CHAPITRE XVIIT
DES CAVSES DE LA CHAVDE-PISSE , ET DIFFERENCES d'ICELLE
La chaude-pisse vient de trois causes : à sçauoir, de trop grande repletion , de trop grande inanition , et de contagion 2.
Celle qui se fait par repletion , est causée d'vne trop grande abondance de sang , ou pour auoir esté à chenal ayant le soleil à dos, ou pour auoir vsé de viandes chaudes, acres, diurétiques, etflatueuses , qui causent tension et chaleur, dont s'ensuit inflammation des parties génitales : qui est cause de faire fluer non seulement la semence, mais aussi les humeurs sus lesdites parties, principalement sur les glandes prostates situées au commencement du col de la vessie , là où finissent et desinent les vaisseaux spermatiques ^. Ou pour s'estre trop longtemps abstenu de la compagnie des femmes, en ceux qui ont de couslume d'en vser, et desquels l'excrétrice de telles parties est débile , ne s'en pouuant desfaire de soy-mesme :
de tant que telle matière supprimée
' Ce chapitre est le second du livre Des cliaude.i-pisses de l'édition de 1664.
" Cette division de la chaude-pisse en trois espèces, et tous les développements qu'on va lire, se retrouvent en germe ou même textuellement dans l'ouvrage de Thierry, p. 212 à 215.
^ L'édition de 1564 ne contient pas la fin de cette phrase ; après ces mots, les vaisseaitx spermatiques, elle ajoute : dont tu iromœras la ligure et description en la fin de ce Irniilé, pour esclaircir daiianiagc ce que nous le disons. Or ces prostates, etc. — La nouvelle rédaction date de 1575.
se corrompt, et \enantù sortir fait ardeur et douleur par acrimonie de chaleur estrai>ge. Q\' eps prostates puisapres s'aposlement , et leur sanie gui decoyle aucp v^io ciirtaine corrosion , le long flq cafi^l de ]i\ verge , y fait quelques vlceres , ;iu moyen des quels l'vrine qui est acre , passant par ^essus, les piordiquç ef corrode d'auai^tage : ç|iose qui cause £(ux patiens vne grande douleur, qui fliesme CQntjnup quelque temps après auoir vriné. Aiissi en l'érection de la verge se fait Ype coqlracljop (pp^nme ^lessus a esté dit) qiii prouient de l'inOammation et de l'esprit flîitueux qui remplit le nerf cauerneux , paf laquelle repletion la yerge se grpssjt et ^UongiL
Celle qui se fqit par inanitipii , adulent pour ayoir trpp et intempesiiuement ysé de l'accollade amoureuse : car tel excès et autres semblables tarissent i'iiumidilé huileuse et naturelle de ceste glandule, laquelle consommée , Tyrine de son acrimonie blesse et offense la verge, causant vne cuissQn et chaleur contre nature en ceste partie, qui se sent principalement en vrinant , dont est appellée pisse-chauçle ^.
' On reconnaît ici le texte de Thierry de Héry, rappelé dans une des notes précédentes. J'ajouterai que Paré avait écrit en 1564 : la verge se grossisl et accourcisi, comme s'il eût copié son auteur sans réllexion; et qu'il corrigea a//oî!(/!i dès 1675.
' L'édition de 1564 porte une tout autre rédaction; voici le texte :
« Car tel excès cause inflammation, et au moien d'icelle vne attraction de sang et semence ausdittes parties, lesquelles s'altèrent et corrompent par la challeur cstrange, qui fait que la semence sort à demi elabourée, voire quelquefois le sang pur, dont la mort s'ensuit en quelques vns. Aucunes fois aussi
:e livre,
Celle qui vient dp conlagiop, se fait par auoir eu la compagnie de ceux qui en sont infeplés , soit homme ou femme, pour auoir habile ayec celle qui peu ai^paranant auroit receu la semence de l'homme contaipiné dudit pial, ou qpi auroit ses purgalions blanches , quelque vlcere dans les parties honle(ises, quelque matière procetlante de la verpUe, ou quelque esprit vénéneux et virulent, qui s'insinuant és parties génitales, les infecte , et quelquesfois tout le corps. Car (comme Galien monstre au troisième liure De locis affcciis^) qui est-ce qui , sans le voir, croiroit que par la piqueure d'vn Scorpion le corps peiist estre si fort blessé , attendu la petite quantité de venin qu'il introduit dedans le corps, et qui neantmoins a si grande puissance, qu'il fait mourir celui qui en est piqué? D'auantage, voit-on pas que par vne petite piqueure de mousche à miel , ou d'vne guespe , ou de freslon , aduieunent douleurs , tumeurs, et inflammations tres-grandes? Et combien que telles piqueures ne soient que superficielles , leur vepin toutesfois peut communiquer sa malice iusques aux parties nobles. En
ledit sang et semence sont retenuz dans les vaisseaux spermatiques, à cause de la debilitation delà faculté expullrice, qui n'a puissance de les mettre hors, et eslans là hors de leurs propres vaisseaux, se pourrissent, corrompent et blessent les prostates, dont vient la chaude-pisse. »
La première de ces deux phrases était tirée presque textuellement de Thierry de Héry, p. 214.
' Chapitre 5. — A. P. — Cette citation est de Thierry ; cependant il faut que Paré l'ait vérifiée; car Thierry désigne le chapitre par son titre, et non point par son chiffre.
DE LA GROSSE VEBQLLE
C3S semblables se peut faire que vapeur (lu vicus (le la senience, 014 d'autres humeurs corrompus, soient communiqués aux parlies génitales , principalement aux prostates, les quels reçoiuent non seulement la semence, mais les autres humeurs, qui se putrefians causent aposlemes et vlceres , desquelles sort yn pus fétide et virulent, que les hommes iettent par la verge, et les femmes par le col de la matrice. Quelquesfois aussi vne partie de ladite fluxion tombe sur les testicules et sur le perineum, mesme sur la verge, qui cause en icelles parties le plus souuent des gangrenés, et des vlceres canes et fisluleux. D'abon-dant se peuuent esleuer d'iceluy virus quelques vapeurs corrompues et vénéneuses, qui sont portées aux parties nobles par les veines , artères, et nerfs, dont bien souuent procède la verdie