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CHAPITRE XII

DES EXCREMENS NATVRELS, ET DE CEVX QVE IETTE l'enfant EN LA MATRICE DE SA MERE.

Deuant que descrire par quels conduits l'enfant estant au ventre de sa

comme ioye, tristesse, crainte, honle, verecondie. Or la ioye procède du cœur, lequel estant frappé de ce qui luy semble agréable, se dilate el eslargit, comme pour embrasser l'obiect présenté, et lors les esprits s'espandent par tout le corps : Au contraire quand le cœur se reserre et retrainct, suruient la tristesse, d'autant qui ne s'y peut engendrer grande quantité d'esprits, et encore si peu qu'il y en a ne peuuent estre aysement distribués. Semblablement crainte reuoque et attire subitement le sang et les espris au cœur, et parlant on voit que le visage pallist, el les extrémités demeurent froides, et la voix est interrompue auec vn grand tremblement de tout le corps. Honle est vne affection meslee de courroux et de crainte, et si la crainte surmonte le courroux, faicl que le sang se retire au cœur : adonc le visage pallit : cl si le courroux surmonte la crainte, csmeut le sang, el le faicl monter au visage. Il y a vne autre honte appelée verecondia, qui fait que les esprits se retirent au centre, et à l'instant mesme reuiennent, laquelle chose est fort familière aux enfans et aux vierges : cl par ainsi l'on cognoist que les passions de l'ame font de grandes mutations en nostre corps.

» Or pour donner fin aux actions cl operations de l'ame, laquelle a trois facullez principales quircgisscnlclgouucrnenlnoslro

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mère, iette ses excremens, il m'a semblé bon de proposer au ieune chirurgien ceux qui sont naturels.

Donc on appelle excrément ce que Nature sépare d'auccle pur et net.D'iceuxil y apiusieursgenres: le premier est de la première digestion, laquelle se fait en restomach,qui eslantpoussé par les intestins , sort par le Fondement. Le second procède du foye , et comprend deux espèces : à sçauoir la cholere, de laquelle vne partie estenuoyée du foye au kyslis fellis, pour irriter la faculté expultrice à ietler la matière fecale à sortir par les intestins : l'autre semblable à megue et sérosité s'en va du foye par les grandes veines auec le s ng pour luy seruir de véhicule à couler çà et là :

quoy fait, reuoqué et chassé par Nature, sort par l'vrineet sueur K L'au-

corps, à sauoir animale, naturelle et vilale, laquelle vitale principalement tient l'excellence pardessus les autres, qui se faict par le moyen de la dilatation et conslriction du cœur, et des arleres, laquelle cessant, l'ame se sépare du corps, qui alors est appelé cadauer, ou pourriture et corruption, qui ne mérite plus.de demeurer sur la terre, mais estre enseuely aux enirailles d'icelle, iusques à la résurrection vniuerselle, pour entrer en la béatitude immortelle.

» Maintenant nous relournerons sus nos brisées, et parlerons des excréments naturels et de ceux que iette l'enfant en la matrice de sa mère, estant en icelle. »

L'édition de 1576, en supprimant tout ce passage, avait cependant gardé la dernière phrase qui sert de transition pour le chapitre suivant; maisclle a été, comme tout le reste, supprimée en 1579.

' L'édition de 1673, suivie encore par celle de 1576, dit simplement : et vne partie n'en va au foye par les yraiides veines auec l'aquosité du sang, el son auec l'vvine et sueur.

Le nouveau texte date de 1579. Je n'ai pu, découvrir l'exacte signiQcation du mot megue; le latin se borne à dire : alterum est

ÉME LIVRE,

tre espèce est l'humeur mélancolique, lequel est attiré par la rat te , se nourrissant du meilleur d'iceluy, et ieltant le reste, partie à la bouche de l'eslomach , à fin d'irriter l'appelit par son acrimonie, partie aux inteslins '. Le dernier se fait à chacune partie du corps , par la dernière digestion propre à chacune d'icelles , et est poussé hors du corps , partie par transpiration insensible , et quelques fois par sueur par les pores du cuir, partie aussi par certains passages et conduits propres à chacune desdites parties : comme sur toutes autres adulent au cerueau , lequel se purge par plusieurs canaux, comme par le nez, par la bouche, de ce troisième excrément, qui descend par les trous du palais, par les oreilles, par les commissures du crâne, par les yeux. Et tous ces excremens se doiuent purger tous les malins , encore qu'en autre temps du iour cela se peut aussi faire : et si quelques-vns sont par trop long temps retenus , il faut remédier aux causes de leur rétention , tantpar régime que parmedecine. Il y a bien d'au très excremens, lesquels ne sont naturels, desquels si

serosum. Mais d'après un autre passage des éditions de 1573 et 1576, il paraît vouloir dire le sérum du lait. Voyez la note suivante.

' Galien , De vsu panium. — A. P.

Les éditions de 1673 et 1576 contenaient ici un passage qui a été retranché en 1679, et que voici :

« La troisiesme se congrege és venes et arleres, semblable au megue et sérosité du laict, scruaiit de véhicule au sanf, qui ne pourroit pour sa grosseur couler çà et là és venes, et nature s'en estant ainsi aydee, est rruoqué de l'habitude du corps par la grande veine caue le chassant aux reins, et d'iceux aux pores vreleres, puis à la vessie, pour estre mis hors par le canal delà verge. »

DE LA G

lu veux auoir la connoissancc , voy le traité do la Pesle.

