‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 390 sur 482 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

COMMENT l'enfant ESTANT A TERMB

s'efforce de sortir hors dv ventre de sa mere, et de sa nativité.

Quand l'enfant est venu à son terme prefix , alors il a affaire de plus grand nourrissementqu'auparauant,etn'en pouuant tirer par le nombril tant qu'il en a besoin , cela est cause que par vne grande impétuosité cherche à sortir hors : adonc il se meut , et rompt les membranes qui le soustiennent : et si elles estoient si dures qu'elles ne peussent rompre, il les faut fendre et deschirer auec les doigts, pour donner libre issue aux eaux et à l'enfant K Dont la matrice se trouuant intéressée , ne le peut plus soustenir : adonc s'ouure, et par icelle ouuerture sentant l'air en-

' Cette phrase : Et si elles estoient si dures, etc., a élé ajoutée seulement en )685. Mais à part ces mots, toute la théorie qui précède, touchant la sortie de l'enfant, semble avoir été extraite et presque traduite du chapitre du Livre 3 de Rueff : De la conception eigénénition del'lionme, imprimée en allemand à Zurich en lfta3; traduit et publié en laiin parrautcurlui-mèmcen 166i.

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trer, le poursuit, et s'efforce de sortir hors , la teste deuant : alors se fait la ualiuité naturelle de l'enfant , non sans douleur de son corps tendre et délicat , estant pressé , dont en pleurant fait icy son entrée des calamités de la vie humaine. Semblablemcnt la mere enfante auec vue extrême douleur , parce qu'il faut que le col de sa matrice ( qui est rond , estroit et nerueux) se dilate et eslargisse grandement pour faire passage à l'enfant , et aussi que les os des hanches se séparent de l'os Sacrum , à fin qu'estans dilatés, toutes les autres parties se puissent plus facilement ouurir.

Or que lesdits os se disioiguent et séparent , il est aisé à croire et à prouuer : car comme seroit-il possible qu'vn enfant estant à terme, ou deux gémeaux s'entretenans ioinls ensemble, peussent passer par ceste petite voye estroite , sans que lesdits os ne fussent disioinfs l'vn d'auecques l'autre? Or véritablement ie le sçay , pour auoir ouuert des femmes subit après auoir rendu leur fruit, ausquelles i'ay trouué entre les os des hanches et os Sacrum , distance à mettre le doigt entre deux.

B'auantage i'ay remarqué , estant appelle aux accouchemens des femmes , ayant la main sous leur croupion , auoir ouy et senti vn bruit de crépitation ou craquement desdits os pour la séparation qui s'y faisoit : et mesmes i'ay entendu de plusieurs femmes honorables , que quelques iours vnpeu deuantqued'accouchcr,appcrceuoieiit auec douleur certains bruits desdits os quicroquctoient ensemble.

D'auantage, lesfemmesqui ontrecentenientenfantése plaign(!nt fort auoir douleur en la région de l'os Coccyx ou Caudœ, qu'ils appellent les Reins : et

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icyieconclus (sauf meilleur iugement que le mien) que lesdits os commencent à s'entr'ouurir, quelquesfois deuant l'enfantement , et principalement à l'heure que l'enfant sort et est mis sur terre Mais véritablement les os des hanches et Pubis s'ouurcnt et séparent les vns des autres, en sorte que plusieurs femmes (faute que Nature ne les a puis après bien reioints), sont demeurées boiteuses. Et quant à ce qu'on dit, qu'en Italie on rompt l'os Pubis aux ieunes filles ( à fin que lors qu'ils auront des enfans accouchent plus facilement)

' Tout le commencement de ce paragraphe est textuellement reproduit d'après l'édition de 1573. Mais ce qui suit était fort différent dans l'origine; ainsi en 1673, en 1576, et même encore dans l'édition de 1679, on lisait :

« El n'atj iamais aperceu qu'il se face ouiienure pardeiianl, comme aucuns disent, mais verilablemenl les os des hanches s'ouurenl et séparent, en sorte que plusieurs femmes (faute que nature ne les a puis après bien reioincis) sont demeurées boyieuses. »

C'est donc en 1585, qu'il changea son texte et sa doctrine, d'après une observation qui sera citée plus bas, et dont il fut rendu témoin le 1" février 1579. L'édition de cette année était presque entièrement imprimée, puisqu'elle fut en état de paraître le 8 février, ce qui explique pourquoi il ne put parler de cette observation que dans l'édition suivante. Il est à noter même que dans toutes ses éditions il a laissé subsister, sans doute par oubli, un passage de son anatomie où l'écartement des pubis demeure révoqué en doute. (Voyez t. I", p. 296.)

