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CHAPITRE XLIX

DE LA MfeMBRANE APPELLEE HYMEN '.

Pareillement il se troùué quelquesfois ën aucunes vierges vrië mëmbi-ane à l'orifice du col de la matrice, appëllée des anciens hymen, qui empësche d'àuoir la compagnie de riiommë et fait la fériinie stérile.

Or lé vulgaire (voire plusieurs gens doctes) cuident et estiment qu'il n'y a nulle vierge qui h'aye ladite hymen , qui est la porte virginale :

mais ils s'abusent , pOùr - ce qùe bien rarëinënt on la trbùue, et proteste (composant mon Andtoràie ) raubii- récherchéë â plusieurs fillés mortes à l'Hôtel-Dieù dé Paris, dàgées de trois, quatre, cinq, et iùsquès k douze ans, et iainais ie ne l'ày pU apperceuoir, forsà vneDlle aagée de dix-sept ans, qtii estoit accordée en mariage : et sa mere sçachant quë sa dlle auoit quelque chose qui pouuoit empescher estre appelée mere, me pria la voir, en laquelle trouuay vne mem-

' Ce sujet avait déjà été abordé, mais avec moins de détails, au Livre de i'anatomie, ch. 34. Yoyez t. 1, p. 167.

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brane nerueuse de l'espaisseur d'vn parchemin fort délié , qui esloit audessous des nymphes, immédiatement près le conduit par où les femmes pissent, deuant l'entrée de l'orifice du col de la matrice, ayant un petit trou par où ses mois se pouuoient escouler. Et ayant veu ladite membrane ainsi peu espaisse, la coupay promptement auecques des ciseaux, et donnay à la mere conseil de ce qu'il restoit pour parfaire la guarison : et luyenchargeay expressément qu'elle mist entre les deux parties des plumaceaux ou vue grosse tente, de peur que l'union de ce qui auoit esté coupé ne se reprist de rechef l'vn auec l'autre : peu après fut mariée, et eut enfant.

Vn iour deuisant de celte matière auec monsieur Alexis, premier médecin de la royne, homme d'honneur et estimé entre les gens doctes, ie luy dis que i'auois fait plusieurs sections de filles, tant à l'Hôtel-Dieu de Paris qu'autre part, et que iamais n'auois veu ceste membrane , fors vne fois, comme i'ay dit cy dessus : lequel me dit que véritablement elle se trouue rarement, et que Realdus Colombus*, liure 2, en auoit escrit ce qui s'ensuit : « Il se trouue au dessous des nymphes en aucunes vierges, non en toutes, vne membrane appelée des anciens hymen, laquelle quand elle s'y trouue {loutesfois se trouue rarement), empesche l'entrée de la verge de l'homme, et a vn pertuis par lequel ses mois coulent. » D'auantage dit , qu'il l'a seulement Irouuée à deux petites fillettes et vne fois à vne

* Realdus Colombus grand et excellenl amlomisie. Au liu. 15.— A. P. — Cette note est lie 1.^73, et a Hé effacée depuis.

[EMF. LIVRE,

plus grande. Auicenne dit» qu'au col de la matrice y a vn tissu de veines elarleres, et de filamens nerueux tres-subtils, qui procèdent de toutes les parties d'iceluy col, lesquelles sont rompues au premier coït venerique, dont souuent le sang en sort. Almensor escrit le conduit des pucelles estre eslroit et ridé, et en ses rides il y a des veines et artères très subtiles entrelacées , lesquelles se rompent à la défloration et extension des rides. Voila que les susdits autheurs nous ont laissé par escrit.

Les matrones tiennent pour vne chose vraye, qu'elles peuuent connoistre une lîlle vierge d'auecques celle qui a esté depucellée , par-ce qu'elles disent trouuer vne riiplion d'vne taye qui se rompt au premier coït, et souuent à leur rapport les iusticiers donnent iugement , et là commeltent grands abus par lesdiles matrones. Qu'il soit vray, l'en ay iuterrogué plusieurs pour sçauoir où elles trouuent ladite iaye : l'vne disoit tout à l'entrée de la partie honteuse , l'autre au milieu, et les autres tout au profond , au deuant de la bouche de la matrice : les autres disent qu'elles ne peut estre veue qu'après le premier enfantement. Et voila comment ces sages-femmes accordent leurs vielles.