L'enfant estant au ventre de sa mere, commence à vriner, soudain que toutes ses parties sont formées , par le conduit de l'ombilic nommé vrarhus : mais aux derniers mois prochains de sa natiuilé , ledit urachus se forme, comme auons dit » , et alors l'enfant masle vrine par la verge , la femelle par le col de sa vessie. Ceste vrine se consoriie auec les autres excremens , à sçauoir, la sueur et les sérosités , et autres superfluités du sang- menstruel, qui seruent pour supporter plus facilement l'enfant nageant en icclles. Et lors que le temps est venu d'enfanter , il rompt les membranes , et adonc lesdites aquosilés sortent, et alors les matrones prédisent que bien tost la femme accouchera, puis que les eaux s'escoulent : et si l'enfant sort promptement auec l'expulsion d'icelles ( ou subit après) l'enfantement sera heureux : car par l'humidité desdites eaux, le col de la matrice et autres parties en sont rendues plus lubriques, taxes, glissantes ou coulantes, qui fait que plus facilement le col de la matrice se dilate et ouure. Et si l'enfant retarde à sortir après qu'elles sont issues, la femme enfantera avec une très grande difticulté, parce que l'enfant demeure à sec, et aussi que la matrice et le col d'icelle se resserrent. Les matrones rendent bons tesmoignages de cela : car quand la mere a perdu en abondance et tout à coup ses eaux , long temps auparauant qFie l'enfant se présente au couronnement de la partie honteuse ,

' Les mots : comme auons dit , se rapportent au passage supprimé quej'ai reproduit dans la noie I do la page 048.

AERATION. 663

sont contraintes ( à l'exemple et imitation de Nature) oindre le col de la matrice do choses onctueuses et oléagineuses.

Or ledit enfant ne ietle aucune matière fécale parle fondement , estant au ventre de sa mere, si ce n'est lors que la femme est preste d'accoucher, et qu'il aye rompu les layes: à raison qu'il ne prend point d'aliment par la bouche , et aussi que son estoraach ne fait encores son office , dont rien n'est transporté aux boyaux : et luy estant enuoyé vn sang pur et digéré, il n'y a nulle superfluité fecale. Qu'il soit vray , i'ay veu des enfans naistre à terme , lesquels n'auoient aucune ouuerture au siège , iceluy estant clos d'vne petite peau , de laquelle ayant fait aperlion , tout subit en sortoit des excremens. Dont nous conclurons que l'enfant ne iette autre excrément au ventre de sa mere , fors la sueur et l'vrine, parce qu'il est nourri de sang bénin et loiiable , et non de sang menstruel , vilain et corrompu , comme aucuns ont pensé et escrit.

Or il faut ici noter, que lesdites aquosités sont à la capacité de la matrice encloses dans les membranes, esqueiles l'enfant nage entièrement, et ne sont séparées de l'enfant, comme on voit aux chéures, brebis, chiens, et autres bestes : ce que i'ay bien obserué plusieurs fois

Les signes que la femme aura coneeu vnm.asle ou vne femelle.

Si elle est grosse d'vn fils, la femme est plus dispose et gaillarde er> toute sa grossesse, et la couleur plus ver-

' Le ciiapilre se icrmiiiail ici dans les éditions de 1573 et 1576.

LE DJX-HVITIKME LIVRE

meille , l'œil gay, vif, et le teint plus net et plus clair que d'vne fille ' : parce que le fils estant plus chaud de son tempérament, redouble la chaleur de lamere. La femme aura meilleur appétit : elle sent son enfant mouuoir dedans trois mois et demy, et d'vne fille plus tard : son ventre est pointu , toutes ses parties droites sont plus habiles à tous mouuemens:

que le premier pas qu'elle fait estant debout, est du pied droit : et estant assise , quand elle se veut leuer, met plustost la main droite sur le genoûil droit pour s'y appuyer. L'œil dextre est plus mobile , le tetin droit engrossit plustost, et le mouuement de l'enfant est plus au costé droit : le contraire est d'vne fille 2. Ces signes aduiennent le plus souuent, comme ont les anciens et modernes remarqué. L'enfant masle est plus excellent et parfait que la femelle , tesmoin l'autorité et preminence que Dieu luy a donné , le constituant sur la femme comme chef et seigneur ^.

Plusieurs tiennent que les masles se font parla vertu du testicule droit, parce qu'il est plus chaud et plus solide , à cause de quoy rend vue semence plus chaude et seiche , et plus spirilueuse : partant plus idoine à engendrer masles. Et c'est pourquoy les pasteurs , lorsqu'ils veulent auoir des masles de leur bestial , ils leur lient le testicule gauche , comme au loreau , bellier, bouc, qui doiuent saillir les vaches, chéures, et brebis.

Outre ces belles raisons, on voit

1 Hipp. aph. 42. liu. 6.— A. P.

' L'édilion lalinc cile en cet endroit l'aphorisme 47 d'Hippocrate, scct- S; cette citation ne se trouve dans aucune édition française.

3 Ici linissait le chapitre en 1679, le reste est de là85.

par expérience , que des hommes à qui on a amputé le testicule dextre engendreront des enfans masles. Et par la vertu de Dieu les masles et femelles sont engendrés ainsi qu'il luy plaist en ordonner : et me semble que les maris ne sont sages se courroucer contre leurs femmes et compagnes , pour auoir fait des filles:

car il n'est en la puissance de l'homme ny de la femme d'engendrer vn masle ny vue femelle quand ils veulent.

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