Mais ce que l'on s'explique difficilement, c'est la longue persistance de Paré à nier l'écartement de la symphyse pubienne, quandil avaitécritlui-mcme, dans sa Rriefue collection, qu'il avait vu toutes les symphyses écartées sur deux femmes mortes d'hémoriliagic. ,J'ai rapporté ce passage à la page déjà indiquée du t. 1",

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c'est une chose fausse et mensongère :

car encore qu'on les eust rompus , il s'y feroit un callus , comme il se lait tousiours aux fractures des os , dont puis aprps l'enfantement seroit rendu plus difflcile'.

' Ici s'arrêtait le chapitre dans les trois éditions de 157.3, iblà et f679, et conséqueminent aussi dans l'édition latine. Ce qui suit a été ajouté en 1585.

Jl me parait étonnant qu'on n'ait pas fait plus d'aitention jusqu'à présent à la prétendue coutume italienne, mentionnée par A. Paré. Evidemment il n'en parle que d'ouï-dire, et cet ouï-dire est absurde; mais ceux qui le lui avaient rapporté n'auraientils pas confondu avec une manœuvre stupide et impossible une opération plus rationnelle, qui aurait eu quelque rapport avec la syraphyséotomie proposée en France seulement au xviii» siècle?

Celte question de l'écartement de la symphyse pubienne a été reprise plus tard par Severin Pineau, Upitscttlum physiologicum et aitaiomicurn, Parisiis, 1597 ; et bien que par sa date l'ouvrage soit un peu postérieur à Paré, les faits et les raisonnements sont bien de la même époque. Pineau avait été longtemps l'un des collègues et des amis de Paré, et lui avait même fait présent d'une pièce aaalomique assez curieuse , savoir, un os pubis qui offrait une apophyse styloïde fort longue à sa face interne et près de l'extrémilé inférieure de la symphyse ; et enfin la principale observation de son livre n'est autre que celle alléguée par Paré lui-même. Il m'a paru curieux de rapporter en entier cette observation, qui constitue le 8= chapitre du 2= Livre de VOpusculum; elle est un peu longue, mais elle nous donne d'abord une liste complète des chirurgiens qui étaient alors à Paris (la table des matières dit : A'Iurj. in Cfiirurg. qui Lulciiœ adunini) ; elle nous les montre ensuite en grande consultation agitant des questions de science, et quelles questions! en sorte que c'est un petit tableau assez curieux de l'époque. J'ai traduit aussi liiléralement que possible.

« En février 1579, dans le collège royal

Il y a des hommes si fermes en leurs opinions, qu'encore qu'on leur fist toucher au doigt , et voir ù ToDil la vérité du contraire de ce qu'ils maintiennent , si est-ce toutesfois que iamais ils ue se voudront départir de

des chirurgiens de Paris, André Malesieu, homme très docte et chirurgien très expert, étant alors prévôt du collège, Jacques d'Amboise, maître-és arts et bachelier en chirurgie (aujourd'hui docteur dans l'une et l'autre médecine et médecin du roi), suivant la coutume du collège et des bacheliers parcourant le stade chirurgical , disséqua un cadavre de femme , démontra avec un art admirable toutes et chacune de ses parties , exposa les sièges et les remèdes des maladies qui ont principalement besoin du secours de la main Cette femme, âgée d'environ vingt-quatre ans, par sentence et jugement du lieutenant-criminel, confirmés par l'autorité du Parlement , avait été pendue dix jours après être accouchée, attendu qu'aussitôt après sa délivrance, poussée par je ne sais quel mauvais génie , elle avait de ses propres mains tué son enfant: et saisie en flagrant délit, elle avait été mise en prison. Le lendemain de la pendaison, le cadavre commença à être analomisé par ledit M. d'Amboise, en présence de MM. les chirurgiens ci-dessous nommés. Il y avait donc : MM. Robert Gaignard, doyen; Nicolas Langlois , François des A'eux, Guillaume Duboys chirurgien du roi , Ambroise Paré premier chirurgien du roi , Louis le Brun, Jean d'Amboise chirurgien du roi, et juré pour le roi au Chàleiet de Paris, Jean Delisie, JeanCointeretchirurgien de la reine mère, et juré pour le roi au Chàtelet, N. Des Neux, Raoul Lefort, Richard Hubert, chirurgien du roi , Pierre Pigrey chirurgien du roi, Antoine Portail chirurgien du roi, aujourd'hui premier chirurgien, Jacques Dioneau chirurgien du roi, André Malésieu prévôt dudit collège, nous Severin Pineau, Isinael Lambert chirurgien du roi, Jérôme de Lnnoue chirurgien de la reine-mcie Catherine de Médicis, Pierre Cheval, Simon Piètre, Urbain Lartalcitricr, Jacques Guil-

