
mots : aux parties génitales, elle poursuit : « Ce qui se fait lorsque quelque portion de sang doux et bénin, et du plus pur qui soit en la masse sanguinaire, pellucide en couleur, de substance visqueuse, égale et sans aucune mauuaise odeur, tumbe par les conduits auec vne petite délectation, principalement faitte à l'extrémité de la verge, qui Unit le conduit d'icelle contre l'érosion et acrimonie de l'vrine. »
La nouvelle rédaction date de 1576; la citation de Galien est empruntée à Thierry de Héry.
' L'édition de t5C4 ajoute : laquelle entendue en largeur se monstre vn peu plus courte. Cette singulière erreur venait de Thierry, qui avait dit :
« Aussi en l'érection de la verge se faict contraction, et comme spasme particulier, prouenant d'vn esprit vaporeux ou flatueux, lequel remplist le nerf cauerneux, par laquelle repletion est accourcy. » Page 216.
N'aurait-on pas pu, avec quelques modifications, appliquer à Thierry ce que Pitcairn disait d'Astruc à propos d'une théorie tout aussi singulière sur la défécation : Credo Astruccium nunquum cuvasse.
Du reste, à part celte idée erronée et la citation de Galien, et l'idée primitive de la distinction à établir entre la gonorrhée et la chaude-pisse, le reste du chapitre ne doit rien à Thierry.
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lesquels accidens, lors que le conduit est vlceré , le patient vrinant sent vne griefue douleur : pour-ce que rvrine , passant par les vlceres , les mordiqueetpoind.
Or le flux de ladite sanie continue quelquesfois deux ou trois ans et plus: qui nous fait croire que la chaudepisse n'a rien de commun auec la gonorrhée , comme nous monstrerons cy après, descriuanl les parties qui principalement sont affectées. Auec ce qu'il est impossible que la semence peust sortir du corps par vn si long temps , qu'elle ne fust cause que le corps deuint languide , débile et affoibli , attendu que la semence est faite d'vn sang bening prouenant de toutes les parties du corps : dont la mort s'ensuiuroit , comme dit l'autheur des Définitions. Ce qui est aussi aisé à connoislre en ceux qui ont eu cinq ou six fois la compagnie d'vne femme, voire moins, le corps desquels se trouue fort débile et abattu, et à quelques vus tout assoupi. Parquoy faut conclure que la sanie que l'on ietle aux chaudes-pisses ne procède du suc bon et dédié à la génération de la semence humaine : mais plustost que c'est vn humeur virulent , acre, visqueux, altéré et corrompu.