On trouue cette pannicule hymen rarement; et lors qu'on le trouue, on le peut dire estre contre nature , parquoy n'en faut faire reigle certaine ni vniuerselle: le sang qui sort n'est à cause de la rupture de l'hymen, mais vient à raison des rugosités du col de la matrice qui n'ont encore esté estendues et déprimées,

1 Auicenne 11. .3. fen, 23. trait, l.ch. l.— A. P,

DE LA GENERATION

et à ceste première entrée se desioignent et séparent, et se fait rupture Ue certaines petites veines et artères, lesquelles descendent par la superficie interne du col de la matrice, se rompans et s'ouurans , ne pouaans souslenir ceste extension sans dou leur et flux de sang, lors que la fille n'a accompli ses dimensions : mais si la fille pucelle est en aage suffisante, estant mariée auecques vn homme qui aura sa verge proportionnée au col de sa matrice , n'aura aucune douleur ny flux de sang estant depucellée 1.

Dont il est aisé à entendre combien grandement sont abusés les habilans de Fez, cité principale de Mauritanie en Afrique : desquels la coustume és nopces est telle (comme raconte Léon l'Africain , liure 3. de son histoire d'Afrique 2): Si tost, dit-il, que l'espoux et l'esponse sont paruenus en la maison , s'enferment tous deux en vne chambre , où ils demeurent ce pendant que le festin s'appreste, et y a vne femme dehors, attendant iusqu'à tant que le mari ayant défloré l'esponse, tend vn petit linge mouillé d'icelle à la femme qui est à la porte l'attendant, qui, tenant ce drapeau entre les mains, s'en va criant à ceux qui sont inuités à haute voix, que la fille estoit pucelle : parquoy on les fait banqueter. Mais si, de malheur, elle n'esloit trouuée n'ayant ietté le sang 3, elle est rendue par le mari au pere et à la mere, qui en reçoiuent vne grande honte, auec ce que les inuités s'en retournent l'estomach

' Chose digne d'eslre bien notée. — A. P.

2 Paré citait ici en note Léon l'africain et Ican ff^ier.

' Il y a évidemment ici une négation de trop; mais toutes les éditions étant uniformes, j'ai cru devoir respecter le texte.

creux, sans donner coup de dent.

Mais le cas se rencontrant tel que l'auons descrit cy dessus, ils seront bien deceus K

Et partant ne faut conclure, comme aucuns veulent, que la fille au premier coït qui ne iette le sang par le col de la matrice, ne soit pucelle, pareillement aussi celle qui en iette le soit : parce qu'aucunes, par les meschanles maquerelles et impudentes qui ont accousiumé vendre filles pour pucelles, se font contrefaire ceste laye par le moyen de certaines iniections d'eaux astringentes, puis mettent profondément au col de leur matrice vne esponge imbue en sang de quelque beste, ou en remplissent quelque petite vessie, comme la vessie où est contenu l'humeur cholérique aux moutons ou autres bestes, qu'on appelle la vessie du fiel : et alors que l'homme vient auoir compagnie d'elles, font les reserrées, crians comme si on les depucelloit , ou qu'on leur fist vne douleur extrême : et en l'acte, ledit sang qui en est exprimé coule dehors, et le panure badelory, doux de sel, pense auoir eu la crème où il n'aura eu que le fonds du pot, voire que de ces pucelles en sera quelquesfois yssu de petites créatures qui se dégénèrent en hommes ou femmes 2. loint aussi que ces pucelles sont fardées comme vu sepulchre blanchi, qui est poli par dehors, et dedans rempli de pourriture et puanteur, comme les boëtles des apolicaires, peintes par dehors auec or et

> Ce paragraphe a été ajouté en 1575.

^'Daiis rédllion de 1573 et jusqu'en 1579, après ces mots en iwmmes ou femmes, l'auteur ajoutait immédiatement : Panant garde le lieurtqui pourra. La phrase intermédiaire a été ajoutée en 1585.

azur, et de4ans pleines de poison :

Ainsi esl-il cle ces putains alTeltées qui baillent la verolle, et sont cause que les pauures amoureux transis meurent misérablement , arides et secs. Pajitant ga-rde le heurt qui pourra.

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