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ce qu'ils auront conceu et engrauéen leur esprit: en quoy ils se monstrent nierueilleusement amoureux d'eux-

lemeau, chirurgien du roi. Avec tous ces messieurs et maîU-es en chirurgie, inscrits ici dans l'ordre de leur réception , il y avait aussi les écoliers et bacheliers en chirurgie : Louis Hubert, Philippe Collot, lous deux chirurgiens du roi désignés, Josse de Beauvais et Claude Viard; en outre étaient venus du dehors, M. Laurent Joubcrt, docteur en médecine et prof. sseur royal en l'université de Montpellier, et M. Barthélémy Cabrol chirurgien de Montpellier, tous deux très versés en anatom'e, qui se trouvaient alors à Paris par ordre du roi. Il y avait enfin quelques étudiants en médecine et en chirurgie; et avant tous les autres, ces diligents anatomistes auxquels nous avions montré dans les années précédentes l'art de disséquer non seulement les corps humains, mais aussi les cadavres des autres [alionim] animaux qui nous tombaient entre les mains; parmi lesquels étaient, si je ne me trompe, P. Erald [Eralclus], Jérôme Coupé {Copœtis), tous deux champenois; et Gaspar Bauhin de Bàle, aujourd'hui très célèbre médecin dans son pays, et professeur élu de botanique {limplicinin) et d'anatomie; c'était le plus curieux de tous, et pour cette raison et à cause de son père, homme fort versé dans l'une et l'autre médecine, et autrefois notre collègue, nous prolessions pour lui la plus vive amitié. La première démonstration du sujet commencée en présence de tous les assistants ci-de«sus nommés, l'un de nous souleva cette question, et elle fut donnée pour la dissection, atlendu la présence de MM. Joubert et Cabrol de Montpellier, savoir : s'il y avait abouchement des veines mammaires desccndanies et des épiijasiriqnes ascendantes, et s'il se Taisait une communion manifeste des vaisseaux au milieu de l'épigastre, à l'intérieur dans le muscle droit, à l'extérieur dans le pannicule charnu ou plutôt adipeux; réunion commune qui devait être d'autant plus facilement et ouverlemeiiL aperçue, que la femme était accouchée plus récemment; le sang chez les mères qui nourrissent leurs

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mesuies, s'ils aiment mieux leurs opinions que la raison : ou fort ennemis do la postérité, si connoissansla vérité,

enfans d.cvant être porté par des vaisseaux de ce genre de l'utérus et des autres parties inférieures, cl p.ir d'autres vaifiseaux des parties supérieures aux mamelleS; pour que le lait se fusse. Si au contraire la femme ne donne pas le sein , le lait est encore éliminé par l'utérus, où il est envoyé des mamelles par le moyen de ces vaisseaux mammillaires et épig islriques, suivant l'opinion de plusieurs. D'auires disent que le lait est reporté des mamelles dans la veine cave ascendante par la veine mammaire, puis dans le tronc descendant, et de là par les reins et les uretères dans la vessie, ou par les veines spermatiques dans l'ulérus, ou par l'une et l'autre voie à la fois, ce que l'on peut voir le plus souvent (la double élimination ) chez les femmes récemment accouchées qui ne nourrissent pas. Ce concours multiple et manifeste des vaisseaux épigastriques élait difficilement admis par ceux de Montpellier, de même qu'il est à peu près nié par toute l'école de Montpellier. Et cependant nous avons toujours vérifié la réalité du fait, savoir, la communion des vaisseaux , non seulement chez les femmes , mais même chez les hommes et dans lous les âges.

» De cette question nous passâmes à une autre de grande importance ; il s'agissait de savoir si, dans l'enfantement des femmes, les os pubis et ilion se séparaient, ceux-ci de l'os sacrum, et ceux-là l'un de l'autre, oui ou non?

» La question soulevée, chacun donnait son seniiment; la majeure partie des assistants niait absolument que ces os pussent s'écarter; d'autres l'alTirmaient; d'autres, sans pencher ni vers l'une ni vers l'autre opinion, se tenaient dans le doute et gardaient le silence. Mais le doute fut immédiaiement résolu, et la vérité brilla d'un éclat manifeste; en eftet, l'une des cuisses du cadavre ou la jambe entière ayant été saisie et soulevée, sans aucune incision de la peau, mais en la gardant intacte de même que toutes les parties qui recouvrent la symphyse, l'os pubis du même côté s'é-

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veulent toutefois icelle estre cachée et ignorée. Sainct Augustin n'a point fait de difficulté de composer luymesme vn liure de ses Rétractations. Pareillement Hippocralesescrit, comme font les excellens hommes et qui se tiennent asseurés de leur grand sçauoir, qu'il a esté deceu à reconnoistre la suture de la teste d'auec la fracture. Certes, comme escrit Celse, les petits et foibles esprits , parce qu'ils n'out rien , ne se peuuent aussi rien ester : mais il est bien séant à vn généreux esprit de confesser et auoiier pleinement sa vraye faute, et principalement encores qu'on l'enseigne à la poslerilé pour le bien public , à On que nos successeurs ne se trompent en mesme façon que nous auons esté.

Or qui me fait tenir ce propos , est

levait en même temps, et dépassait le niveau de l'autre au moins d'un demi-pouce. Ceci fut constaté et vérifié partoutle monde, par les yeux et par le toucher; et pour le faire mieux et plus aisément voir, le cadavre étant couché sur le dos, on étendit fortement l'autre jambe, sans laisser le moindre degré de flexion à son articulation avec l'ischion; et les deux mains étant placées sous la fesse opposée, le plus léger effort suffisait pour porter en haut l'os pubis , et aveclui tout l'os innominé, lequel, comme on sait, se compose de trois os, savoir, l'ischion, le pubis el l'ilion, entièrement réunis à cet âge par une symphyse, sans aucuiic partie molle intermédiaire ; d'où nous conclûmes nécessairement que les deux synchondroses postérieures étaient beaucoup plus lâches que de coutume. En effet la cuisse étant soulevée de la manière que nous avons dit, avec les os innominés, l'é-. pine du pubis du même côté s'éloignait d'un demi-iravers de doigt du pubis opposé, et faisait saillie au-dessus; au contraire, les mains étant retirées, et les fesses reposant sur le même niveau, les deux pubis rcprc-

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que iusques icy i'auois maintenu et par parole et par escrit , les os Pubis ne se pouuoir séparer et entr'ouurir aucunement en l'enfantement : toutcsfois il m'est apparu du contraire le premier iour de feurier mil cinq cens septante neuf, par l'anatomie d'vne femme qui auoit esté pendue , quinze iours après eslre accouchée, de laquelle ie veis la dissection , et trouuay l'os Pubis séparé en son milieu d'enuiron demy doigt, és présences de maistre Claude Rebours, docteur regent en la faculté de Médecine , de maistre lean d'Amboise, Coinleret, du Bois, Dionneau, Pineau , Larbalestrier, Viard, tous Chuurgiens iurés à Paris : el mesmes nous veismes l'os Ischion séparé de contre l'os Sacrum.Qui ne le voudra croire, ie le renuoyerai au liure de Nature, laquelle

naient leur égalité de position ; puis en soulevant l'autre cuisse, le pubis qui s'était élevé dans l'autre expérience apparaissait déprimé à son tour, ce qui excita, el non sans cause, l'admiration de la plupart des assistants. »

Là flnit l'observation et le chapitre; le fait était clair pour tout le monde; cependant quelques uns s'endurcirent la tête, dit Pineau, et sans nier le fait, en niaient les conséquences. Leur principale et sans contredit leur plus puissante objection , c'est que c'était un fait unique , qui peut-être ne s'était jamais vu, et ne se reverrait jamais. Pineau prétend au contraire qu'il arrivera toujours; l'observation moderne a donné tort aux uns et aux autres. La diduction des symphyses a lieu quelquefois, mais il s'en faut de beaucoup que l'on puisse la considérer comme un phénomène ordinaire et nécessaire. Il faut noter d'ailleurs, comme un cachet de l'époque , que nul des contradicteurs tie se di'uianda si ce n'était pas là une maladie des symiihyscs indépendante de l'accouchcmcul, et que la dissection ne fut pas faite.

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fait des choses que noslreinlclligcnce n'est pas capable d'enicndre. Et principalement ces os s'ouurent et ferment à renfantcnienl.

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